Pourquoi certains footballeurs “coupent” leur âge

camerounfootball1Quatorze footballeurs de l’équipe nationale cadette de football du Cameroun ont été suspendus après que des tests aient révélé que leur âge était plus avancé que celui requis pour leur participation à la prochaine Coupe d’Afrique des nations des cadets.

Au Cameroun, comme dans de nombreux pays africains, il n’est pas rare de voir des footballeurs mentir à propos de leur âge, pour intégrer des clubs professionnels ou des sélections nationales.

La fraude sur l’âge des joueurs s’exerce avec la complicité de certains dirigeants du football africain.

Les joueurs de ce club du centre de formation “Sport et étude” d’Eding de football de Yaoundé s’entraînent sur un sol nu, à quelques mètres du chantier du stade omnisports de Yaoundé.

L’entraîneur, Georges Ndoum, un ancien footballeur professionnel reconverti dans la formation des jeunes, dit suivre “à la trace” ses pensionnaires dès leur arrivée au centre de formation, pour éviter toute méprise concernant leur âge.

“Nous avons des fiches techniques à l’aide desquelles nous suivons à la trace les enfants. Nous surveillons sa croissance jusqu’à sa sortie du centre”, assure-t-il.

Les dirigeants du centre d’Eding peuvent savoir si leurs pensionnaires ont “modifié” leur âge, après leur formation, selon Georges Ndoum.

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Image captionAu Cameroun, comme ailleurs en Afrique, beaucoup de personnes rêvent d’être le père ou la mère de la prochaine vedette du football.

Dans le monde du football camerounais, “modifier son âge” ou “couper son âge”, sont des expressions locales pour désigner le fait de s’octroyer une durée de vie moins importante que donnée par la nature.

Au quartier Nlonkak, situé à moins de deux kilomètres du chantier du stade omnisports de Yaoundé, des clubs s’entraînent au quotidien sur un terrain en terre battue.

Thierry Mottomo, le directeur technique d’une académie de football avoue qu’à leur arrivée, la plupart de ses joueurs disent : “Oui coach, j’ai 12 ans”. Mais après avoir été soumis “à un exercice psychologique” certains finissent par reconnaître qu’ils ont “coupé” leur âge

Pourquoi admet-on ces footballeurs dans les centres de formation ?

“Nous ne sommes pas un centre d’état civil. Nous nous fions aux papiers que l’enfant nous présente”, répond Mottomo.

Selon lui, les parents des footballeurs et les entraîneurs sont tous responsables de la fraude sur l’âge des footballeurs.

Au Cameroun, comme dans d’autres pays africains, beaucoup de personnes rêvent d’être le père ou la mère de la prochaine vedette du football.

Cette ambition pousse certains à la triche sur l’âge des jeunes footballeurs, avec la complicité d’agents de joueurs, qui leur promettent monts et merveilles.

C’est le cas de ce footballeur dont le rêve de devenir professionnel a été brisé par un test IRM effectué à la demande de la Confédération africaine de football, le régulateur du football en Afrique.

“J’ai rencontré un agent qui m’a demandé mon âge. Il m’a ensuite dit que mon véritable âge ne lui permettait pas de me faire jouer en équipe nationale cadette. Il m’a dit aussi que des clubs européens me sollicitaient et il fallait que je réduise mon âge pour les rejoindre.”

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Image captionLes formateurs et les parents des jeunes footballeurs sont jugés responsables de la fraude sur l’âge des jeunes footballeurs.

L’agent en question est allé voir ses parents, qui ont accepté de “modifier” l’âge du footballeur, selon les dires de ce dernier.

La Fédération camerounaise de football et la Direction technique nationale (DNT) de football du Cameroun ont pris conscience de cette pratique frauduleuse, selon l’un de leurs responsables, Jean-Paul Akono.

Les jeunes footballeurs sont souvent victimes de “trafiquants déguisés en formateurs”, qui doivent être punis, affirme Akono, le directeur technique national numéro 1 de la DTN.

“On ne doit pas avoir ces gens-là dans les milieux de la formation. A la Direction technique nationale, nous bannissons ces formateurs. Nous les punissons comme il faut”, assure cet ancien entraîneur médaillé d’or aux Jeux olympiques de Sydney 2000.

Aucun des 14 footballeurs camerounais recalés après les tests IRM n’a été sanctionné.

Leurs encadreurs non plus.

BBC

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