Pr Malick Ndiaye confirme : « Il y a des magouilles à Manko Wattù Senegaal… »

malick-ndiayeLe professeur Malick Ndiaye – qui considère que la prorogation du mandat de Malick Gakou à la tête du Front pour la défense du Sénégal/ »Mankoo wattu Senegaal » est une violation du code de conduite de ladite plateforme – « brûle » la classe politique sénégalaise. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, hier, le président du Comité d’initiative des intellectuels du Sénégal (Ciis) est allé jusqu’à assimiler l’attitude des politiciens à de « l’athéisme des valeurs ».

Quel bilan faites-vous de lamarche de « Mankoo wattu Senegaal » au 14 octobre dernier ?
L’opposition et le pouvoir ont terni l’image du Sénégal. Les opposants, parce que la Place  Washington ne fait pas partie des objectifs. Le but de l’itinéraire à la Place Washington, c’était de montrer qu’il y a des zones de non-droit dans cette République, que les autorités du  pouvoir empruntent, quand ils veulent, tandis que l’opposition est interdite de marche dans
le même sens. Le but, c’était d’attirer l’attention. Mais, l’objectif est composé de trois  éléments. Les libertés civiles et individuelles, comme celles d’Ousmane Sonko et de Nafi Ngom Keïta. Et la place Washington n’était pas un objectif. Ce n’était qu’un moyen  d’éducation et d’information. Le deuxième objectif, c’était un fichier électoral commun, comme en 1992. Le troisième objectif était de contrôler « lep, niep, lune, kune ». Une famille,
un clan, un frère, ne peuvent pas monopoliser, de quelque manière que ce soit, les ressources communes. C’étaient ça les trois éléments.

Professeur, vous voulez dire que les deux camps, le pouvoir et l’opposition, se partagent la responsabilité des incidents du 14 octobre ?
L’opposition devait aller ensemble à la Place de l’Obélisque pour marcher. C’est là-bas que tout le monde était attendu pour communiquer sur les trois objectifs. C’est la raison pour laquelle, c’est une faute grave pour les opposants d’avoir rebroussé chemin, pour aller prétendument à la place Washington, qui n’était pas notre objectif. La faute de certains
opposants, c’est le fait d’avoir indiqué la place Washington, comme un objectif, alors que cela ne faisait pas partie des objectifs. Maintenant, la faute du pouvoir, c’est d’avoir gazé ceux qui étaient à l’Obélisque, alors que ceux qui étaient à l’Obélisque avaient l’autorisation du préfet.
Donc, ce sont des opposants et un pouvoir qui ont terni l’image du Sénégal.

La réunion d’évaluation de la marche tenue par les leaders de « Mankoo wattu Senegaal » n’aurait pas été de tout repos, du fait de divergences autour du mandat du coordonnateur. Qu’en est-il réellement ?
Nous avons reproché à Me Abdoulaye Wade de s’être dédit. Il avait dit deux mandats, et au bout de deux mandats, ils ont dit troisième mandat. On a dit « wax waxeet ». Nous avons  reproché à Macky Sall d’avoir dit : « Je réduis mon mandat de 7 à 5 ans, si je suis élu ». Et une fois élu, il a dit : « Naxnaa leen ». Ça, c’est du « wax waxeet ». Maintenant, le Front n’est pas un Front d’opposants, mais un Front républicain, avec des opposants, des membres de la société civile, des syndicats et des associations. Ce front-là avait un code de conduite disant explicitement que le coordonnateur, son mandat est de un (1) mois non renouvelable, puisque nous l’avons tous voté devant la presse. Le mandat de Malick Gakou est terminé.
Au lieu de considérer que quelqu’un d’autre va prendre le relais, il y a des magouilles de politiciens, les mêmes, qui ont décidé de lui accorder trois mois. C’est une illustration de l’identité entre le pouvoir et son « wax waxeet », et puis les opposants et leur « wax waxeet ». C’est une illustration du fait que nous avons une même classe politique. Ces deux actes de « wax waxeet » montrent que nous avons affaire à des mêmes types de comportements qui ne sont pas démocratiques ni républicains, du côté du pouvoir, comme du côté des opposants. A cela maintenant, la société civile du Front et les syndicats disent : « Nous ne
devons pas faire avant même d’atteindre nos objectifs, ce que nous reprochions à Me Wade, ce que nous reprochions à Macky Sall ».

On vous sent très amer…
Au lieu de négocier sur un mois de plus ou deux mois, il aurait mieux valu supprimer la limitation du mandat du coordonnateur et laisser Malick Gakou continuer. Ça aurait été plus fin. Puisque, si on le fait, il s’agit de continuer l’article et non négocier un ou deux mois. Supposons qu’on fasse trois mois. Entre le moment où on sera face aux élections législatives, Malick Gakou va faire jusqu’à décembre un deuxième mandat. On aura seulement deux coordonnateurs possibles. Ça, c’est frustrer les partis. C’est une illustration du fait que cette classe politique, il faut la changer, et le plus tôt sera le mieux, parce que, quand elle est au pouvoir, et quand elle est dans l’opposition, elle a la même culture, c’est-à-
dire l’athéisme des valeurs. Je pèse bien mes mots. Cela veut dire que les gens ne croient jamais en ce qu’ils disent et dans ce qu’ils font.

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