Présidentielle en Tunisie: Essebsi annonce sa victoire, le camp Marzouki conteste

Béji-Caïd-EssebsiLe favori de la présidentielle tunisienne, Béji Caïd Essebsi, a revendiqué dimanche soir la «victoire», ce que les partisans du président sortant Moncef Marzouki ont immédiatement contesté dans l’attente des résultats officiels.

«Les indicateurs que nous avons […] indiquent une victoire de Béji Caïd Essebsi» au second tour dimanche, a déclaré quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote Mohsen Marzouk, directeur de la campagne de ce vétéran de la vie politique tunisienne, sans avancer d’estimations.

M. Caïd Essebsi, 88 ans, a remercié, à la télévision nationale, les Tunisiens ayant pris part à ce scrutin historique, quatre ans après la révolution qui a renversé le régime de Zine El Abidine Ben Ali.

«L’avenir proche et lointain nous oblige à travailler ensemble pour la Tunisie», a-t-il aussi lancé à l’adresse de son rival.

Mais le camp du chef de l’État sortant a immédiatement rejeté les propos de son adversaire, jugeant prématuré de dire qui était le vainqueur alors que l’instance électorale (ISIE) espère être en mesure d’annoncer des résultats lundi.

«Ce qu’a déclaré le responsable de la campagne de Béji Caïd Essebsi sur sa claire victoire est sans fondement», a estimé le directeur de campagne de M. Marzouki, Adnène Mancer, évoquant un écart «très serré», de «quelques milliers de voix».

Des centaines de partisans de M. Caïd Essebsi fêtaient pour leur part sa «victoire» proclamée devant le siège de son QG de campagne.

Campagne tendue

MM. Caïd Essebsi et Marzouki, qui n’ont jamais caché leur inimitié l’un pour l’autre, ont mené des campagnes très dures, échangeant invectives et insultes.

Le président sortant s’est présenté en défenseur de la révolution face au retour des tenants de l’ancien régime, M. Caïd Essebsi ayant servi le père de l’indépendance Habib Bourguiba puis brièvement Ben Ali avant d’assurer plusieurs mois la fonction de Premier ministre après la révolution.

À l’inverse, le chef du parti anti-islamiste Nidaa Tounès s’est posé en homme providentiel malgré son grand âge, se disant à même de réparer les dégâts causés par les islamistes d’Ennahda, au pouvoir de 2012 à début 2014, et leur allié M. Marzouki, qualifié «d’extrémiste».

Si la victoire de Caïd Essebsi était confirmée, il réaliserait un doublé moins de deux mois après la victoire de son parti aux législatives.

Quel que soit le résultat dimanche, c’est donc à Nidaa Tounès de former le prochain gouvernement et il devra rapidement s’atteler à constituer une coalition stable, faute de majorité absolue au Parlement.

L’essentiel du pouvoir exécutif revient au gouvernement, alors que le chef de l’État a vu ses prérogatives limitées dans la Constitution adoptée début 2014 afin d’éviter un retour vers la dictature.

Le vainqueur de la présidentielle deviendra le premier chef d’Etat tunisien élu librement depuis l’indépendance en 1956. Bourguiba et Ben Ali avaient constamment eu recours à la fraude ou au plébiscite, et M. Marzouki avait été élu par l’Assemblée constituante à la faveur d’un accord politique avec les islamistes d’Ennahda.

Menace djihadiste

Le cycle électoral de cette fin d’année doit achever la transition en Tunisie, qui malgré plusieurs attaques attribuées à la mouvance djihadiste et des crises politiques à répétition a évité de basculer dans le chaos ou la répression, à l’inverse de la plupart des autres pays du Printemps arabe.

Des dizaines de milliers de militaires et policiers avaient été déployés, permettant le bon déroulement du scrutin selon autorités, malgré une attaque dans la nuit contre l’armée.

Une unité a été visée par un «groupe armé» devant une école de la région de Kairouan (160 km au sud de Tunis) où du matériel destiné aux élections était stocké, mais les autorités se sont refusées à évoquer la piste djihadiste. Un assaillant a été tué et trois autres arrêtés, selon le ministère de la Défense.

«Ce qui s’est passé hier n’a pas d’ampleur […]. Au niveau sécuritaire, les choses se passent plutôt très bien. Je peux vous dire que nous sommes préparés à toutes les urgences», a dit à l’AFP le premier ministre Mehdi Jomaa.

L’incident intervient quelques jours après que des combattants tunisiens ayant rejoint le groupe Etat islamique ont revendiqué les assassinats des personnalités anti-islamistes Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013, qui avaient plongé la Tunisie dans une crise politique profonde. Ils ont aussi appelé au boycott du scrutin et menacé de nouvelles violences.

AFP

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