Procès des magistrats, dirigeants, journalistes, etc. : Moustapha Sy s’érige en guide des consciences

Pour son premier cours de la 18e université du Ramadan, Serigne Moustapha Sy n’a fait que rappeler ce qui a été dit, en attendant de dérouler plus amplement sur le thème au cours des prochains jours. Néanmoins, le responsable moral du dahira Moustarchidine Wal moustarchidati n’a pas manqué de  donner des leçons, aussi bien aux dirigeants qu’aux détracteurs de son père, khalife général des tidianes.moustapha sy

Une année s’est écoulée depuis la dernière université du Ramadan, mais le temps n’a pas altéré l’ardeur des fidèles. Au contraire. Le nombre de cars, stationnés tout au long de l’autoroute à hauteur de Yoff, renseigne sur la densité du public venu assister au cours inaugural de la 18ème édition. Sur les allées de la cité Alia Diène qui mènent au domicile du marabout, seul l’espace de circulation a été épargné grâce au service de sécurité qui y veille. Sinon le moindre périmètre est occupé.
Tous de blanc vêtus, assis à même le sol, les fidèles ont les yeux rivés sur les écrans géants placés un peu partout. Le responsable moral des moustarchidines a commencé son cours. Dans la salle de production, les privilégiés font face à Serigne Moustapha Sy. Lui aussi n’a pas changé. Dans son djellaba de couleur marron tabac, le petit bonnet noir qui lui coiffe la tête, Serigne Moustapha Sy est revenu avec le même discours. Cette année encore, les notions de mystique et de politique vont rythmer les débats durant le mois de Ramadan. Comme le thème, le ton aussi reste le même. Le charme dans le verbe, le gestuel gracieux, le regard direct qui transperce ses grosses lunettes transparentes, son énergie donnent une identité bien particulière au discours du marabout.
Sur le fond, il n’en est pas moins instructif. Le présent politique s’explique par le passé mystique. Serigne Moustapha Sy déroule comme à son habitude en langue arabe. Dans un rythme posé, s’attardant sur certains mots ou notions répétant pour mieux captiver son auditoire, le marabout trouve très vite son public. Les instruits de la tarikha acquiescent en hochant la tête. Au meilleur des cas, ils se laissent emporter dans un «hunhun (c’est vrai)» qui rassure le maître. Le message passe, Serigne Moustapha en est convaincu par les applaudissements par moments de l’audience. D’un autre côté, on est séduit par le verbe, pas plus. Le contenu est incompris des profanes. Alors, le wolof reprend ses droits pour parler de sujets actuels.

«Eviter de faire du tort à Serigne Cheikh Tidiane Sy»
En effet entre la 17e et la 18e université, des choses se sont passées, des événements que le guide des moustarchidines ne peut passer sous silence. Comme l’héritage par son père du khalifat des tidianes. Jusque-là silencieux face aux commentaires qui ont suivi l’installation de Serigne Cheikh Tidiane Sy comme successeur du défunt khalife Serigne Mansour, le responsable moral des moustarchidines a profité de la soirée de mardi pour répondre aux détracteurs.

«Suite au décès de Serigne Mansour, qui m’a d’ailleurs trouvé à Paris, j’ai entendu tout ce qui s’est dit. Mes proches responsables m’ont rendu compte de l’évolution des choses. Et en même temps dans un micro-trottoir, il y en a qui disaient qu’un khalife ne doit pas être en retraite, il doit sortir pour faire face aux talibé. J’ai répondu en disant que les gens conscients et responsables ne parlent pas à travers des micros-trottoirs», a-t-il argué.
Par cette remarque, Serigne Moustapha appelle à faire attention lorsqu’il s’agit de parler de quelqu’un comme son père. «Avant de parler de quelqu’un, il faut savoir si on a la dimension pour parler de lui. Il y a des gens à qui on ne doit pas faire du tort», a dit le responsable moral des moustarchidines. Et parmi ceux-là, semble-t-il dire, Serigne Cheikh en fait partie. A preuve, «quand il a été en prison, il avait écrit une lettre disant qu’ils vont tous payer et jusqu’à présent, ceux qui sont impliqués sont en train de payer». Pour en finir avec ce chapitre, le maître du jour soutient : «Si quelqu’un ne t’a pas fait du tort, il ne faut pas lui en faire.» Le message est clair.

Les gouvernants ratent le chapitre qui leur est consacré
Un autre chapitre s’ouvre sur la gouvernance. Selon le maître du jour, gouverner n’est pas prévoir comme on a l’habitude de le faire croire. «On ne peut prévoir ce qu’on ne détient pas et on ne peut promettre des choses dont on n’est pas le maître», fait remarquer Serigne Moustapha Sy. Un dirigeant devrait, selon lui, juste être bien intentionné et espérer l’aide de Dieu.
Ceux qui écrivent et jugent ont aussi eu droit à une pensée de Serigne Moustapha. «L’écriture est aussi délicate que la parole. C’est pourquoi on ne devrait pas la confier à quelqu’un qui n’est pas bien instruit», pense-t-il. Selon lui, l’écriture informative requiert de la noblesse et de la capacité d’analyse, de même que le sérieux et la compétence de la part de celui qui en a la charge. Aux juges, Serigne Moustapha Sy invite à mesurer la lourdeur de leur tâche. «Il n’y a pas plus difficile que de juger de ce dont on n’a pas été témoin. Encore qu’il y a aujourd’hui beaucoup d’apparences trompeuses», fait-il comprendre.
Toutes ses leçons ont cependant échappé aux dirigeants. En fait, la délégation gouvernementale conduite par Mor Ngom, directeur de Cabinet du chef de l’Etat et composée de Aminata Mbengue Ndiaye, ministre de l’Elevage, Seynabou Gaye, ministre des Sénégalais de l’extérieur et quelques conseillers, est arrivée presque à la fin de la cérémonie. Il était 23h 15, alors que le marabout procédait aux remerciements que ses invités l’ont interrompu. Une attitude qui n’a pas été du goût de certains fidèles qui y voyaient un manque de respect, malgré les excuses présentées par le chef de la délégation au maître du jour. Mais pour Serigne Moustapha, la seule présence est une marque de considération, et le marabout les a remerciés pour cela.
dsene@lequotidien.sn

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