Purge des princes saoudiens : le Ritz-Carlton de Riyad, prison la plus luxueuse au monde

Par L’Obs. Des dizaines de princes, ministres et hommes d’affaires ont été arrêtés en Arabie saoudite lors d’une opération anticorruption.

Il y a quelques semaines, le gratin du business mondial se réunissait sous les chandeliers de ses salles de bal. Aujourd’hui, le palace Monte-Carlo de Riyad semble s’être transformé en prison… dorée. Onze princes, des hommes d’affaires, des dizaines de ministres, anciens et actuels : en tout, plus de 200 personnes proches des cercles du pouvoir ont été arrêtées le 4 novembre lors d’une vaste purge anticorruption menée par le prince héritier et nouvel homme fort du régime, Mohammed ben Salmane.

Grande purge en Arabie saoudite : princes, ministres et ex-ministres arrêtés.

Des dizaines d’arrestations ont eu lieu samedi soir en Arabie saoudite ; une purge sans précédent qui doit consolider le pouvoir du prince héritier.

Onze princes et des dizaines de ministres, anciens et actuels, ont été arrêtés samedi soir en Arabie saoudite, selon des médias, au cours d’une purge sans précédent qui doit permettre au jeune prince héritier de consolider son pouvoir. Parallèlement, les puissants chefs de la Garde nationale saoudienne, une force d’élite intérieure, et de la Marine ont été limogés.

Ces arrestations et limogeages sont intervenus quelques heures après la création, par décret royal, d’une commission anticorruption dirigée par le prince héritier et homme fort du royaume ultra-conservateur, Mohammed ben Salmane, âgé de 32 ans et surnommé MBS.

Arabie saoudite : le prince héritier promet un pays “modéré et tolérant”

Opération séduction : le prince Mohammed Ben Salmane s’est livré à une attaque frontale contre certains milieux religieux conservateurs.

C’est une rupture. Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane a promis mardi 24 octobre une nouvelle Arabie saoudite, “modérée et ouverte”, en rupture avec l’ultraconservatisme religieux, dans des déclarations sans détour de nature à plaire aux jeunes et aux investisseurs étrangers réunis à Riyad.

Le prince Mohammed Ben Salmane, 32 ans, s’est livré à une attaque frontale contre certains milieux religieux conservateurs qui exercent une influence notable sur la société depuis des décennies.

Qui dirige vraiment l’Arabie saoudite ?

“Nous voulons vivre une vie normale. Une vie où notre religion signifie tolérance et bonté”, a-t-il dit lors d’une conférence économique internationale.

“Nous ne ferons que retourner à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions.”

Fils du roi Salmane, âgé lui de 81 ans, mais considéré aujourd’hui comme l’homme fort du royaume, le prince Mohammed a estimé que son pays avait abandonné la modération en 1979 avec la montée en puissance de courants religieux extrémistes.

“70% de la population saoudienne a moins de 30 ans et, franchement, nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d’idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant et tout de suite.”

Sa déclaration a été accueillie par les applaudissements nourris des participants au forum, qui a attiré 2.500 décideurs du monde entier.

“Nous allons détruire l’extrémisme”, a insisté le prince héritier.

Bouffée d’oxygène

Dans les années 1970, l’Arabie saoudite avait connu d’importantes réformes, malgré la résistance de milieux religieux conservateurs, comme l’ouverture de l’enseignement aux jeunes filles et l’introduction de la télévision.

Les droits des femmes s’améliorent “à pas de bébé”

Mais l’assassinat du roi Fayçal, en 1975, avait freiné ce mouvement dans un pays bâti sur une alliance entre l’aile religieuse, représentée par la famille Al-Cheikh qui régule l’espace social, et le pouvoir politique représenté par la famille Al-Saoud, qui a fondé le royaume actuel en 1932.

Depuis sa nomination en juin comme prince héritier, Mohammed Ben Salmane s’est attaché à desserrer le carcan des milieux religieux sur la société. Il est notamment considéré comme l’inspirateur de la décision en septembre de lever l’interdiction qui était faite aux femmes de conduire.

Les Saoudiennes vont pouvoir conduire. Oui, mais…

Mais il a dans le même temps fait arrêter plus de 20 personnes, dont deux prédicateurs religieux influents, entraînant des critiques contre son “autoritarisme” par des experts et des ONG.

Il n’en reste pas moins que sa nomination a représenté une bouffée d’oxygène pour les jeunes Saoudiens.

Ainsi l’Arabie saoudite commence à s’ouvrir aux arts, à la musique et des femmes ont été autorisées pour la première fois à participer aux célébrations de la fête nationale, dans un stade de Ryad, en septembre.

Les Saoudiens attendent maintenant l’ouverture de salles de cinémas et plus de divertissements, longtemps interdits par les milieux conservateurs.

(Avec AFP) -L’Obs

 

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