Raymonde Coffie, ministre ivoirien de la Santé: « Nous voulons faire de la Côte d’ivoire un hub de prise en charge sanitaire en 2020 »

IMG_1831Dr Raymonde Goudou COFFIE, ministre de la santé en Côte d’Ivoire. Photo: © OEIL D’AFRIQUE

Aux termes du groupe consultatif de Paris sur la Côte d’ivoire tenu mardi à Paris, la ministre ivoirienne de la Santé, Raymonde Goudou Coffie est revenue sur la vision sanitaire de son pays d’ici 2020. Le volet sanitaire du Plan national de développement (PND) de la Côte d’Ivoire sur la période 2016-2020 comprend notamment la poursuite de la construction et de la réhabilitation des centres de santé de premier contact, les hôpitaux secondaires et les hôpitaux généraux. Dans une interview accordée à Œil d’Afrique, Mme Goudou Coffie a laissé entendre que son pays entend mettre l’accent sur l’amélioration de la nutrition pour la population et le développement des spécialités afin d’éviter les évacuations sanitaires.

ŒIL D’AFRIQUE: Raymonde Goudou Coffie, comment se porte le secteur de la santé en Côte d’Ivoire?

Raymonde GOUDOU COFFIE : Il se porte très bien. C’est ce qui justifie d’ailleurs notre présence ici à ce groupe consultatif de Paris organisé par le gouvernement ivoirien. La santé est un domaine où on investit énormément et nous sommes pratiquement à la croisée des chemins vers l’émergence et nous allons poursuivre le PND 2012-2015 qui a été lancé. Nous étions déjà présents ici lors du premier Groupe consultatif du 5 décembre 2012. On est dans la continuité et nous étions là pour présenter ce qui a été fait et ce qui reste à faire pour atteindre notre émergence dans le domaine de la santé d’ici 2020.

Quels sont les progrès qui ont été réalisés dans le domaine de la santé ?

Vous savez que dans le domaine de la santé, il y a un vaste chantier d’infrastructures sanitaires. Dans le PND de 2012-2015 nous avons prévu de construire 400 établissements sanitaires de premier plan que sont les dispensaires, les maternités. Ensuite nous avons prévu réhabiliter 450 autres établissements sanitaires également de premier contact. Nous n’avons pas pu atteindre les objectifs ni pour la construction, ni pour la réhabilitation. Mais nous avons enregistré des avancements. C’est la raison pour laquelle nous avons réintroduit ce qui reste dans le PND 2016-2020. Mais ce qui est important est qu’aujourd’hui, nous voulons que les partenaires nous aident à continuer de réhabiliter nos CHU. Nous avons déjà un partenaire pour le CHU de Yopougon. Nous voudrions avoir des partenaires pour les autres CHU et même celui de Bouaké. Ce sont des CHU qui ont été construits depuis de longues années. La population s’agrandissant, les besoins sont présents et il faut améliorer ce secteur des CHU qui fait partie du 3e niveau de la pyramide sanitaire avec tous les instituts spécialisés que nous avons et qui sont en train d’être améliorés.

Ce qui est extrêmement important, nous avons introduit la question de la nutrition. Nous avons présenté le point ici pour que les partenaires puissent nous aider. On n’a pas d’idée sur comment un pays qui a un bon taux de nutrition peut bien se comporter. On ne pense qu’un enfant malnutri présentera des conséquences psychologiques, morales plus tard, un enfant qui n’aura pas de scolarité normale. Nous avons le devoir dans un Etat de droit comme le nôtre, de faire en sorte que tous ces paramètres soient pris en compte pour arriver à l’émergence.

Que contient ce plan multisectoriel sur la nutrition ?

C’est un plan qui va coûter plus de 267 milliards de Fcfa. C’est de cela dont nous avons besoin. Nous avons l’intention d’organiser une table ronde des bailleurs de fonds à Abidjan mais nous l’annonçons déjà ici. Comme je le disais tantôt, une population malnutrie ne peut pas travailler et n’a pas de rendement. Et une population qui n’a pas de rendement est un déficit pour le pays. Nous avons vu que dans les diverses présentations qui ont été faite, la nutrition a été prise en compte et nous en sommes satisfaits.

Cela augure de bon accompagnement et de bon appui pour la prochaine table ronde qui va se tenir à Abidjan. Mais nous sommes déjà ouverts pour que des annonces puissent se faire pour la nutrition et j’en serai particulièrement heureuse et mon équipe avec moi.

Votre plan prend-il en compte l’augmentation des effectifs des agents hospitaliers ?

En termes de santé, il y a vraiment trois volets : le volet des infrastructures, le volet des équipements et il y a le volet des ressources humaines. La Côte d’ivoire a quand même une bonne ressource humaine. Nous continuons de former nos spécialistes. C’est bien d’avoir une bonne ressource humaine mais les spécialités doivent être développées.

C’est la raison pour laquelle dans la vision du président de la République qui court de 2016 à 2020, nous avons convenu que nos hôpitaux généraux aient une annexe de spécialités. Nous avons reçu de la BADEA pour la construction du grand hôpital à Yopougon qui est une grande agglomération d’Abidjan avec une population qui avoisine 2 millions d’habitants. Nous avons prévu de construire un hôpital général de 150 lits mais en annexe un institut de greffe pénale.

Tant que nous arriverons à développer nos spécialités en annexe de nos hôpitaux généraux, nous réussirons à réduire le taux de malades en évacuations sanitaires et je pense que quand on arrive à faire ça et qu’un pays est capable de soigner ses malades chez lui, en ce moment nous serons sur la voie de l’émergence.

Mais je vous garantis que d’ici deux ans, nous sommes en train de construire le premier centre de radiothérapie de Côte d’ivoire qui est logé au sein du CHU de Cocody. Nous avons deux autres dont on a eu le financement à Bouaké et à Daloua, c’est-à-dire au centre et à l’ouest de la Côte d’ivoire. Nous sommes dans une politique de décentralisation et de déconcentration de nos structures sanitaires.

L’objectif est d’avoir de moins en moins de malades qu’on évacue à l’extérieur du pays et permettre à nos patients de bénéficier de l’entourage de familial qui a un impact important sur la guérison. Il est également question de permettre à nos spécialistes de montrer leur savoir-faire parce que nous en avons et que malheureusement, nous n’avons pas les plateaux techniques bien aux normes leur permettant de venir en aide à la population.

Quelle est la finalité de tous ces projets ?

Nous continuons de vendre nos CHU de sorte qu’on puisse nous aider à les améliorer, à les agrandir surtout, à faire en sorte que nous puissions avoir dans nos CHU, des structures spécialisées et puis faire de la Côte d’ivoire, un hub sous régional et régional de prise en charge sanitaire. C’est notre vision. Peut-être que vous allez penser que je suis très ambitieuse mais je dois dire que quand on n’est pas ambitieux, on n’avance pas. Quand on est ambitieux, on montre aux gens que l’argent qu’ils vont donner pour sera bien utilisé.

Propos recueillis par Roger Musandji
© OEIL D’AFRIQUE

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