REMANIEMENT MINISTERIEL Le sort du fusible

18 mois de compagnonnage et la coupe est pleine pour le président Macky Sall qui, finalement, n’aura même pas attendu confirmation de l’implication de son désormais ex-chef de gouvernement dans l’affaire Habré, comme il le suggérait récemment dans les colonnes d’un journal Américain, pour se séparer de lui.pm-viré-605x290

D’aucuns diront dès lors qu’il a bien eu son monde qui regardait résolument dans cette direction. D’autres en revanche guettaient avec appétit et fortes prières le moindre faux pas de son premier, Premier ministre qui pousserait le Président Macky Sall à l’envoyer au tapis. Tout cela a quelque chose de bien malsain dans un pays où, dès qu’on se retrouve aux responsabilités, on cherche d’abord à savoir de quel bord (ethnique, politique,… ) vous êtes. Ils étaient pourtant les premiers à applaudir lorsque Abdoul Mbaye, tout frais Premier ministre, passait son grand oral devant les députés et déclinait la structure et les orientations  d’une politique qui reposait sur le credo de la protection des Sénégalais, la transparence comme option essentielle et l’efficience comme méthode. Trois axes qui devaient le guider dans l’application de la feuille de route tracée par le Chef de l’Etat. Celui-là même qui est à l’origine du tracé rempli de promesses de « yoon » et de « yokkute ».

Sur ce tracé, Abdoul Mbaye n’a pas attendu longtemps pour mettre la main dans le cambouis des urgences traduites en promesses électorales. Baisse des prix des denrées de première nécessité couplée avec une baisse de la fiscalité sur les salaires, distribution de vivres de soudure et d’aliments de bétail et subvention des intrants agricoles.

Sur ce même tracé se dressaient en même temps des arriérés de paiement dus aux entreprises, estimés à 150 milliards de FCFA, à fin mars 2012, et à des moins-values de recettes budgétaires de l’ordre de 35 milliards de FCFA à cette même date. Il aura fallu une Loi de Finances rectificative portant sur la réduction, voire la suppression, de certaines dépenses jugées non prioritaires afin de prendre en charge des mesures conduisant à un déficit public excédant 8% du PIB, niveau incompatible avec un objectif de stabilité macroéconomique.

Bref, entre nécessité d’équilibre budgétaire, condition sine qua non pour restaurer la confiance des partenaires institutionnels, mais aussi celle des investisseurs privés et, relance de la croissance, l’étroitesse de la marge de manœuvre avait déjà condamné l’action du gouvernement et fait le lit des attaques les plus virulentes contre son chef. Un contexte explosif auquel s’ajoutent  le dénuement ou l’inaccessibilité des services de soins, l’indigence des plateaux techniques, l’habitat, le système éducatif, l’emploi, la sécurité alimentaire…

Un contexte propice pour ceux dont les intérêts étaient menacés au profit du plus grand nombre qui piaffent d’impatience pendant qu’on traque les biens « illicites », pour tirer à boulets rouges et dresser des peaux de banane sur le tracé défini par Macky Sall et confié à Abdoul Mbaye, finalement emporté par les eaux diluviennes qui se sont déversées sur la cité.
Des inondations qui révèlent les dysfonctionnements et incohérences qui ont marqué sur plusieurs décennies les politiques en matière d’aménagement, d’occupation de l’espace urbain et d’assainissement de notre cadre de vie et qu’on prétend régler définitivement par un coup de baguette magique.

Il n’a pourtant pas pris son temps, c’est le temps qui lui était compté devant l’énormité de la tache qu’aucune « accélération » n’aurait pu empêcher les eaux de nous inonder.

Lui ne craignait pas de « perdre un poste » mais de « mal l’occuper », disait-il en juillet dernier, dans les colonnes de notre confrère l’Enquête. L’a-t-il seulement mal occupé ou est-ce simplement le sort du fusible que l’on fait sauter pour protéger des eaux le compteur défectueux ?

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