René Serge Blanchard Oba, opposant congolais : «Sassou Nguesso a les dents dures»

president_msd_fileminimizer-768x577Membre actif de l’opposition congolaise, ancien patron de l’Office National des Postes et des Télécommunications (ONPT), président du MSD et, actuellement président en exercice de l’IDC, René Serge Blanchard Oba a accordé une interview à Œil d’Afrique dans laquelle, il a abordé la situation politique qui prévaut au sein de l’IDC,  le problème des ex-travailleurs de l’ONPT et de la situation politique du Congo.

Oeild’Afrique : Comment se portent les plates-formes IDC et FROCAD ?

  René Serge Blanchard OBA : Pas de soucis pour l’instant. Je prendrais le risque de parler au nom de ma collègue Claudine Munari pour confirmer l’excellente santé de nos deux plates-formes l’IDC et FROCAD en dépit des vicissitudes de l’action inhérente à nos choix.

Le départ de Guy Brice Parfait KOLELAS de l’IDC est- il une trahison ou une manipulation politique ?

  Ni l’un ni l’autre. Le Président Kolélas Guy Brice m’a écrit en tant que Président du MSD me demandant de m’associer à la préparation d’une convention nationale de l’opposition congolaise dans sa plénitude et ce, en dehors de l’IDC et du FROCAD, promoteur de la première convention de l’opposition congolaise. Je lui ai fait savoir en réponse à son invite qu’il m’écrivait en tant que Président de la CODEHA qui est une plate-forme politique rassemblant exclusivement les partis et individualités du Pool. Aussi, que son initiative me surprenait d’autant plus que le 22 juillet 2016, nous avions convenu d’examiner ses éventuelles propositions en réunion des coordinations IDC- FROCAD-CJ3M, sur sa volonté d’ouvrir l’opposition aux mouvements qui n’avaient pas signé la charte de la victoire c’est-à-dire  à ceux qui en réalité ont soutenu le pouvoir actuel de Dénis Sassou Nguesso et à la lumière de la charte de la victoire du 29 février 2016 et de la déclaration du 25 mars 2016 dont il est signataire. De cet examen prospectif et méthodique, nous pourrions ensemble, sortir une feuille de route claire sur la question de l’unité de l’opposition congolaise, dans la perspective de la deuxième convention de l’opposition congolaise. Par ailleurs, je lui ai dit que les termes de référence anticipés qu’il proposaient, rendent l’opposition congolaise partiellement responsable de la tenue du référendum du 25 octobre 2015 qu’elle n’a pu empêcher, de la non transparence, pour des diverses raisons, notamment le manque de coordination dans les actions de l’opposition et de l’absence des stratégies cohérentes. Ce qui laisse penser que le peuple congolais avait donc approuvé le coup d’état anticonstitutionnel du 25 octobre 2015 et le hold-up électoral consécutif au scrutin anticipé du 20 mars 2016. C’est là une très mauvaise lecture de la situation politique actuelle dans notre pays où règne un état de siège, avec en particulier un état d’urgence dans le département du Pool. L’IDC ne saurait partager ni une telle lecture des faits, ni une telle initiative qui tendent à conforter le pouvoir illégitime de Brazzaville, au moment où la situation gabonaise interpelle nos consciences. La président Kolélas Guy Parfait a pensé annoncer officiellement au conseil des Présidents de l’IDC en ce moment- là sous sa présidence qu’il ne pouvait plus s’afficher avec l’IDC  et qu’il proposait le Président René Serge Blanchard Oba à sa place. Ce qui a été fait. Au niveau de responsabilités où nous sommes et à nos âges, il me parait opportun de dire que si le Président Kolélas estime que les engagements que nous avons pris ensemble chez lui à son domicile n’étaient qu’une hérésie alors je lui demande de revenir dans les rangs. Certaines personnes pensent à tort ou à raison que les plates-formes IDC et FROCAD ne doivent plus exister parce qu’elles ont été créées pour empêcher le referendum et barrer la route au Président Dénis

Sassou Nguesso pour un troisième mandat. Qu’en dites-vous ?

  Pouvons- nous dire qu’aujourd’hui que l’alternance politique découlant d’une nouvelle vision d’action de gestion de la république et de l’état que nous réclamons depuis est de miseµ ? Les populations qui errent dans les forêts dans le Pool sont- elles toutes aveuglées par l’ange exterminateur ? Les Congolais qui croupissent dans les lieux de détention traduisent- ils l’existence d’une démocratie vivante ? La parole politique qui est mise sous le boisseau garantit- elle le respect de la liberté d’opinion d’entreprendre et de parole ? Lorsque j’apprends qu’il y a un déficit prévisionnel de 20000 enseignants au secondaire et 4000 enseignants à l’université, dois-je avoir la force de me réjouir de trente ans de pouvoir passé ? Notre action est pérenne pour le bien être présent et futur des congolais.

Que répondez à ceux qui accusent d’être la boîte de pandore des ex travailleurs de l’ONPT ?

  Je ne me culpabilise pas d’avoir fait mon devoir. Avoir appris et porter mes connaissances au service de mon pays. Souvent l’homme a la mémoire courte en effet, tous vous- même et les autres, qui me font porter du charbon ardent sur ma tête ne réalise plus qu’au moment où je suis nommé à la tête de l’Office National des Postes et des Télécommunications et de la Caisse Nationale d’Epargne, deux décrets étaient pris par le président de la République portant dissolution de l’ONPT et de  la CNE. Je suis donc le premier liquidateur de ces deux entreprises. Souvenez-vous le drame que vivaient les Congolais parce qu’ils ne pouvaient même plus retirer leur épargne. On oublie pour jeter l’anathème sur des cadres que ces entreprises étaient liquidées donc non fiables. Je suis nommé en réalité pour gérer des entreprises qui n’existent plus. L’Assemblée Nationale décide sur injonction de la Banque Mondiale pour atteindre le point d’achèvement, sur les cendres de ces deux entreprises de la création deux autres entités nouvelles la société de télécommunications du Congo, SOTELCO et la société des postes et de l’épargne du Congo, SOPECO.

Les bases suivantes sont jetées : Le nombre des travailleurs résiduel de l’ex CNE est de 2500 environs ; le nombre des travailleurs de la SOTELCO est de 300 ; le nombre des travailleurs de la SOPECO est de 500 ; le différentiel sans affection est de 1700. Que faire de cet excédent ? Les comptes prévisionnels  d’exploitation des deux sociétés montrent la faiblesse notoire de la SOPECO qui est une entreprise de services publics ne pouvant vivre qu’avec une subvention de l’Etat et de la  SOTELCO  qui pouvait vivre avec ses recettes prévisionnelles mais un effectif de trois cents travailleurs. Afin de faire passer la pilule à l’Assemblée Nationale, l’astuce suivante est mise en exergue à savoir le licenciement zéro, c’est-à-dire que la SOTELCO prendrait en charge deux milles travailleurs alors qu’elle n’a besoin que de trois cents travailleurs, l’Etat s’engageait à subventionner l’excèdent de mille sept cents travailleurs jusqu’à ce que l’Etat ait les moyens d’assurer le licenciement de ces derniers. Malheureusement six mois après, aucune subvention de l’Etat n’arrive. Les tensions de gestion devenant de plus en plus dures, j’ai informé le gouvernement et les travailleurs par l’intermédiaire  des syndicats que l’entreprise ne pourrait plus supporter  l’excédent de mille sept cents travailleurs au risque de faire cesser complètement l’activité. Malgré nos appels successifs, aucune subvention n’est venue et nous avons mis le Gouvernement devant ses responsabilités en demandant le licenciement à l’inspection du travail des milles sept cents travailleurs. Et mieux encore nous avons proposé un plan inhérent pour payer les droits des travailleurs après avoir trouvé des financements aux USA. Le ministère du Travail nous a posé une fin de non-recevoir. En dépit de ces questions sociales, nous avons dans ces difficultés trouvé des financements à notre propre active pour construire trois nouvelles stations terriennes de Binkaroua Brazzaville, OROSTOM, Pointe Noire, Oyo ; une boucle hertzienne pour couvrir Brazzaville, emmener et superviser l’installation de Warid au Congo; déplacer de Massengo à Binkaroua la station de 32 m qui y existait ; démarrer de projet de la couverture nationale en mettant en place l’autoroute hertzienne nécessaire ; démarrer le projet de la couverture nationale en mettant en place l’autoroute hertzienne nécessaire. Un prêt de 82 millions de dollars a été obtenu auprès  de la CITY BANK, un prêt de 5 millions de dollars a été obtenu auprès de la RAND MERCHANT BANK ceci pour rendre solvable la SOTELCO; etc.

Que pensez-vous de la situation de crise permanente qui prévaut dans le département du Pool ?

  Je pense que la situation du Pool est un piège pour tous et surtout pour le pouvoir. Recenser de tout temps des morts parmi la force publique et parmi les populations n’est pas bon. Une situation de guérilla se développe malheureusement de jour en jour. Les ingrédients de la guerre de 1997 apparaissent au grand jour. Si hier le Président Sassou avait pu s’en sortir c’est parce qu’il pratiquait le dialogue alors qu’aujourd’hui c’est la pratique de la dent dure, c’est une erreur ! Seul le dialogue qui peut ouvrir les portes de la paix. J’ai une pensée pour tous ceux qui errent   en ce moment dans les forêts du Pool à la recherche de la survie. Si notre repentance pouvait suffire Seigneur je me repends au nom de tous pour que nous retrouvions la paix dans le Pool tout au moins.

Qu’en est-il réellement de la situation politique de l’un de vos camarades de l’IDC Augustin KALAKALA qui est porté disparu ? Avez-vous déjà mené des démarches auprès des services juridico- policières ?

  Deux Avocats ont été constitués pour au préalable être certain de son lieu actuel de détention. Nous ne pouvons vous dire avec certitude le lieu actuel de sa détention. Nous supposons par expérience que la Direction Générale de la Surveillance du Territoire serait ce lieu que nous recherchons.

Propos recueillis par Celmond KOUMBA

© OEIL D’AFRIQUE

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