REVANCHE – Pouvoir et opposition : des Législatives de 2007 à la création de la Cnri : Boycotteurs boycottés

omar-mokhtar-mbowLes perdants de la Présidentielle de 2007, acteurs des Assises nationales, avaient boycotté les Législatives de 2007 qui finiront par coûter cher, à long terme, à Wade et son régime. Aujourd’hui, c’est au tour des Libéraux de bouder la Commission nationale de réformes des institutions calquée, en partie, sur les Assises nationales et dirigée par Amadou Makhtar Mbow. Chro­ni­que d’une revanche.

On aurait dit l’arroseur arrosé entre les «Assisards» et le Parti démocratique sénégalais (Pds). Les Libéraux ont décidé de boycotter la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri) pour ses consultations élargies aux partis politiques, après avoir rencontré la société civile. Tout comme l’opposition actuelle, alors au pouvoir, avait récusé les Assises nationales pilotées par le même Amadou Makhtar Mbow, nées des contestations des résultats de la Prési­den­tielle de 2007.

Les adversaires de Abdoulaye Wade, embarqués dans le Front siggil senegaal (Fss) pour relever un pays qu’ils estimaient à genoux, avaient mal vécu la réélection du candidat de Sopi 2007, qui plus est dès le premier tour avec près de 56%. Grog­gy par une défaite inattendue, Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, Abdou­laye Bathily, Amath Dansokho, entre autres têtes de file de l’opposition, avaient trouvé la géniale idée de se regrouper et d’élargir leur éventail aux couches politique, sociale, économique, culturelle, religieuse au sein d’une structure que d’aucuns qualifiaient de «Con­fé­rence nationale» des années «90» et d’autres de «concertations nationales sur l’avenir» du pays.

Les Assises nationales sont nées et se veulent, au fond, un répondant à l’affront électoral de Wade qui, d’ailleurs, requinqué par sa victoire, avait promis la «guillotine» politique à Niasse, Tanor, Danso­kho et même Idrissa Seck présumé allié d’un «gentleman agreement». Lui ne sera pas aux Assises nationales et a très tôt reconnu la victoire du Président Wade.

Boycott après la Présidentielle de 2007

Les élections législatives du 3 juin 2007 se pointent et les vaincus n’ont aucune assurance que le fichier dont ils accusent la non fiabilité ne leur jouerait pas encore (?) un sale tour. La confiance et le dialogue sont rompus. L’oppo­sition boycotte les élections en «offrant» aux Libéraux et à leurs alliés une Assemblée bleue à près de 90%, même si elle aura réussi à bloquer le taux de participation à 25% selon eux, et à 35% officiellement.

L’abstention est un baromètre pour les Locales du 22 mars 2009. Les Assises sont donc agitées pour «juger» un régime, en partant de ceux qui l’ont précédé pour rassembler les «preuves» qui vont l’accabler et sceller son sort. Pour convaincre aussi du caractère inclusif et équitable du «procès».

Entre temps, le cercle wadien se rétrécit avec le départ de Macky Sall. Les scandales se multiplient et penchent sur la balance des accusations de l’opposition. Bref, les «cumuls d’infractions» et récidives annoncent une peine lourde à «l’audience» du 26 février qui enverra Wade au second tour et à celle du 25 mars qui confirme le verdict d’un «juge» nommé le Peuple.

Macky, acteur du boycott

Mais auparavant, les Locales de 2009 seront déterminantes pour «l’accusé» Wade qui devra faire face à un Benno siggil senegaal (Bss) uni et renforcé par un martyr nommé Macky Sall et qui avait réélu Wade, en tant qu’ancien Premier ministre et directeur de campagne de leur «bourreau». Qui lui avait aussi donné la majorité et provoqué le boycott du scrutin du 3 juin.

Le 22 mars, le Pds et ses alliés perdent les grandes capitales du pays comme Dakar, Thiès, Fatick, Saint-Louis, Louga. Le résultat d’un front unitaire que pourtant le pouvoir avait vu venir, quoiqu’il justifie sa débâcle par des «frustrations» et «dissensions» au sein de la majorité. Abdoulaye Wade, son parti et ses alliés avaient donc, mesuré les conséquences de la réussite des Assises nationales, il faut le dire, politiques puisqu’a­yant accouché de leurs flancs Ben­no siggil senegaal dont le processus de «candidature de l’unité et du rassemblement» face à Wade sera l’œuvre de Amadou Makhtar Mbow et Cie, mais aussi sur la base du programme des conclusions de ces mêmes Assises nationales.

Même s’ils ont échoué à convaincre Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng qui étaient les plus représentatifs. Ils iront à la Présidentielle en rangs dispersés Benno siggil senegaal pour le président de l’Alliance des forces de progrès (Afp) et Benno ak Tanor pour le secrétaire général du Parti socialiste (Ps).

Boycott du Pds après la Présidentielle de 2012

La bouderie du Pds de toute discussion sur les réformes institutionnelles confiées à l’équipe de Amadou Makhtar Mbow est à chercher dans le «mobile» du boycott des Légis­la­tives et les Assises nationales qui, en partie, ont joué un rôle considérable dans la chute des Libéraux. Et, ce ne serait pas une surprise si l’opposition rejetait les propositions de la Cnri par voie parlementaire ou référendaire. Au fond, entre l’opposition et le pouvoir, c’est comme qui dirait une revanche des boycottés d’hier devenus boycotteurs.

hamath@lequotidien.sn

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