Rohani conseille à Ryad de se méfier de la «puissance» de l’Iran

Iranian President Hassan Rouhani sits during a meeting with Pakistan Army Chief General in Tehran on November 6, 2017. / AFP PHOTO / ATTA KENARE

Le prince héritier, Mohammed ben Salmane, a estimé la veille que le tir d’un missile samedi sur l’aéroport de Riyad en provenance du Yémen voisin «pourrait être considéré comme un acte de guerre contre le royaume». Les tensions croissantes entre les deux puissances rivales au Moyen-Orient inquiètent les experts.

Le prince héritier d’Arabie saoudite, déjà occupé sur de nombreux fronts dont une purge anticorruption inédite, s’est brusquement immiscé mardi dans la guerre des mots avec l’Iran, qu’il a accusé «d’agression directe» dans le cadre du conflit au Yémen. «L’implication de l’Iran dans la fourniture de missiles aux (rebelles yéménites) Houthis est une agression militaire directe par le régime iranien et pourrait être considéré comme un acte de guerre contre le royaume», a déclaré Mohammed ben Salmane (MBS), cité par l’agence officielle saoudienne SPA.accueil

Lundi, déjà, l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite – les deux grands rivaux du Moyen-Orient – avaient échangé de violentes accusations à propos du Yémen, pays en guerre où ils soutiennent des camps opposés. La tension est montée d’un cran après l’interception, samedi soir, au-dessus de la capitale saoudienne, d’un missile balistique tiré par les rebelles chiites houthis soutenus par l’Iran. Des débris de l’engin sont tombés dans le périmètre de l’aéroport international de Riyad, une première, soulignant les risques pour le trafic aérien civil.

«Des plus grands que vous n’ont rien pu faire contre le peuple iranien.»

Le président iranien, Hassan Rohan

L’Arabie saoudite a directement accusé l’Iran d’avoir fourni ce type de missiles aux rebelles. Téhéran, qui nie toute aide militaire aux Houthis, a démenti, accusant à son tour Riyad de «crimes de guerre» au Yémen. «Vous connaissez la puissance et la place de la République islamique. Des plus grands que vous n’ont rien pu faire contre le peuple iranien. Les États-Unis et leurs alliés ont mobilisé tous leurs moyens contre nous et n’ont rien pu faire», a lancé le président Hassan Rohani à l’adresse des dirigeants saoudiens. Depuis mars 2015, Riyad est à la tête d’une coalition de pays sunnites qui aident les forces gouvernementales yéménites dans leur guerre contre les Houthis et leurs alliés, maîtres de la capitale Sanaa depuis septembre 2014. MBS, qui est également ministre de la Défense, est à l’origine de l’intervention militaire de son pays au Yémen. Le conflit a déjà fait plus de 8.650 morts et quelque 58.600 blessés, dont de nombreux civils.

La polémique autour du tir de missile risque d’exacerber les tensions et de donner lieu à une escalade régionale, ont prévenu des experts. Lundi, la coalition menée par l’Arabie saoudite a souligné qu’elle se réservait le droit de riposter «de manière appropriée et au moment opportun». Les tensions actuelles «peuvent avoir des répercussions extrêmement dangereuses», a prévenu mardi lors d’une conférence de presse à Washington la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini , qui était interrogée sur les tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran. «Il faut ramener le calme», a-t-elle insisté. L’organisation Human Rights Watch (HRW), souvent critique à l’égard de l’intervention saoudienne au Yémen, n’en a pas moins considéré mardi le tir de missile sur Ryad comme un «crime de guerre apparent» des rebelles.

Sept millions de personnes au bord de la famine

En représailles, la coalition menée par l’Arabie Saoudite, qui impose déjà un embargo aérien à l’aéroport de Sanaa et inspecte les cargaisons maritimes destinées au pays, a décidé d’infliger un blocus total au Yémen pour empêcher d’éventuelles livraisons d’armes aux rebelles. Le renforcement du blocus a été dénoncé mardi par les Nations unies, qui se sont alarmées de l’impossibilité d’acheminer de l’aide au Yémen. «Les opérations humanitaires sont bloquées à la suite de la fermeture ordonnée par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite», a déploré le porte-parole du Bureau des Affaires humanitaires de l’ONU à Genève, Jens Laerke. Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, a précisé que l’organisation allait étudier si le blocus constitue une «punition collective», interdite par les lois internationales, au moment où le pays connaît «la pire crise humanitaire au monde», selon l’ONU, avec 900.000 personnes victimes d’une épidémie de choléra et sept millions de personnes au bord de la famine.

Les rebelles chiites houthis ont jeté de l’huile sur le feu, mardi, en menaçant de riposter au durcissement du blocus contre le Yémen par des tirs de missiles contre les «ports, les aéroports, les postes frontaliers et les installations vitales» en Arabie saoudite et aux Émirats arabes. «Nous ne resterons pas les bras croisés et étudierons des options plus importantes et plus radicales pour empêcher le renforcement du blocus contre le peuple yéménite et (les mesures) visant à l’affamer et à l’humilier», ont souligné les rebelles. Ils affirment n’avoir reçu aucun missile iranien et disent avoir développé ces engins par leur propres moyens.

Purge sans précédent

La tension entre Ryad et Téhéran coïncide avec une purge sans précédent menée en Arabie saoudite contre des princes, des ministres, d’anciens responsables et des hommes d’affaires accusés de corruption. Elle a été lancée par une commission de lutte contre la corruption dirigée par le prince héritier, MBS, 32 ans, et vise notamment à renforcer son pouvoir au moment où il est engagé dans un vaste programme de réformes économiques et sociétales, et poursuit sa marche vers le trône.

Le président américain Donald Trump avait apporté lundi un soutien appuyé à l’action du roi Salmane et de son fils, MBS. «J’ai entière confiance dans le roi Salmane et le prince héritier d’Arabie saoudite, ils savent exactement ce qu’ils font», a-t-il écrit sur Twitter. «Certains de ceux qu’ils traitent durement ‘saignent’ leur pays depuis des années!», a-t-il ajouté.

 L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a abondé dans le sens de l’allié saoudien en accusant l’Iran de fournir des missiles aux Houthis en violation des résolutions de l’ONU. Selon elle, un missile tiré par les rebelles en territoire saoudien en juillet avait été fourni par l’Iran et celui utilisé samedi sur Riyad «était peut-être également d’origine iranienne». Dans un communiqué, Nikki Haley a «encouragé» les Nations unies «à prendre les mesures nécessaires pour tenir le régime iranien responsable de ces violations». «Les États-Unis sont engagés à tout faire pour s’opposer aux actions déstabilisatrices de l’Iran et ne fermeront pas les yeux face aux violations graves du droit international par le régime iranien», a-t-elle insisté.
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