SECTEUR TOURISTIQUE AU SENEGAL Les vagues déferlent, les touristes refluent

SECTEUR TOURISTIQUE AU SENEGAL - Les vagues déferlent, les touristes refluent
SECTEUR TOURISTIQUE AU SENEGAL - Les vagues déferlent, les touristes refluent
SECTEUR TOURISTIQUE AU SENEGAL – Les vagues déferlent, les touristes refluent

Epiphénomène pour les uns, coup de grâce pour les autres, la question du visa est sur toutes les lèvres dans la station balnéaire de Saly Portudal. Mais à mesure que l’on fait le tour des acteurs qui composent la chaîne touristique, ce sont surtout les maux historiques comme saisonnalité, parahôtellerie, sécurité, entre autres taxes, qui reviennent.

Comme pour ne rien arranger, l’érosion côtière pousse les vagues qui viennent déferler sur des plages qui, elles, n’existent même plus. A travers ce reportage réalisé au début du mois d’aôut dernier, on se rend bien compte que le secteur touristique déjà «dans le coma», selon l’expression de certains acteurs, subit l’incurie vivement décriée des politiques, pour «absence de volonté » malgré les discours populistes.

Nous sommes bien en saison «morte», mais pas assez pour expliquer le silence lourd que seul le fracas des vagues en contrebas vient de temps autre perturber. D’ailleurs «il n’y a plus de saison ici, toutes les saisons sont mortes», disait Khadim. Il n’y a pas un chat ici. Pourtant, de l’allée qui y mène, ça semble bouger un peu du côté de la réception. On peut apercevoir quelques personnes assises, là-bas, le regard dans le vide. C’est tout sauf l’activité des jours ordinaires. C’est un euphémisme.

L’histoire de Koumba et Saly a ceci de très tragique que depuis la mort de la première avec qui elle partageait tout (piscine, plage, restaurants, bars, espaces de sports et de loisirs), la seconde fait des pieds et des mains pour ne pas disparaître sous les décombres là, juste à côté. Entre Eau et Jardin, Saly, situé au cœur d’un paradis de verdure, d’arbres et de plantes, n’est pourtant plus que l’ombre d’elle-même, abandonnée à son sort peu enviable, dans un environnement où le soleil tout comme le confort quatre étoiles, ont perdu de leur superbe et, le sourire généreux de Mme Absatou,   , n’y change rien. Un sourire d’ailleurs trompeur…

Avant de mourir de sa « mauvaise » mort,  Savana Koumba faisait des recettes mensuelles de l’ordre de 110 millions de FCfa tandis que sa sœur Saly en faisait au bas mot 78 millions de FCfa. Aujourd’hui, en l’absence de recettes, elle vivote  avec des charges d’exploitation (eau, électricité, etc..) et surtout d’entretien de 118 chambres, vides de surcroît, le Savana Saly est contraint de réduire son personnel.

Ici, le personnel a été réduit de plus de la moitié et puisqu’il faut bien tenir la boutique, ce sont les quelque permanents qui se voit assignés à des taches secondaires. Mais comment accueillir un client potentiel dans un établissement jadis fleuron de la station et qui, affiche aujourd’hui un état de dégradation avancée nécessitant une rénovation urgente? S’y ajoutent des factures qui s’accumulent, des TO (Tour operators) qui ont pris la tangente….

C’est sans doute le prix à payer quand on refuse, par la seule volonté du personnel, de finir sous les gravats. Alors on sourit peut-être … mais le cœur n’y est pas. Voila en tout cas, « les problèmes auxquels nous sommes confrontés », lâche Absatou, la mort dans l’âme d’autant plus que le drame, pour elle, c’est surtout la situation là-bas, de l’autre côté de l’immense jardin,  derrière la grande piscine de l’hôtel…

Balnéaire… sans plage

Ici, la houle vient se jeter directement contre le mur en contrebas. Aux problèmes de survie de Savana Saly, vient s’ajouter l’avancée inexorable de la mer qui a fini d’engloutir la plage. Le spectacle est désolant à tout point de vue et l’expression «les pieds dans l’eau» prend ici tout son sens. «En l’absence de réaction urgente, ce sont les établissements-même qui seront sous l’eau», regrette Amsatou. Il apparaît que Savana Saly est l’établissement le plus touché par le phénomène et les autorités le savent.

Mme Amsatou d’expliquer que le ministre, de passage à Saly, avait été sensibilisé sur le problème alors que la question concerne toute la côte. Sauf que des mesures institutionnelles qui ont été arrêtées pour stopper le phénomène, Savana Saly n’en fait pas partie. Il s’agit de mettre en place des brise-lames et la zone ciblée sur deux kilomètres par le projet, va des résidences Paradis à Espadon qui se situent sur la même bande que Savana Saly. Sur la base de quels critères ? La question reste posée pour Amsatou.

Il s’y ajoute, selon elle, que «les brise-lames ne feront que transférer le problème sur une autre partie des établissements» qui sont situés sur la même bande. «Ce n’est pas une solution…», estime-t-elle. Une désolation qui mourrait dans le fracas d’une solide vague qui venait se fracasser contre le mur de l’hôtel qui dévoile des fissures inquiétantes tandis que la vague se retire sur rochers, gros comme des grues.

C’est en tout cas compte tenu de cette situation que « Nous avons perdu dernièrement un TO qui avait programmé chez nous une cinquantaine de touristes». «Un manque à gagner énorme pour nous », se désole encore Amsatou qui, sans amertume, porte aussitôt un regard général sur, dit-elle, « l’absence de politique du tourisme ».
« Pendant que le printemps arabe nous offre des opportunités inédites, aucune politique commerciale de la destination n’a été mise en place pour nous en faire profiter », estime Amsatou. Pour elle, « Les autorités devaient au préalable s’astreindre à sortir le secteur du coma dans lequel il est plongé avant de mettre en œuvre une politique de visa. » Le mot est lâché.

Des hauts et débat

Si certains l’aiment «chaud», d’autres en revanche lui attribuent le « pouvoir» de tuer définitivement la destination Sénégal déjà si lourdement atteinte. En «lâchant» le mot, Amsatou apporte de l’eau au moulin de Saad. La veille autour d’un échange instructif avec d’autres professionnels du secteur, Saad, patron d’une agence de voyages à Saly, pourfendait vivement le principe du visa tel qu’énoncé par les autorités. Il faut dire qu’ici, la question est sur presque toutes les lèvres et alimente toutes les discussions et soulève toutes les passions et commentaires notamment dans le monde des acteurs du tourisme, depuis son entrée en vigueur, le 1er juillet dernier.

Jugeant la mesure « impopulaire »,  Saad soutenait que « la bataille de la souveraineté n’est pas la nôtre », sans compter, dit-il, « que sa mise en œuvre désordonnée suscite énormément de tracasseries. » Saad qui décidément n’y va pas de main morte, estime que  si c’est une question de recettes, « c’est mal barré car ce visa ne rapportera rien du tout et elles (les autorités) auront même des problèmes pour payer le concessionnaire du système. »

Ce n’est pas l’avis de Bocar, propriétaire d’un établissement à Gand Mbour. Plus souple dans sa position, Bocar  déclare qu’il n’a « pas de problème avec le visa. » Mais c’est pour ajouter que « c’est son application qui pose problème et dans le cas d’espèce, il est inopportun », dit-il avant d’expliquer que « si la délivrance du visa était simplifiée, les gens l’accepteraient mieux, mais en l’état, c’est inopportun. » Conséquence, « la Gambie voisine s’est d’ailleurs engouffré dans la brèche pour supprimer l’application du visa afin de capter les visiteurs », indique Bocar.

Un point de vue qui fait écho à celui de Khadim qui, est du même avis, sauf que son argumentation est noyée dans le brouhaha indescriptible de la discussion très animée. Loin de l’atmosphère plus ou moins feutrée d’un restaurant huppé et nichée en face de la mer, où nous avons rencontré le lendemain, une dame, française, que nous appellerons Catherine et qui revient en vacances avec son petit fils. Elle, trouve l’instauration du visa « Très bien».

« Je viens depuis 1999 et je suis propriétaire ici depuis 2002. Là je viens d’arriver avec mon petit fils après avoir sacrifié aux formalités du visa à partir de la France et je dois dire que cela s’est très bien passé avec le système électronique qu’ils ont mis en place », témoigne-t-elle avec enthousiasme. Le bémol qu’on guettait est tout de même arrivé : « Franchement, je regrette les tracasseries une fois débarquée à l’aéroport de Dakar où il faut payer le visa et avec beaucoup de peines », ajoute-t-elle.

Finalement, chacun y va de son analyse. Qui sur le principe du visa, qui sur les difficultés globales du secteur. Difficultés qui tiendraient de beaucoup de phénomènes parmi lesquels, Cherif Dieng,  retient l’économie locale désormais détenue par, dit-il, les expatriés qui viennent s’installer. Selon lui, « les emplois tous secteurs confondus, sont désormais aux mains des expatriés dans le secteur de la construction, la boucherie, l’antiquité, la coiffure, ils ont mis la main sur l’économie locale », regrette-t-il.

«Weddi guis bokkou ci»*

En passant par l’ «Avenue» reliant les hôtels «Bougainvillées» et «Savana» pour aller au village de Saly, le centre commercial « Plein Sud » jalonnée de commerces, de restaurants et de grands établissements (grande distribution), affiche la même atmosphère morte. Boutiques fermées, restaurants déserts… La poussière a fini de s’installer sur le toit et la façade du studio-photo et a envahi les trois bureaux de change, fermés depuis belle lurette.

«Weddi guis bokkou ci » (C’est sans commentaire), lance Mame Thierno Mbaye, cinquantenaire et bijoutier de son état, qui se tourne les pouces devant sa bijouterie, en compagnie de son ami qui lui, ne trouve même pas les mots pour décrire la situation. Pour Mame Thierno, «Depuis des années maintenant», rien ne marche ici et la situation va de mal en pis.» Sa désolation est telle qu’il est convaincu que «Quiconque compte sur les touristes ici pour gagner sa vie, devrait aller mener une autre activité.»

Qu’est-ce que lui, fait encore  ici ?

« Mon seul espoir repose sur la volonté divine», répond-il, confirmant le premier constat : «Sur 20 commerces, ici, les dix sont fermés et les quelques commerçants que vous voyez sont comme moi, ils ne savent pas où aller, après avoir investi tout ce qu’ils avaient ici», indique Mame Thierno.

Son désespoir résonne, plus loin, dans la bouche de Dioum, un autre commerçant qui embouche la même trompette et, amer, trouve tout de même le moyen de jeter une pierre dans le jardin des autorités de tutelle. «Lorsqu’elles viennent, elles (les autorités) restent à l’hôtel mais n’arrivent pas jusqu’ici», lâche-t-il, ajoutant «peut-être refusent-elles de voir la situation ?…». Il est vite rejoint par Badara Sèye, un vendeur de prêt-à-porter qui va sur ses vingt ans de présence sur les lieux.

La première cause qu’il invoque, c’est la quasi disparition de la plage et les touristes qui n’y ont plus accès. Quant aux autorités, «Elles ne tentent rien, tout au plus, elles sont très présentes lorsqu’il s’agit de nous apporter des factures or, quand on ne vend pas comment payer ?… »

Question à mille balles qui suggère une autre explication sur la fermeture en chaîne des commerces. Lui-même, Badara, en est à trois mois d’arriérés de location, si l’on en croît ses propos.

La lecture de   , un cadre qui s’est recyclé dans la confection, semble expliquer en partie le problème Badara. « Pendant le week-end, on voit pas mal de dakarois avec de belles voitures, des derniers cris, mais on ne voit pas l’argent», affirme    dont le maître mot pour décrire la situation, c’est «Lamentable ! » Martine, sa voisine française qui tient une galerie de produits ethniques, déplore, elle, le manque de sécurité en pointant les rabatteurs, sans oublier le visa. «Moi j’suis bien intégrée et j’me sens bien ici, mais je dois dire qu’avec la crise en Europe, les visiteurs ne sont pas prêts pour payer plus cher.»

Dans ce patchwork, c’est sans doute Kassé, vendeur d’objets d’art depuis vingt ans, qui résume la situation : «C’est l’ancien régime qui a tué le secteur et, l’histoire du visa, en plus de l’absence de plages et des taxes aéroportuaires sont venues l’achever », déclare-t-il.

Balnéaire… sans plage

Jugeant la mesure «impopulaire»,  Saad soutenait que «la bataille de la souveraineté n’est pas la nôtre », sans compter, dit-il, « que sa mise en œuvre désordonnée suscite énormément de tracasseries.» Saad qui décidément n’y va pas de main morte, estime que  si c’est une question de recettes, «c’est mal barré car ce visa ne rapportera rien du tout et elles (les autorités) auront même des problèmes pour payer le concessionnaire du système.»

Ce n’est pas l’avis de Bocar, propriétaire d’un établissement à Gand Mbour. Plus souple dans sa position, Bocar  déclare qu’il n’a « pas de problème avec le visa. » Mais c’est pour ajouter que «c’est son application qui pose problème et dans le cas d’espèce, il est inopportun », dit-il avant d’expliquer que « si la délivrance du visa était simplifiée, les gens l’accepteraient mieux, mais en l’état, c’est inopportun.» Conséquence, «la Gambie voisine s’est d’ailleurs engouffré dans la brèche pour supprimer l’application du visa afin de capter les visiteurs », indique Bocar.

Un point de vue qui fait écho à celui de Khadim qui, est du même avis, sauf que son argumentation est noyée dans le brouhaha indescriptible de la discussion très animée. Loin de l’atmosphère plus ou moins feutrée d’un restaurant huppé et nichée en face de la mer, où nous avons rencontré le lendemain, une dame, française, que nous appellerons Catherine et qui revient en vacances avec son petit fils. Elle, trouve l’instauration du visa «Très bien».

«Je viens depuis 1999 et je suis propriétaire ici depuis 2002. Là je viens d’arriver avec mon petit fils après avoir sacrifié aux formalités du visa à partir de la France et je dois dire que cela s’est très bien passé avec le système électronique qu’ils ont mis en place », témoigne-t-elle avec enthousiasme. Le bémol qu’on guettait est tout de même arrivé : «Franchement, je regrette les tracasseries une fois débarquée à l’aéroport de Dakar où il faut payer le visa et avec beaucoup de peines », ajoute-t-elle.

Finalement, chacun y va de son analyse. Qui sur le principe du visa, qui sur les difficultés globales du secteur. Difficultés qui tiendraient de beaucoup de phénomènes parmi lesquels, Cherif Dieng,  retient l’économie locale désormais détenue par, dit-il, les expatriés qui viennent s’installer. Selon lui, « les emplois tous secteurs confondus, sont désormais aux mains des expatriés dans le secteur de la construction, la boucherie, l’antiquité, la coiffure, ils ont mis la main sur l’économie locale », regrette-t-il.

Où est la police touristique?

Le tourisme est une chaîne d’activités qui mettent en scène des acteurs divers et interdépendants. Cette interdépendance fait que, lorsqu’un maillon de la chaîne se brise, c’est toute la chaîne qui est secouée.

Les transporteurs ne le savent que trop et dans ce maillon, l’organisation du parking central des Bougainvilliers. Ici, certains parmi les chauffeurs ont capitalisé 25 voire 30 ans d’activité, indique Ablaye Niang, président de l’organisation. Détendu avec ses nombreux camarades, à l’abri du soleil, sous une tente qui leur sert de poste et faisant face à leurs rangées de véhicules, moteurs à l’arrêt dans le grand parking à l’entrée Ouest du Bougainvilliers, Ablaye explique «Nous qui sommes en contact direct avec les touristes, qui les emmenons partout et tournons avec eux souvent durant tout leur séjour, nous pouvons dire que depuis 2000, l’activité est en chute libre surtout à partir de 2003-2004», témoigne-t-il.

En analysant, Ablaye Niang rappelle que « Wade avait clairement manifesté son désintérêt pour le secteur qui en a souffert, aussi, nous espérions que le nouveau régime  améliorerait les choses or, ce n’est pas le cas et l’histoire du visa n’arrange rien, au contraire.» Se tournant vers ses camarades, Ablaye ajoute «Depuis ce matin, comme tu le voies, nous nous tournons les pouces.» Le groupe acquiesce bruyamment.

Juste à un jet de pierre, le « village artisanal » de Saly. Situé dans le village qui a donné son nom à la station inaugurée le 24 février 1984 et qui, pour la petite histoire, est en fait un ancien comptoir portugais. C’est ainsi que les colons portugais auraient surnommé cet endroit Sali Portugal, une dénomination qui s’est transformée au fil du temps en Saly Portudal.

Dans ce haut lieu de l’artisanat local, juste à l’entrée du village situé au Nord de la ville, se côtoient quelque 22 corps de métiers répartis dans 120 magasins, dans un cliquetis de colliers de coquillages, bracelets divers, bibelots, des poteries, statuettes en bois, masques, chaises africaines ou autres instruments de musique locaux (sabar, kora, djembé). Les minuscules échoppes ne grouillent cependant pas de monde. C’est plutôt l’atmosphère du centre commercial «Plein Sud» que l’on retrouve ici, avec la même rengaine : «Morose».

Les causes de cette «morosité» tiennent en un mot : «les hôtels». Abdoulaye Dieng, un artisan qui a accepté de nous livrer son sentiment, explique devant ses collègues, que «Les établissements hôteliers empêchent les touristes d’accéder ici soi disant pour «raisons de sécurité».

En toute objectivité, il reconnaît un manque de sécurité pour les touristes qui subissent le harcèlement des rabatteurs, «mais ça c’est dehors, ici au village, aucun artisan n’embête personne car nous sommes bien organisés», précise-t-il, regrettant que «malheureusement nous en subissons les conséquences.»

Ici aussi, la question du visa est réelle et pour les artisans du village, «le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs car, il aurait mieux fallu régler les problèmes de la sécurité, l’éclairage public, la cherté du billet d’avion et la promotion avant d’instaurer le visa». D’autant plus, ajoutent-ils, «Nous tenons de nos contacts à l’étranger que l’obtention du fameux visa demeure un réel  problème pour les touristes qui veulent venir ».

A suivre

Malick NDAW

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