SENEGAL-COLLECTIVITES-REFORMES: "La mise en ouvre de l'acte 3 de la décentralisation ne relève pas d'une urgence" (Souty Touré)

L’ancien ministre socialiste Souty Touré
L’ancien ministre socialiste Souty Touré
L’ancien ministre socialiste Souty Touré

(APS) – L’ancien ministre socialiste Souty Touré appelle les pouvoirs publics sénégalais à poursuivre encore pour deux ans au moins les concertations sur la troisième phase de la décentralisation dont la mise en œuvre prématurée profiterait aux élites politiques et administratives désireuses de confisquer ce projet à leur profit au détriment des populations.

‘’Ce projet de réforme n’en est pas un. C’est totalement une fausse route. Il faut aller interroger les populations au niveau des villages. La décentralisation est un processus très difficile et très complexe. Vous êtres contraints de naviguer entre deux risques’’, déclare l’ancien ministre de la Décentralisation (1993-96), dans une interview publiée dans l’édition de jeudi du quotidien Walfadjri.

‘’Le risque des hauts fonctionnaires qui sont réticents à déléguer, à favoriser les transferts de pouvoir et le risque de l’élite qui veut confisquer le projet à leur profit alors que la décentralisation est faite pour les populations’’, dit M. Touré, un ancien maire de la commune de Tambacounda (Est).

‘’(Les maires) veulent entrer dans la Fonction publique. Ils veulent nommer l’inspecteur départemental, l’inspecteur d’académie. Ils veulent également nommer les directeurs, les enseignants’’, fait valoir l’ex-édile, qui est aussi le secrétaire général du Parti socialiste authentique (PAS).

‘’Le clientélisme dans notre pays est parti des communes. Notre pays n’a pas atteint un niveau d’intégration nationale des communautés. Le pays n’a également pas atteint un niveau consolidé de structures pour éviter les risques auxquels les autres font face’’, ajoute Souty Touré.

‘’Une réforme doit être opérée pour assurer le fonctionnement correct des institutions. Le fonctionnement correct et harmonieux de la société, de l’économie. Cette réforme a besoin de temps et de consultations. Il ne faut pas qu’on s’arrête aux maires, aux acteurs. Il faut aller interroger les populations à la base’’, explique M. Touré.

‘’La préparation d’une réforme a besoin de temps. Il doit prendre en compte donc la suspension de certaines activités. Toutes les activités doivent être suspendues. On a qu’à faire les élections (locales) dans le cadre actuel. Et faire un acte III de dimension globale avec tous les aspects. Ce n’est pas une question d’acteurs. La décentralisation n’est pas faite pour une classe ou pour une élite’’, poursuit-il.

‘’Il n’y a pas une urgence. Le président de la République a exprimé le vœu de passer à un acte III. C’est une volonté qu’il faut saluer. Mais prenons le temps en l’étudiant sur une période de deux ans avec les concertations qu’il faut pour mettre en œuvre le projet de réforme’’, souligne Souty Touré.

L’Acte 3 de la décentralisation dont le processus a été lancé il y a quelques mois, devrait permettre de reconstruire le développement avec la mise en place de pôles régionaux de développement, selon le gouvernement.

Le porte-parole du gouvernement, Abdou Latif Coulibaly, a soutenu que cette réforme permettra de rétablir et de simplifier l’architecture territoriale, en redistribuant les compétences entre les collectivités locales et l’Etat et en repensant les relations financières entre l’Etat et les collectivités locales.

L’Acte 3 de la décentralisation devrait notamment permettre d’aller vers une communalisation universelle des collectivités locales dont les pouvoirs économiques seront renforcés, pour qu’une plus forte impulsion soit donnée au développement des terroirs.

Les précédents actes de décentralisation de pouvoirs et compétences aux collectivités locales remontent respectivement à 1972 et à 1996.

BK/SAB

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