Sénégal. Cuisine: de la nécessité de sensibiliser sur la dangerosité des bouillons en cube

Au Sénégal, chaque année, il y a 6.000 nouveaux cas d’insuffisants rénaux. Le taux de prévalence de l’hypertension artérielle est de 29,8% chez les personnes âgées de 18 à 68 ans. Les bouillons en cube, saturés en sel et en exhausteurs de goût, très utilisés, sont fortement critiqués. Explications.

La consommation excessive de sel par les ménages est la principale cause de ces maladies non transmissibles et les professionnel de la santé mettent en cause l’usage abusif en cuisine des nombreux bouillons en cube aux goûts variés et aux nombreux méfaits sur la santé.

Maggi, Jumbo, Adja, Nokoss, Joker, Dolli, Dior, Baramousso, autant de marques de bouillons en cube alimentaires utilisés au Sénégal pour relever le goût de leurs sauces et donner plus de saveur à leurs plats.

Ces bouillons alimentaires sont malheureusement “des tueurs silencieux”, de l’avis des médecins, qui réduisent considérables l’espérance de vie.

Ainsi, le docteur Abdou Niang, néphrologue, chef du service de néphrologie du Centre hospitalier national Dalal Jaam de Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, tient à alerter l’opinion publique. Selon ce professeur de médecine, “il faut limiter la quantité de sel utilisé dans la cuisine et éradiquer définitivement l’utilisation des bouillons alimentaires”.

Le Thiébou Dieun, le Mafé, le Domoda, et bien d’autres de ces plats traditionnels de la riche cuisine sénégalaise ont aujourd’hui un goût bien différents de celui qu’ils avaient autrefois.

Pour ajouter du “piquant” à leur assiette, des jeunes femmes expérimentent ainsi toutes sortes de nouveaux ingérdients issus de laboratoires. Et dans ces bouillons, il se trouve ensemble de condiments, dont des exhausteurs de goût potentiellement cancérigène s’ils sont consommés à haute dose, et qui sont, par ailleurs, sans aucun apport nutritif. Leur unique “mérite” est d’ajouter encore plus de sel et de calories au contenu de la marmite.

Aussi, la plupart des Sénégalais atteints de ces maladies non transmissibles, critiquent aujourd’hui fortement ces bouillons de cube. De l’avis d l’un d’entre eux, c’est un “meurtre silencieux dans l’assiette”.

C’est du moins ce que soutient, en toute ironie, ce vieil homme souffrant d’hypertension, qui séjourne en ce moment à l’hôpital Ahmet Sakhir Ndiéguène de Thiès (à 70 km de Dakar). “Les femmes sont responsables de la prévalence des maladies comme le diabète et l’hypertension artérielle. Personne n’est aujourd’hui en bonne santé à cause d’elles”, déclare-t-il, sans l’once d’une trace de sexisme.

Selon cet homme, “les autorités sanitaires doivent raisonner nos femmes et interdire la fabrication et la commercialisation de ces bouillons alimentaires qui inondent le marché sénégalais”.

Visiblement nostalgique, ce sexagénaire se souvient des recettes naturelles qu’il avait l’habitude de déguster dans sa tendre jeunesse.

“Il fut un temps où tous les hommes respiraient la bonne santé parce qu’ils avaient une alimentation très saine et sans artifices”, regrette-t-il.

La crise est passée par là

Les temps où les ménagères remplissaient leur panier sans avoir recours à ces cubes de bouillon alimentaire est aujourd’hui révolu.

La crise économique a, semble-t-il, atteint de nombreuses bourses. Les Sénégalaises doivent, au risque d’exposer leur famille à des maladies, user de stratagèmes pour donner du goût à leurs plats, et en même temps, faire des économies. Les denrées sont chères, aussi face à un bouillon en cube saveur poisson peu cher, le choix est vite fait.

“C’est un problème de société qui se pose. La structure du budget n’est plus la même. Les repas sont fractionnés, Les charges énormes et le coût de la vie très élevé”, rappelle Salimata Wade, responsable de la “Compagnie du bien manger”, une association dont les militants sont un comité de professionnels de la santé, de nutritionnistes et de diététiciens.

Selon cette universitaire, “à cause d’une alimentation très riche en sel, la prévalence de l’hypertension est en hausse. Même les jeunes sont hypertendus”, rappelle-t-elle.

Au Sénégal, selon l’OMS, 6.000 nouveaux cas d’insuffisants rénaux sont comptés chaque année. Le taux de prévalence de l’hypertension artérielle est de 29,8% chez les personnes âgées de 18 à 68 ans. La mortalité liée aux maladies non transmissibles est estimée à 41%.

“Avant, nos mamans achetaient de la viandes, des tomates fraîches, des légumes frais pour préparer de bons plats. Ce n’est pas par plaisir que les femmes font recours aux bouillons alimentaires, mais elles y sont obligées pour donner un semblant de goût à leurs plats”, poursuit-t-elle.

Inciter les Sénégalais à changer leurs habitudes alimentaires

Avec le maigre budget dont elles disposent, il est pratiquent impossible aux femmes de préparer un bon “Thiébou dieune” (un riz au poisson) pour une quinzaine de personne.

Le “yaboye” (allache ou sardinelle ronde) qui était acheté à 50 francs CFA, est aujourd’hui vendu à 300 voir 500 francs CFA, le kilo de Kéthiakh (du poisson fumé) est vendu à 1.200 francs CFA, tandis que le kilo de tomates fraîches est vendu à 600 francs CFA.

“Les femmes n’ont donc pas d’autres alternatives que les bouillons alimentaire”, explique Salimata Wade.

C’est donc la nécessité qui poussent de nombreuses maîtresses de maison de débourser 200 francs CFA pour acheter ces bouillons alimentaires qui donnent une illusion de goût, même si le contrecoup sur la santé peut se révéler parfois dévastateur.

Aussi, Salimata Wade propose une solution radicale aux problèmes de santé causés par ces additifs qui ont désormais inondé les marchés du Sénégal.

“L’instauration de la journée continue poussent les travailleurs manger dehors, mais les Sénégalais doivent aujourd’hui faire l’effort de retourner au repas commun en famille”, explique-t-elle. Un repas sain, certes nécessaire pour préserver sa santé. Oui, mais: les contraintes de la vie moderne et du salariat le permettront-ils réellement?

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