Serigne Modou Niang, promoteur de lutte : «Un ténor n’aura plus droit à 100 millions Cfa…»

Le promoteur Serigne Modou Niang, directeur général  de Mouniang production, révèle être disposé à organiser le combat des ténors pour la prochaine saison de lutte. Après la fête de la Tabaski, celui qui est très actif pour les «petits combats», entend mener les démarches pour décrocher les chocs Bomabrdier-Modou Lô ou encore Balla Gaye 2-Eumeu Sène. Rencontré hier à son domicile à Pikine, il demande à ces derniers de faire des sacrifices sur le plan financier, précisant qu’il est désormais difficile de mettre plus de 100 millions Cfa en termes de cachet. Et cela, en raison du retrait des deux gros sponsors que la lutte a connus. 

Comment préparez-vous la nouvelle saison de lutte ?

Je suis en plein dans les préparatifs. L’année dernière, je suis arrivé à organiser des combats étalés sur 25 journées. Si le Cng octroie les dates, deux semaines après, je commence mes combats. Pour cette nouvelle saison, j’envisage de faire 30 journées. Je veux réussir un grand écart par rapport à mes autres collègues promoteurs. Le Cng a fait de moi le promoteur numéro 1 parce que j’organise le plus de combats que les autres. Aziz Ndiaye a fait 3 journées, Gaston Mbengue 4. Rdv vient en deuxième position avec 7 journées. Après la fête de la Tabaski, je vais consacrer mon temps à faire le montage de mes combats. Si Dieu le veut, je vais tenir mes premiers combats en novembre prochain. Avec la situation qui existe dans l’arène, on est prêt à organiser les combats de tous les lutteurs. Comme chaque année, je vais arrêter un budget de 300 millions de francs Cfa. Une partie du budget provient de ma poche et l’autre partie des sponsors.

Etes-vous prêt à engager les ténors ?

On est prêt à organiser le combat des ténors qui accepteront de faire des sacrifices financiers en prenant en compte la nouvelle réalité dans la lutte. Je m’adresse aux ténors à l’image de Bombardier, Balla Gaye 2, Modou Lô et j’en passe. Parce qu’il y a une réalité dans la lutte : il y avait deux gros sponsors qui se sont retirés de la lutte depuis deux ans. Ce qui pousse les plus sceptiques à annoncer la faillite de la lutte avec frappe. La lutte avec frappe ne sera jamais en faillite. Nous nous considérons comme les piliers sur lesquels repose la discipline. Nous ne la laisserons jamais péricliter. On va se battre pour maintenir le flambeau de la lutte comme l’ont réussi nos pères, El Hadji Bassirou Diagne, El Hadji Ahmet Diène. Jusqu’à ce qu’on vienne reprendre le relais entre leurs mains. Les ténors devraient comprendre qu’ils doivent chercher à gagner un cachet raisonnable et que le promoteur puisse se retrouver avec quelque chose. Mais s’ils sont les seuls à tirer une grosse somme des combats et que le promoteur se retrouve endetter jusqu’au cou, je ne pense pas que cette situation puisse perdurer.

Peut-on avoir une idée du montant des cachets que vous comptez proposer aux Vip ? 

Si on avance un cachet, ça risque de causer des problèmes. Parce que Gaston Mbengue l’avait abordé et vous avez vu tout le tollé que cela a engendré. Si je devais organiser Bombardier-Modou Lô, je vais me mettre autour d’une table avec les staffs des deux lutteurs pour les convaincre. Et cela, en tenant compte des sponsors dont je dispose. Ils savent que je suis un homme de parole. C’est sur la base des sponsors et des sommes tirées de la vente des billets qu’ils seront payés. Sinon, on risque d’être confrontés à des difficultés. Je ne suis pas disposé à mettre 100 millions Cfa pour les convaincre. Parlant de ces gros cachets, il faut souligner qu’aucun ténor n’aura plus droit à 100 millions du moment que les deux grands sponsors ayant l’habitude de mettre 500 ou 600 millions dans l’arène, se sont retirés de la lutte. Que les ténors fassent des sacrifices sur le plan financier pour qu’on puisse les engager. Ils ne pourront gagner ces grosses sommes tant que ces deux grands sponsors ne signent pas leur retour ou qu’un autre éventuel gros sponsor se signale pour mettre ses billes dans la lutte. Qui voudra gagner de gros cachets sans l’appui des grands annonceurs risque la retraite. Et si les ténors ne luttent plus, cela provoque une relève générationnelle. Cela va profiter aux jeunes lutteurs qui vont être maîtres de l’arène. Ces jeunes lutteurs vont accepter cette nouvelle réalité de cachets raisonnables.

Des promoteurs comme Gaston Mbengue et Aziz Ndiaye souhaitent que les cachets soient plafonnés. Etes-vous de cet avis ?

C’est un faux débat. Des promesses sont faites sans être respectées. Inutile de le dire. Si on se dédit, on risque de ne plus être crédible aux yeux de l’opinion. C’est ce qui fait que les promoteurs trouvent des difficultés à s’unir. Avant le collectif des promoteurs pour plafonner les cachets à 75 millions Cfa, il y avait une association pour bloquer les cachets à 20 millions Cfa. Tout cela n’a été que de la poudre aux yeux. Je ne veux pas être mené à bateau. C’est pourquoi, je ne peux soutenir de telle position.

Quels sont les combats des Vip que vous souhaitez organiser ?

Je veux tous les combats des ténors. Après la fête de la Tabaski, je vais entreprendre les démarches. Je vais chercher à décrocher les combats entre Balla Gaye 2- Eumeu Sène, Modou Lô-Bombardier. Ce sont ces combats qui sont en vogue et que les amateurs voudraient vivre. Gouye Gui-Boy Niang est un combat que je souhaite organiser. Mais que les lutteurs acceptent les réalités et on serait dans les dispositions de les engager. S’ils ne les acceptent pas, je vais continuer à organiser les combats des Espoirs. J’ai révélé Yékini au grand public. J’ai organisé son premier combat. C’était contre Balla Bèye 2 à Demba Diop. J’ai été maître d’œuvre de son combat contre Lac de Guiers 1. J’ai organisé le duel Boy Kaïré-Balla Bèye 2, Papa Sow-Tonnerre, j’en suis l’initiateur. Papa Sow-Zoss, c’est moi qui l’ai organisé. Ama Baldé et Ness est à mettre sur mon compte. Ils avaient accepté de lutter avec des cachets raisonnables. Il y avait des lutteurs à qui j’avais payé 20 à 22 millions Cfa.

Que pensez-vous du tournoi entre ténors qu’un promoteur envisage d’organiser, selon Balla Gaye 2 ?

Je souhaite que ce projet aboutisse. N’importe quel promoteur qui puisse afficher une volonté d’engager des combats avec des cachets mirobolants ne pourra le faire sans l’appui de gros sponsors. A défaut, tu risques de te retrouver dans les mêmes difficultés que les autres promoteurs. J’ai vécu longtemps dans la lutte. On m’appelait Mbaye Guèye lorsque je faisais l’école primaire et au Lycée Blaise Diagne parce que je supportais le premier Tigre de Fass. J’ai une expérience dans la l’arène. J’ai 16 ans de présence dans l’arène. Mon credo est de ne pas disputer des combats avec mes collègues promoteurs. Je ne suis pas dans les histoires et je n’évolue pas au-dessus de mes moyens. A la fin de chaque saison, je ne dois rien à personne. Je ne croule pas sous les dettes.

Partagez l’avis de ceux qui disent qu’il y a une crise économique qui plombe la lutte avec frappe ?

Il n’y a aucune crise dans la lutte avec frappe. Ceux qui disent qu’il y a crise sont des bleus dans l’arène. Ils n’ont pas de vécu par rapport à la lutte. J’ai intégré la lutte en 1998, à peine que j’ai commencé que je suis devenu le promoteur qui organise le plus de combats. Alors que je n’avais comptabilisé que 7 journées. Alors qu’il y avait les promoteurs comme Gaston Mbengue et mon père El Hadji Ameth Diène et les autres. Jadis, on pouvait assister à un seul combat durant un mois. Maintenant en un jour, on peut assister à 5 combats. Le 22 juin dernier, on a eu 5 journées. Je suis bijoutier. Tant que je serai là, la lutte ne va pas péricliter. Je ferai que chaque week-end qu’il y ait des combats de lutte. La lutte, c’est notre patrimoine. Ceux disent que la lutte va chuter ne savent pas ce qu’ils avancent. La seule chose qui puisse avoir est qu’un promoteur se permette des folies financières jusqu’à se retrouver dans le pétrin. Nous souhaitons que le ministre des Sports tienne ses promesses pour que la lutte continue de disposer du stade Demba Diop et Amadou Barry de Guédiawaye. L’actuel régime ne doit pas faire moins que ses devanciers. Le Président Abdoulaye Wade avait demandé à ce que les stades soient ouverts à la lutte. Le Président Macky Sall doit faire en sorte que la lutte ne perd pas ses lettres de noblesse sous son magistère. Je me considère comme un républicain. On demande à l’Etat d’appuyer les promoteurs en mettant à leur disposition les infrastructures sportives.

Pourtant, on accuse les lutteurs d’avoir endommagé la pelouse de Demba Diop qui est aujourd’hui en pleine réfection. Est-ce logique d’y organiser encore des combats ?

Ce n’est pas les lutteurs qui déchirent la pelouse synthétique pour des raisons mystiques. La preuve est qu’on ne lutte pas à Alassane Djigo, mais cela n’a pas empêché la pelouse d’être endommagée. Les lutteurs n’osent pas endommager les pelouses. Parce qu’ils sont à portée des superviseurs du Cng qui les sanctionnent s’ils se mettent à endommager les pelouses.

amadoumbodji@lequotidien.sn

In the Spotlight

Le Mali trahi par ses dirigeants

by bishba in CONTRIBUTION 0

Les derniers événements dramatiques qui se sont déroulés à Sobane-Da dans la commune de Sangha, le 11 juin 2019 ont fini par étaler au grand jour les failles de la gouvernance au sein des forces [...]

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*