Serions-nous les barbares du monde ?

Madiambal DIAGNELa France a organisé le 11 janvier dernier une marche intitulée «Marche pour la défense des valeurs de la République». Toutes les composantes de la société française y étaient conviées et une telle mobilisation nationale, dans un esprit d’unité et de symbiose, n’avait jamais été réalisée dans ce pays depuis la libération en 1945.

Tous les pays qui se comptent parmi les amis de la France avaient décidé d’y participer pour apporter leur soutien et leur solidarité à la France, frappée et meurtrie par le terrorisme islamiste qui avait causé, quelques jours auparavant, dix sept morts. Il n’y a pas au monde un pays souverain qui ne soit pas associé à cette marche. Plus de 130 Nations y avaient été représentées, autant de Nations membres de l’Organisation des Nations unies (Onu). Il apparaît alors étonnant que la participation du Sénégal à ce rassemblement puisse faire débat et susciter des passions hostiles.

Le Président Macky Sall avait décidé, de bon gré, de prendre part personnellement à ce rassemblement. Par ce geste, il a manifesté l’intérêt qu’il porte à la France, le premier partenaire, à tous points de vue, du Sénégal à travers le monde. Ne l’aurait-il pas fait qu’il commettrait une faute diplomatique lourde de conséquences et les relations entre le Sénégal et la France en souffriraient. Il ne saurait être envisageable que la France ne voie pas le Sénégal à ses côtés au milieu de tous ses autres pays amis, venus compatir avec elle à l’occasion d’un deuil national qui a soudé toute sa classe politique.

Les Etats-Unis d’Amérique qui avaient été représentés par leur ambassadeur à Paris se sont mordus les doigts pour s’être fait quelque peu «sous représentés». Le Peuple américain en a fait le reproche à l’Administration Obama et il aura fallu dépêcher le Secrétaire d’Etat, John Kerry, pour faire acte de contritions et de rachat auprès des autorités françaises.

La Grande Amérique n’a pas pu se permettre et se pardonner de n’avoir pas été représentée au plus haut niveau à la marche de Paris que le Sénégal qui est tributaire dans des biens des domaines de la France, encore une fois, ne saurait le faire. 

Aucun dirigeant politique ou diplomatique n’avait porté une pancarte pour manifester un soutien au journal Charlie Hebdo ou à la police française ou à la communauté juive de France, victimes des attaques terroristes menées par les frères Kouachi et leur acolyte Amedy Coulibaly. Personne n’était allé à Paris pour Charlie Hebdo ou pour la communauté juive ou pour les policiers tués dans les attaques. Il fallait témoigner solidarité et soutien à la communauté nationale française et manifester le rejet à la barbarie.

Que Charlie Hebdo ait par la suite continué de publier des dessins qui ont pu fâcher les musulmans ne change rien au devoir d’être à Paris. Pourtant, de tout le monde musulman, seule la Syrie de Bachar Al Asaad s’est gardée de compatir avec la France et personne n’a encore déclaré regretter d’avoir présenté des condoléances à la France.

L’Arabie Saoudite, berceau de l’islam, y a été représentée par un membre de la famille royale tout comme le Qatar, les Emirats Arabes Unis, le Koweit. La Jordanie y a été représentée par le roi Abdallah. Le Maroc et l’Algérie ont envoyé leur ministre des Affaires étrangères à Paris et la Turquie, entre autres, y a envoyé son Premier ministre.

Voudrait-on que le Sénégal soit si ennemi avec la France pour lui souhaiter un tel malheur et la laisser seule avec son malheur ? Ou bien voudrait-on que le Sénégal soit seul de son côté quand toute l’humanité se met ensemble pour combattre le terrorisme ?

Sommes-nous d’une telle cruauté pour ne pas nous émouvoir que des malfrats, des repris de justice, canardent avec des armes de guerre des journalistes réunis dans une salle de rédaction ou des personnes anonymes qui faisaient tranquillement leur marché ou des policiers qui réglaient la circulation ?

Même si le Sénégal serait le seul îlot au monde à être épargné par les menaces terroristes, il se devrait d’être avec les autres peuples pour leur filer sa potion magique.

Pourtant, l‘expérience vécue ces dernières années au Mali renseigne à suffisance que les terroristes se sont infiltrés et installés dans tous les pays au monde et sont capables, au moment où l’on s’y attendrait le moins, de frapper et de faire mal. Encore qu’elles sont déjà nombreuses les personnes originaires du Sénégal qui sont fichées comme membres importants du jihadisme international. 

Il s’y ajoute que le modèle de l’islam confrérique sénégalais constitue la première cible des jihadistes. On en veut pour preuves les attaques perpétrées contre les tombeaux des saints musulmans à Tombouctou lors de la mainmise des islamistes sur cette zone du Nord Mali. De tels intégristes seraient-ils au Sénégal qu’ils casseraient les tombeaux des saints de Touba, Tivaouane, Ndiassane et autres. Que dire des exactions meurtrières de Boko haram dans le Nord du Nigeria où le même modèle islamique confrérique que le Sénégal est largement pratiqué par les populations ?

Certes, ils n’ont pas tort ceux qui reprochent aux dirigeants africains d’avoir pris part à la marche de Paris et qui ne soutiennent pas le Nigeria dans sa lutte contre Boko haram. Mais faudrait-il que les autorités nigérianes appellent les autres à leur prêter main forte pour se donner véritablement les moyens d’en finir avec le terrorisme islamiste. Comment pourrait-on aider un pays souverain qui ne demande pas à être aidé ? La France, elle, a appelé les autres Nations du monde à être à ses côtés…

Madiambal DIAGNE

mdiagne@lequotidien.sn

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