Sexologie: «Suis-je normal?», l’éternelle question

Suis-je normal? Une question qui revient souvent au cours d’une démarche auprès d’un sexologue et qui renvoie à un paradoxe: tout le monde veut être à la fois unique et normal, soit différent des autres tout en étant semblable à eux.sexe 1

Que signifie «être normal»?

Il est souvent très difficile de répondre à cette question, car la normalité n’est pas facile à définir. On utilise tous des critères différents pour déterminer ce qui est normal à divers moments de notre vie et selon la situation ou le comportement qu’on évalue. Avant de poursuivre votre lecture, je vous invite à vous questionner sur votre propre définition de la normalité et sur les critères qui vous permettent de trancher.

Les critères de normalité sexuelle

Voici un aperçu des différents critères qu’on peut utiliser pour déterminer ce qui est normal ou pas relativement à la sexualité. Il est entendu qu’aucun d’eux ne définit en soi la normalité. Je vous les présente afin de susciter votre réflexion.

Le critère biologique

Le critère biologique se base sur la complémentarité physiologique des sexes et sur la fonction reproductrice de la sexualité. Par exemple, selon lui, la sodomie serait anormale, parce qu’elle ne permet pas de procréer et que le rectum n’est pas naturellement lubrifié afin d’accueillir le membre masculin. Ce critère est assez restrictif en soi. Seule la pénétration vaginale serait alors considérée comme normale.

Le critère phylogénique

La conduite animale devient ici la référence. Par exemple, certaines personnes vont qualifier des pratiques d’anormales parce qu’aucune bête n’agit de cette manière. Mais attention. Vous seriez surpris de ce que les études démontrent, soit que la plupart des comportements sexuels humains sont également observables chez les animaux (homosexualité, masturbation, etc.). Ce critère peut aussi servir, à l’inverse, à désigner comme anormale une pratique observée chez les bêtes, par exemple la position de la levrette.

Le critère statistique

Ici, c’est la pratique sexuelle du plus grand nombre qui détermine la norme. Si la majorité de la population le fait, c’est normal! Ce critère quantitatif est la référence la plus utilisée, souvent de façon inconsciente. Cependant, le facteur de désirabilité sociale (le fait de dire ce qu’on croit accepté socialement) fausse plusieurs études menées sur la sexualité, ce qui ne nous donne pas de statistiques fiables.

On peut facilement ébranler cette croyance selon laquelle le nombre détermine la norme, par exemple en demandant à une personne si on est anormal parce qu’on aime les jours de pluie, parce qu’on est plus grand que la moyenne ou encore parce qu’on pratique un métier traditionnellement réservé à l’autre sexe. Vous pouvez trouver votre propre exemple pour invalider ce critère.

Le critère moral ou éthique

Ce critère se base sur des valeurs morales ou religieuses. C’est ici qu’entrent en jeu les notions de bien et de mal, d’immoralité, etc. Comme chaque personne a son propre code moral, on se doute que chacune possède une vision différente de la normalité.

Le critère social

Dans ce cas-ci, on se base sur les normes culturelles, soit des règles (souvent non écrites) transmises par des agents de socialisation (école, parents, pairs, etc.) qui peuvent varier selon la culture ou le groupe d’appartenance. Ainsi, une pratique sexuelle peut être considérée comme normale dans notre culture, mais pas au sein d’une autre ou dans celle d’un pays étranger.

Le critère légal

Selon ce critère, est normal ce qui est permis par la loi. Ainsi, le voyeurisme et l’exhibitionnisme ne constituent pas des pratiques normales, car elles sont sanctionnées par la justice. Ce critère est étroitement lié à celui du consentement qui, lui, est un peu plus large dans sa définition.

Le critère du consentement

Ici, tout comportement ou conduite qui ne s’inscrit pas dans un contexte de contrainte est normal. Donc, si l’activité sexuelle en question n’implique que soi ou que le ou la partenaire est en âge et en état d’y consentir, elle est considérée comme normale.

Le critère hédoniste

Pour plusieurs personnes, si c’est plaisant, c’est normal! Ce qui veut dire que toute conduite sexuelle procurant du plaisir s’inscrirait dans la normalité. Quoique la jouissance soit importante, elle reste complexe à définir pour certains et souvent relative. Ce critère est alors bien faible pour déterminer ce qui est normal ou pas. Je le trouve toutefois plus pertinent que celui axé sur la statistique.

Le critère de satisfaction

Selon ce critère, si une pratique sexuelle procure une satisfaction personnelle, elle est normale. Il peut être facilement confondu avec le critère hédoniste, mais ils diffèrent néanmoins: on peut être satisfait sans que le plaisir soit le but atteint. Ce qui vient appuyer l’idée selon laquelle la jouissance et la satisfaction sont des concepts qui peuvent varier d’une personne à l’autre.

Ces définitions vous ont-elles permis de mieux comprendre comment se forge votre évaluation de la normalité? J’espère à tout le moins qu’elles vous ont amené à voir qu’il n’y a pas de limites clairement tracées pour déterminer si on est normal ou non. Il faut parfois cesser de se questionner sur sa sexualité et éviter de trop se comparer.

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