SEYDI ABABACAR NDIAYE, SG DU SAES « Le système Lmd s’accommode mal des sureffectifs de l’Ucad »

SEYDI ABABACAR NDIAYE, SG DU SAESLe XIéme congrès du Syndicat autonome des Enseignants du Supérieur (Saes) a vécu. Après une analyse pointue de la situation qui prévaut dans le  sous secteur, il a été dégagé une vision  par rapport aux nouvelles exigences liées au changement de paradigmes.

Pour Seydi Ababacar Ndiaye, qui rempile pour un second mandat à la tête  du syndicat, l’horizon semble bien dégagé pour le sous secteur après les dernières concertations nationales sur l’avenir de l’enseignement  supérieur, le XIéme congrès du Saes, et le récent appel du chef de l’Etat . C’est dire que  tout milite en faveur de l’accélération de tous les chantiers en cours  pour le Supérieur au Sénégal. Interview…

Quel est le sentiment qui vous habite au sortir de ce 11éme congrès qui a vu votre reconduction à la direction du SAES ?

Un réel sentiment de satisfaction bien entendu puisque telle était mon ambition. Mais aussi, un sentiment de gratitude à l’endroit des camarades qui ont compris que le SAES est un instrument irremplaçable auquel nous devons tout ce que nous sommes aujourd’hui. C’est le lieu, également, de réitérer notre fierté d’être les dignes continuateurs de l’œuvre de nos ainés qui ont su nous élever dans la démocratie, l’autonomie et l’indépendance vis-à-vis de tout groupe de pression.

Comment appréhendez-vous  votre nouveau mandat au regard des nouveaux paradigmes marqués par le rajeunissement du corps professoral, l’émergence de l’enseignement supérieur privé et la forte affluence des effectifs d’apprenants ?

Ce nouveau et dernier mandat sera celui de la consolidation des acquis quant à la défense de notre dignité et de notre respectabilité souventes fois foulées aux pieds. Par rapport au rajeunissement du corps enseignant, il y a lieu de travailler à éviter la césure qui a cours. En effet, la génération qui a pris le relais de l’assistanat technique français est entrain de partir presque sur la pointe des pieds. Un mécanisme de transition et de transmission devrait être étudié. Permettez-moi, aussi, de dire que cette génération, en fin de mission doit être honorée et décorée, pour les plus méritants, par l’État. Concernant l’enseignement supérieur privé, comme son nom l’indique, il s’agit de promoteurs privés or le rôle et la responsabilité première d’un État est d’injecter dans le public l’argent du contribuable et celui que ce dernier paiera comme dette. Dans la constitution du SAES, il est bien mentionné, parmi nos objectifs, de lutter pour un enseignement gratuit, laïc et démocratique. Cela dit, nous ne pouvons faire fi de l’évolution des choses car si, comme le dit le ministre de tutelle, le Public et le Privé « sont d’égale dignité », il faudrait que ce dernier, non seulement se conforme aux stricts critères académiques mais qu’il s’affranchisse de son format « école de formation » en offrant une diversité de filières pratiques mais aussi générale,s comme dans le Public. A cet instant seulement, on pourra parler de comparaison. Justement, il faut se rendre définitivement à l’évidence que le Privé n’absorbera jamais le flux sans cesse croissant de nouveaux bacheliers. Il faudra une politique hardie d’investissements lourds dans la mise en place de filières professionnalisantes courtes mais aussi une articulation avec les lycées techniques et l’érection de lycées professionnels. On ne peut occulter, sous ce rapport, la faiblesse du tissu économique de notre pays ou à tout le moins, l’inadéquation formation/emploi. Les entreprises doivent être plus présentes qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Au cours de ce 11éme congrès, il a  certainement été question des nouvelles  orientations issues des travaux des dernières Concertations de l’Enseignement  supérieur.  Y a-t-il quelques évolutions du SAES par rapport aux réserves concernant le financement par l’Etat des écoles supérieures privées, le montant des frais d’inscription ou encore la nomination des recteurs…etc)?

Concernant la CNAES, je crois que nous y avons largement contribué avec 22 propositions de recommandations et trois orientations majeures sur la résorption du gap en infrastructures d’ici 2020, le relèvement du niveau de formation supérieure de 1,72% à 5% d’ici 2020 et sur la nécessité absolue d’œuvrer pour la stabilisation sociale de notre sous-secteur. Pour le financement du Privé, j’y ai répondu à la question précédente. Concernant les frais d’inscription, nous avons noté la rectification dans le rapport final des propositions initiales contenues dans le pré rapport en tenant compte de la dimension sociale oubliée à cet instant. Enfin, ce congrès a résolument décidé de mener la bataille pour l’élection des Recteurs surtout quand on sait que nous sommes paradoxalement, l’un des rares pays de la sous-région à accepter la nomination des Recteurs. C’est d’ailleurs, le lieu de rappeler qu’au début des années 70, l’Assemblée de l’Université de Dakar avait élu le Professeur Souleymane NIANG mais le Président Senghor avait trouvé celui-ci « trop indépendant » et décida de nommer un recteur « temporaire ». C’est ainsi que cette triste jurisprudence s’est installée dans nos universités.

La tenue du Conseil présidentiel sur les résultats des Concertations nationales sur l’avenir de l’Enseignement supérieur (CNAES) était  annoncée pour fin avril puis en Juillet. Comment appréciez les quelques 3 mois de retard accusés sur le calendrier initial?

L’appréciation est fort simple, il fallait attendre l’issue du congrès du SAES. Il y a eu une curieuse coïncidence : dès le lendemain, le Chef de l’État a fait allusion au « front social universitaire » en tendant la main aux enseignants à l’opposé du discours de Libreville. Maintenant que l’horizon est clairement dégagé pour au moins trois années, nous sommes persuadés que les choses iront beaucoup plus vite.

L’instauration du système LMD pose actuellement problème dans les universités. Qu’en pense le SAES ?

Sans entrer dans les détails, le système LMD s’accommode mal des sureffectifs de l’UCAD. L’évaluation continue des apprenants ne peut se faire, encore moins l’encadrement qui sied. D’un autre côté, il faut savoir qu’il n’y a pas un modèle unique du LMD dans nos universités. C’est pourquoi, le SAES organisera un séminaire de partage d’expériences afin de proposer une harmonisation dans notre système d’enseignement supérieur.

Vous venez de boucler le premier semestre.  Comment pensez- vous boucler l’année ?

Ceci relève du Pédagogique et notre organisation s’est toujours interdite de s’immiscer dans ce domaine qui renvoie à l’autonomie des structures. Cependant, la loi qui nous régit prévoit d’aller en vacances pendant 75 jours consécutifs : aucun collègue n’a joui de ce droit or les conséquences sur notre santé mentale et physique sont établies même dans les universités à dimension humaine a fortiori dans les nôtres, notamment à l’UCAD. C’est une source de démotivation et de stress improductifs : c’est ce qu’on appelle le « burn out ». C’est ainsi que le congrès exhorte tous les collègues à profiter de ces moments, après 16 mois d’investissement intellectuel non stop depuis la pause décidée le 23 mars 2012.

Vous êtes généralement perçu comme un partisan de la ligne dure. Que répondez-vous aux appels à l’apaisement de l’espace universitaire du ministre de l’Enseignement supérieur et du chef de l’Etat?

Partisan de la ligne dure : je ne sais pas trop ce que cela signifie. Mais si c’est être le gardien des principes d’autonomie et d’indépendance de notre organisation sans compromission aucune, je le revendique sans sourciller. Si c’est mettre la vérité, la sincérité, l’honnêteté, l’éthique au dessus de tout, je suis preneur. Enfin, si c’est défendre l’Enseignement supérieur public, laïc et gratuit, je suis prêt à en être le chantre.

Comme je vous l’ai dit tantôt, une des orientations de la contribution du SAES à la CNAES fait allusion à la stabilisation sociale de notre sous-secteur. Nous en avons toujours été conscients mais il faut être deux pour construire cela durablement. A l’ouverture du XIème Congrès, le ministre a bien fait de parler de sincérité et de vérité. Quand au Chef de l’État, on attend de lui ce genre de discours rassembleur et responsable en attendant le Conseil présidentiel que nous avions sollicité bien longtemps avant la CNAES.

Quels sont les grands chantiers que vous  comptez mettre en œuvre au cours de votre second mandat ?

La question de la revalorisation de la retraite est centrale en ce qu’elle concerne toutes les générations qui composent notre organisation.

Il y a également l’appui pour l’accès à la propriété bâtie qui pourrait être une option pour remplacer le droit au logement administratif à quitter à la retraite au plus tard. La prise en charge sanitaire reste une question cruciale pour ne pas dire vitale, surtout lorsqu’on se réfère à la surcharge de travail liée au faible taux d’encadrement.

Le développement de notre organisation, concomitamment à l’élargissement de la carte universitaire, nous impose une modification profonde du schéma originel de notre management. Aussi, toutes les conséquences de cette modification devront être prises en charge sans affaiblir notre constitution mais aussi sans trahir l’esprit des Pères fondateurs.

Sur le plan international, il s’agira de formaliser la coordination des syndicats des pays membres du CAMES agissant dans le champ du Supérieur pour construire  l’espace CAMES qui n’existe pas encore, si l’on se fie ne serait-ce qu’à la dysharmonie existant dans l’application du système LMD. Au niveau local, il s’agira de continuer le travail d’organisation du mouvement syndical enseignant conformément à notre constitution. Cependant, le plus urgent, aujourd’hui, est de restaurer la démocratie au sein de l’UNSAS qui n’a connu qu’un seul et unique congrès en juillet 2001. Une centrale dont les instances ne sont plus convoquées depuis presque un an et dont pourtant, le Secrétaire général et 2 ou 3 de ses affidés ne se gênent point pour voyager et sont cooptés dans les institutions de la République au nom de l’UNSAS. Au-delà, il est question de redonner espoir aux travailleurs qui ne se sentent plus défendus au point que d’autres mouvements périphériques, dont ce n’était pas la vocation initiale, s’adjugent cette prérogative.

Que sont devenues vos revendications liées à la réforme des grades,  logements,  recrutement d’enseignants, infrastructures d’accueil et  mobilité des enseignants entre les universités ?

De prime abord, il faut plutôt parler d’application d’accords déjà signés depuis le 21 mars 2011 pour dire que nous avons dépassé l’étape des revendications. Ensuite, la réforme des grades concerne les étudiants, elle a été réglée par le LMD. Maintenant, s’agissant de la réforme des titres, après notre séminaire international de décembre dernier sur le CAMES, le ministre de tutelle a fait inscrire la question à l’ordre du jour du Conseil des ministres des pays membres du CAMES. Avant cela, le Secrétaire général du CAMES, réticent au départ, nous a adressé une lettre de félicitations. Nous sommes sur la bonne voie et cela montre que, contrairement à l’idée véhiculée par nos détracteurs, nous n’avons jamais imaginé le Sénégal hors du CAMES. Ce dernier doit être réformé pour s’adapter aux normes internationales. La question reste entière au niveau local car qui peut le plus (niveau CAMES) doit pouvoir le moins (au Sénégal).
La question des logements, renvoie à  la finition de la 2ème Cité administrative annoncée, lors du congrès, pour la rentrée d’octobre par le ministre de tutelle, mais aussi à l’accès à la propriété privée dont j’ai parlé tantôt. Quant aux infrastructures pédagogiques, leur livraison est annoncée pour cette rentrée, à part celles de Ziguinchor. Enfin, la mobilité des enseignants entre nos différentes universités sera prise en charge quand le texte concernant l’harmonisation sortira du circuit des visas dans lequel il est depuis le 22 décembre 2011, en « procédure d’urgence » qui plus est…

Peut-on dire après l’appel lancé par le chef de l’Etat en direction de tous les acteurs de l’éducation que la crise qui mine notre système éducatif sera bientôt un mauvais souvenir ?

Vous savez, un appel c’est bien, mais c’est encore mieux s’il y a des actes posés derrière. C’est le lieu de féliciter le ministre de l’Éducation nationale qui, après le discours touchant qu’il a adressé aux enseignants, a pu non seulement obtenir la levée de la menace de boycott des examens mais aussi s’est fait accompagner par les leaders syndicaux pour visiter les élèves en salle d’examen. C’est encore une fois dans la sincérité que l’on peut bâtir des relations durables. Il faut bannir les jeux de cache-cache, surtout quand l’avenir de nos enfants est en jeu. Nous avions lancé ce cri du cœur à l’ouverture du congrès et rendons grâce à Dieu qu’il soit entendu.

Mamadou Mika LOM Sudonline

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