Seydou Guèye, porte-parole de l’APR – ‘’Les propos de Wade procèdent d’une vendetta’’

seydou-gueye-300x155Selon le porte-parole de l’Alliance pour la République, la sortie d’Abdoulaye Wade contre le président Macky Sall n’est que la suite logique du combat qu’il a engagé pour mettre en exécution son plan de destruction de la famille présidentielle. Dans cet entretien accordé à EnQuête, Seydou Guèye revient également sur les retombées politiques de la tournée économique du président Macky Sall dans le sud du pays.

Comment avez-vous accueilli la dernière sortie d’Abdoulaye Wade contre le président Macky Sall ?

Je suis à l’unisson du pays tout entier qui a exprimé sa révulsion, son indignation face à ces propos. C’est un pays qui, dans son ensemble, a montré qu’on est un peuple mature. Les propos d’Abdoulaye Wade sont affligeants. Certains pensent qu’ils relèvent de la sénilité. Je ne le crois absolument pas. De mon point de vue, cela procède d’une stratégie bien calculée, d’une logique mafieuse ou d’une vendetta. En tout cas, c’est inacceptable dans notre République.

Des voix se sont élevées, il y a eu un concert de réprobations, n’est-ce pas suffisant ?

C’est important que les Sénégalais expriment leur attachement à l’Etat de droit, au vivre-ensemble, à la démocratie et à la paix sociale. Abdoulaye Wade est totalement en rupture avec ces valeurs et acquis républicains et démocratiques. Si on observe bien, depuis son retour de France, Me Abdoulaye Wade travaille avec un concept politique qui n’est pas du tout acceptable dans notre République : c’est le concept de la famille. Il avait dans une déclaration publique menacé de détruire la famille du président de la République, il est toujours dans cette logique. Car, après avoir attaqué Aliou Sall, il veut jeter l’opprobre sur la famille de celui que Dieu et les Sénégalais ont choisi parmi nous pour diriger notre pays. C’est peine perdue car il ne s’agit pas d’une histoire entre deux familles, fussent-elles celles des présidents de la République qui se sont succédé à la tête du pays. Beaucoup de Sénégalais ont compris que ce qui se joue, ce n’est pas la libération de Karim Wade contre la paix sociale ; mais l’enjeu porte sur une justice exemplaire et impartiale, l’égalité de traitement de tous les Sénégalais et la moralisation de notre vie publique dans la séquence actuelle par la reddition des comptes. Ses propos, au-delà de leur dimension affligeante, relèvent de la pure méchanceté. Si on poursuit l’analyse, on voit le risque qu’Abdoulaye Wade fait courir à notre pays.

Mais quel est donc ce risque qu’encourt le peuple sénégalais dans tout cela ?

Le risque de fracture de notre pays puisque cela est en opposition totale avec les valeurs qui font la qualité de vie de notre peuple. Ceux qui utilisent le concept de famille, de classification, de catégorisation entre citoyens qui sont réputés égaux en droit, sont des régimes nazis. Et la République, ne peut pas s’accommoder d’une argumentation qui prend appui sur le concept de famille. Je pense qu’Abdoulaye Wade n’est pas dans son rôle quand il travaille sur cela.

Heureusement, les Sénégalais ont montré leur rejet d’une utilisation abusive de ces concepts et veulent préserver leur État de droit. Les Sénégalais ont disqualifié toute stratégie dont l’objet est de faire sortir Karim Wade des mains de la justice. On le comprend bien, le propos de Me Wade est de faire en sorte que le procès n’aille pas à son terme. Il a face à lui des magistrats qui sont conscients de leurs responsabilités et qui sont déterminés à mener le processus jusqu’à son terme. Dans notre pays, il faut le lui rappeler, c’est la justice qui inculpe, qui condamne et qui libère. Ce n’est ni le président de la République, ni Abdoulaye Wade lui-même qui pense que Karim Wade vaut plus que la paix sociale du pays.

Au-delà des citoyens lambda, il y a également des lieutenants du Pds dont Souleymane Ndéné Ndiaye et Babacar Gaye qui ont marqué leur indignation par rapport aux propos tenus par Abdoulaye Wade. Quel commentaire cela vous inspire?

Je l’accueille avec beaucoup de réconfort et cela me rassure. Je pense que la ligne de la famille n’est pas la ligne générale du Parti démocratique sénégalais (Pds). Et il faut se féliciter que des républicains, des démocrates expriment ainsi leur opposition à ces propos malgré la loyauté qu’ils doivent à Abdoulaye Wade. Malgré le fait que le leader du Pds soit leur mentor, ils ont eu le courage pour dire que leur parti n’a pas comme vocation de servir un projet totalement privé.

La mission du Pds consiste aujourd’hui à se reprendre, à se ressaisir pour être le point de départ d’une autre proposition politique. Le Pds ne doit pas accepter d’être asservi par la bataille de la libération de Karim Wade. Son rôle historique est de reconquérir le pouvoir et non d’être sacrifié sur l’autel de la libération forcée de Karim Wade. Certains de ses responsables en ont une claire conscience et refusent d’être menés par Abdoulaye Wade à l’abattoir de l’ignominie, soit par la dérive verbale, soit par des manifestations dont les motifs ne trompent plus désormais aucun Sénégalais. On prend acte positivement de leur démarche.

Ne pensez-vous pas qu’il est temps pour ces responsables libéraux de prendre leur destin en main ?

Ça, c’est de leur liberté. Mais ce qui est important, c’est de retrouver cette capacité de dire non quand le pays est confronté à une dérive. Il ne faut pas accepter que par la volonté d’un seul homme, on essaye de mettre le pays en danger. Ça, c’est inacceptable. C’est ce qui s’était passé le 23 juin 2011 et les Sénégalais, dans un élan collectif, se sont levés pour dire non. C’est ce qu’Abdoulaye Wade veut encore faire et le Pds refuse de le suivre. En tout cas, c’est ce que je lis à travers les actes des uns et des autres. Cela est à leur honneur.

Pensez-vous qu’Abdoulaye Wade soit toujours en mesure de mener le combat démocratique ?

Non ! Le combat d’Abdoulaye Wade n’est pas démocratique. Quand on vient à ce niveau d’argumentation, on n’est plus en démocratie. Abdoulaye Wade est sorti du sentier de la démocratie et il s’en est rendu compte.

Me Wade doit-il alors présenter ses excuses au peuple sénégalais comme le suggèrent certains ?

Il faut prier pour lui. Ç’aurait été un homme raisonnable, il n’aurait même pas franchi ce pas de la défaillance morale. Aujourd’hui, il faut prier pour que Me Wade retrouve sa sérénité et se rende compte que le Sénégal ne lui appartient pas. Il faut qu’il arrête de penser que sa famille est la meilleure au Sénégal et que son fils est le meilleur d’entre nous.

Est-ce que son attitude n’est pas due en partie à l’absence de dialogue entre pouvoir et opposition ?

La question qui est en cause ne peut pas faire l’objet d’un dialogue. La situation légale ou carcérale de Karim Wade ne peut pas faire l’objet d’un dialogue. C’est un principe sur lequel on ne peut pas s’entendre. Le dialogue est consubstantiel à la démocratie. On peut dialoguer à partir d’une posture, non pas de défiance mais à partir d’une préoccupation centrale : Comment faire pour trouver les meilleurs voies et moyens afin que les Sénégalais jouissent des politiques publiques mises en œuvre, que le Sénégal retrouve sa paix et sa stabilité sociale.

Comment le président Macky Sall a accueilli la déclaration de Wade ?

Il l’a accueillie avec l’état d’esprit qui correspond à celui d’un président de la République soucieux de l’unité de son peuple, en évitant de projeter ses états d’âme ou des considérations personnelles dans l’espace public. Il a une claire conscience que sa mission est de diriger un peuple uni, un peuple où chaque citoyen sénégalais a la même dignité que l’autre. Donc il l’a accueillie avec le tempérament qui correspond à son rang et à son rôle de président de tous les Sénégalais, y compris Abdoulaye Wade, même s’il a franchi la ligne rouge de l’indécence morale.

Ne pensez-vous pas que Macky Sall doit aujourd’hui entamer une discussion sérieuse avec Abdoulaye Wade pour calmer le jeu politique ?

Il a beau être ancien président de la République, l’État ne se gère pas du point de vue de la relation bilatérale. Le dialogue avec Wade est le dialogue qui ne se conçoit que dans le cadre d’un panel ou d’une composition plus large puisqu’il doit intéresser toutes les forces vives de la nation, tous les acteurs qui sont préoccupés du développement du Sénégal. Je crois que Me Wade n’a pas à lui seul l’apanage de l’avenir du Sénégal et pour moi, il a fait son temps.

Il n’est plus porteur d’avenir pour le développement de notre pays et le Pds a un rôle à jouer. Lequel est de constituer une autre plate-forme pour une proposition alternative puisque c’est cela le rôle de l’opposition. Il est temps que le Pds considère que sa mission, c’est aussi de proposer aux Sénégalais une autre offre politique que celle qui est en train d’être mise en œuvre. C’est dans ce contexte qu’un dialogue entre opposition et pouvoir peut être fécond.

Abdoulaye Wade a fait sa sortie dans un contexte où le président Sall sillonne le sud du pays. Quelles sont selon vous les retombées politiques de cette tournée économique ?

Les retombées politiques sont d’abord pour nos concitoyens de la Casamance. Puisque la mission de tout gouvernement, c’est de faire en sorte que le quotidien de nos concitoyens, quelles que soient les zones dans lesquelles ils vivent, soit positivement transformé. Il me semble que tout ce qui a été projeté comme élément de politique publique va bénéficier à nos concitoyens de la Casamance. Le désenclavement, la mise en place d’infrastructures qui élargissent les services sociaux de base, l’électrification rurale, le renforcement des infrastructures scolaires, l’accès à la santé, les bourses de sécurité familiale, le financement des femmes, tout cela va profiter aux populations de la Casamance. Et le président est dans son rôle.

Le président de la République a promis là-bas plus de 300 milliards d’investissements. Il en avait fait de même dans le nord avec à peu près la même somme. Pensez-vous qu’il a les moyens de sa politique ?

Il a les moyens de sa politique parce que si on prend en référence le PSE, le budget a consacré une partie essentielle des ressources à la mise en œuvre de ses projets et programmes. Les accords cosignés avec les partenaires au développement nous indiquent aujourd’hui qu’on est à plus de 34% de mobilisation des ressources.

Ce qui veut dire qu’on est même en avance sur les prévisions pour la période. Cela procède d’un arbitrage que le président de la République a fait en faveur des populations. Avec son nouvel ordre de priorité, il a cherché à renverser un peu le rapport entre le fonctionnement et l’investissement au niveau du budget de l’Etat pour que les ressources aillent aux Sénégalais là où ils vivent, et que les ressources servent au développement. Donc il a les moyens de sa politique puisque le plan est très bien étudié, très bien calibré et les mécanismes de son financement sont en place.

EnQuête

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