Statistiques sur le climat des affaires en Afrique : le poids de l'héritage colonial et de la langue

Quand les entreprises occidentales envisagent une expansion de leurs activités sur les marchés africains, elles commencent généralement par effectuer des recherches.

Le but est de trouver un maximum d’informations sur les environnements commerciaux et juridiques, la situation politique actuelle et les futurs scénarios, les conditions de vie et de travail, et le climat des affaires relatives à leur secteur spécifique.

Quand les entreprises occidentales envisagent une expansion de leurs activités sur les marchés africains, elles commencent généralement par effectuer des recherches. Le but est de trouver un maximum d’informations sur les environnements commerciaux et juridiques, la situation politique actuelle et les futurs scénarios, les conditions de vie et de travail, et le climat des affaires relatives à leur secteur spécifique.

L’une des meilleures sources pour faire de la recherche fondamentale est la base de données Doing Business de la Banque mondiale et l’International Finance Corporation (IFC).

La compétitivité de 183 pays du monde est mesurée de façon très pragmatique. Neuf paramètres sont examinés, et les résultats sont agrégés en un score unique libellé « facilité pour faire des affaires ».

En règle générale, faire des affaires est plus facile dans les pays développés que dans les pays en développement. Alors que certains pays d’Europe du Nord et de l’Ouest, quelques nations asiatiques et les Etats-Unis, se retrouvent en tête pour la plupart des paramètres mesurés, la majeure partie des pays africains sub-sahariens sont parmi les moins bien notés. Les pays nord-africains sont mieux classés que ces derniers, mais restent à un niveau considérablement plus bas que la moyenne des pays de l’OCDE.

Faire des affaires dans les marchés africains peut s’avérer très difficile. De nombreuses mesures bureaucratiques doivent être entreprises avant d obtenir une licence ou un permis. Il peut être difficile et fastidieux d’embaucher des gens et encore plus difficile et coûteux de se débarrasser d’eux s’ils ne donnent pas entière satisfaction.

L’accès aux marchés locaux de crédit peut être très limité, et les taux d’intérêt très élevés. Le commerce transfrontalier implique souvent des procédures beaucoup plus nombreuses que dans le monde occidental, ce qui rend les activités d’importation et d’exportation plus compliquées. La corruption fait rage dans de nombreux domaines, mais ce fléau n’est pas couvert par le rapportDoing Business.

Payer des impôts peut être facile ou très difficile, selon les pays. Les droits de propriété des investisseurs sont bien protégés dans certains pays, tandis que dans d’autres, il est presque impossible d’obtenir un jugement juste en cas de litige.

Il est intéressant de noter que les pays occidentaux ne sont pas mieux classés que leurs homologues africains dans toutes les disciplines. Par exemple, payer des impôts en Allemagne est très difficile, puisque le droit fiscal allemand est le plus compliqué dans le monde. La protection des investisseurs dans la plupart des pays anglophones est bien meilleure qu’en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Les bonnes nouvelles sont que beaucoup de pays africains ont réalisé qu’ils doivent améliorer leur compétitivité s’ils veulent exceller dans le contexte mondial. L’Ile Maurice et le Rwanda sont parmi les premiers réformateurs du monde. Maurice est 20ème au classement mondial, suivie par l’Afrique du Sud (34ème), le Botswana (52ème), la Tunisie (55ème), le Rwanda (58ème), et le Ghana (67ème). Sur le bas de la liste, on trouve l’Erythrée, la Guinée, la République centrafricaine et le Tchad. (La Lybie et la somalie ne sont pas classés.)

Faire des affaires en Afrique

Les investissements directs étrangers en Afrique se concentrent sur une poignée de pays. Les entrées de capitaux dans les pays à faible rang sont négligeables. S’il y a trop d’obstacles, à haut risque, des procédures longues et des coûts de transaction élevés, alors les investisseurs ne viendront pas.

Les investisseurs et hommes d’affaires s’intéressent quand même à notre continent car l’Afrique est dans son ensemble l’une des régions les plus attrayantes au monde en termes de perspectives économiques. Évidemment ils vont s’engager dans les marchés qui offrent les meilleurs rendements avec un risque minimal.

climat des affaires 1

[Figure 1] Source : Trans Africa Invest. Facilité de faire des affaires dans les pays d”Afrique subsaharienne et dans ceux d’Afrique du Nord en comparaison avec la moyenne de l’OCDE.

Le graphique ci-contre affiche la relative facilité de faire des affaires dans les pays d’Afrique subsaharienne et dans ceux d’Afrique du Nord en comparaison avec la moyenne de l’OCDE (figure 1). A première vue, les pays subsahariens ne semblent pas attractifs. Pour tous les facteurs mesurés, ils sont nettement moins compétitifs que les marchés occidentaux. (Dans lerapport Doing Business,il existe neuf paramètres, dont un sur les permis de construire.Celui-ci a été exclupour des raisons de lisibilité car les paysafricains ne sont passignificativement différents des autres pour ce paramètre.)

Cependant, il existe des différences distinctes entre les différents groupes de pays africains. La culture et l’héritage colonial ont une influence décisive sur la facilité de faire des affaires en Afrique. L’histoire nous apprend l’origine de certaines de ces différences.

Le facteur langue

Afin de savoir s’il existe des différences statistiques, les nations africaines ont été divisés en quatre groupes différents, selon la langue dominante. La carte suivante (figure 2) montre la répartition géographique des anglophones, francophones et lusophones d’Afrique, ainsi que le monde arabophone en Afrique.

afrique langue

[Figure 2] Source : Trans Africa Invest. Répartition géographique des anglophones, francophones et lusophones d’Afrique, ainsi que le monde arabophone en Afrique.

L’Ethiopie est le seul pays sur le continent africain qui n’a jamais été colonisé par les puissances européennes. Par conséquent, aucune langue européenne n’est couramment parlée là-bas. Cela est également vrai pour l’Érythrée, qui faisait partie de l’Ethiopie jusqu’en 1991, lorsque la nation est devenue indépendante. L’occupation de la zone par les Italiens à partir de 1935 jusqu’en 1941 était juste un bref intermède.

afrique climat affaires

[Figure 3] Source : Trans Africa Invest. Facilité de faire des affaires dans les pays africains anglophones, francophones, lusophones, et arabophones, en comparaison avec la moyenne de l’OCDE

Les pays anglophones sont les plus compétitifs (figure 3 ci-contre).

Pour tous les paramètres, le classement moyen des pays anglophones est considérablement plus élevé que le classement moyen des pays de langue française.

Pour sept des huit paramètres, les pays anglophones sont plus compétitifs que les pays de langue portugaise.

Comparé aux pays arabophones, l’avantage porte sur cinq des huit paramètres.

Le poids de l’héritage colonial

L’une des raisons qui explique ces grandes disparités est le droit. Le système juridique britannique est plus favorable aux entreprises. A contrario, le système français est plus bureaucratique. En outre, les colonialistes britanniques ont équipé et formé les populations locales, leur permettant de prendre des postes de direction dans l’administration coloniale dans les niveaux hiérarchiques bas et moyens.

Dans les colonies françaises, toutes les personnes clés dans l’administration étaient des citoyens français, ou, dans le cas de la République Démocratique du Congo, qui était une colonie belge, les administrateurs belges. Ce comportement prolongé a créé une forte dépendance aux colonialistes. Lorsque les Portugais ont quitté leur colonie en 1975, le niveau d’éducation de la population locale était très faible. Au Mozambique, par exemple, il y avait seulement sept universitaires lorsque la nation a arraché son indépendance.

Dans les anciennes colonies françaises, de nombreux postes clés dans l’administration publique, au sein des banques et des entreprises industrielles ont longtemps été, voire demeurrent occupés par les Français. Il n’est pas surprenant que les liens entre ces pays et la France sont encore très forts.

D’un point de vue pratique, il est plus facile d’entreprendre dans les pays anglo-saxons, sauf si la langue maternelle de l’entrepreneur est le français ou le portugais. La plupart des entreprises des pays de langue allemande qui sont déjà en Afrique ont commencé en Afrique du Sud, qui est considéré comme étant le marché le plus développé et la passerelle d’Afrique sub-saharienne. De plus, le Kenya, le Ghana et le Nigeria sont des destinations intéressantes pour eux. Par ailleurs, les pays d’Afrique du Nord sont attrayants en raison de leur proximité avec les marchés européens.

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