Succès pour un antisida à prendre au moment des rapports sexuels

Flacons de Truvada, un antirétroviral testé en traitement préventif du VIH/sida dans l'essai Ipergay en France depuis 2012.
Flacons de Truvada, un antirétroviral testé en traitement préventif du VIH/sida dans l'essai Ipergay en France depuis 2012.
Flacons de Truvada, un antirétroviral testé en traitement préventif du VIH/sida dans l’essai Ipergay en France depuis 2012.

Un essai sur un traitement destiné à prévenir l’infection par le VIH/sida a été arrêté avant son terme pour cause de succès. L’étude pilotée par l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida) consiste à donner un antirétroviral à des homosexuels présentant un haut risque de contamination. Le traitement se prend au moment des rapports sexuels.

Selon le Pr Jean-Michel Molina (Hôpital Saint-Louis, Paris), le coordinateur de cet essai appelé « Ipergay », les résultats obtenus montrent que le risque de contracter le virus du sida est réduit de plus de 80%. Un succès tel que l’étude menée en double aveugle depuis deux ans va cesser sous cette forme. Cela veut dire que les 400 volontaires participants, en France et au Canada, dont une moitié ne se voyait administrer qu’un placebo, vont tous recevoir la molécule active.

Ce médicament, c’est l’antiviral Truvada qui a démontré une « efficacité très élevée », comme l’a déclaré le Pr Molina. Cet antisida est une combinaison de ténofovir et de FTC, déjà utilisée dans le traitement des personnes vivant avec le VIH. Aux Etats-Unis, il est aussi administré en prévention, mais selon un protocole différent.

« Une avancée remarquable »

Dans l’essai Ipergay, il s’agissait d’évaluer les capacités du Truvada à prévenir la contamination en prenant le traitement avant et tout de suite après une relation sexuelle à risque. Les 400 participants enrôlés, tous homosexuels séronégatifs au départ, étaient partagés en deux groupes par tirage au sort, un qui prenait le principe actif, l’autre un placebo. L’essai démarré en 2012 devait se poursuivre encore deux ans.

Mais au bout de deux ans, le Pr Molina décide de ne pas poursuivre au vu des résultats : « Jamais un essai n’avait montré une telle efficacité », s’enthousiasme-t-il. Pas question donc de poursuivre en privant 200 volontaires du bénéfice de la protection qu’offre le Truvada. D’autant que parmi le groupe qui ne recevait qu’un placebo, certains hommes ont été contaminés… Lancinant problème d’éthique, mais selon les chercheurs, inévitable pour démontrer l’efficacité d’un traitement. Ils sont aujourd’hui traités, ils vont bien assure le médecin qui tient à souligner leur contribution à « une avancée remarquable ».

D’autres équipes dans le monde cherchent également à diversifier les préventions efficaces contre le VIH. Même si le préservatif reste encore et toujours le premier d’entre eux, pas cher et disponible, « la pierre angulaire », insiste le Pr Molina, il devient crucial d’élargir les moyens disponibles. En même temps d’ailleurs que l’essai Ipergay se déroulait à Paris, des chercheurs britanniques menaient au Royaume-Uni leur programme PROUD avec là aussi du Truvada, mais pris en continu, quotidiennement. Avec les mêmes résultats d’une prophylaxie « hautement protectrice contre le VIH ».

S’assurer du maintien du bénéfice

La décision d’administrer du Truvada à tous les participants de l’essai a été prise rapidement en accord avec le comité indépendant qui supervise l’étude, l’association contre le sida Aides et un comité regroupant plusieurs associations gays. Une fois établi un nouveau mode opérationnel, Ipergay va se poursuivre encore un an alors que les résultats complets de l’essai « première mouture » seront publiés début 2015.

Il est en effet important, souligne l’ANRS, de s’assurer du maintien du bénéfice du traitement « à la demande » sur le long terme et d’en apprécier également la tolérance. En attendant, Aides s’est adressé à la ministre de la Santé pour lui demander d’accélérer les étapes nécessaires à une demande d’autorisation temporaire du Truvada en traitement préventif chez les personnes à risque. « L’accès au Truvada doit être garanti pour toutes celles et ceux qui en ont urgemment besoin », a répondu la ministre, Marisol Touraine.

On le sait, l’urgence est réelle. On peut citer notamment le cas de la France où chaque année plus de 6 000 personnes découvrent qu’elles sont séropositives, dont 42 % sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Mais le Truvada ne sera probablement pas « la » réponse à toutes les questions qui se posent encore sur ce traitement, mais sûrement un apport précieux. Il est vrai qu’il reste un obstacle de taille à sa généralisation : son prix. A 10 000 euros par an en prise continue, le Truvada ne sera décidément pas pour tout le monde.

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