Suspension du projet du «train fantôme nucléaire» russe: quelles raisons et perspectives?

La presse chuchote que le projet de conception du train «train lance-missiles nucléaire» russe Bargouzine est en suspens, mais est-il pour autant mort?

À regarder de plus près, ce tournant s’avère être un moyen de redistribuer les financements pour d’autres programmes, et de ce fait la question se pose: à quels projets le train laissera-t-il place?

Les essais concluants du «train fantôme» nucléaire russe Bargouzine, ressemblant à un convoi ordinaire et tellement redouté par les médias étrangers, se sont déroulés en automne dernier, avec succès. Presqu’un an plus tard, on parle d’une suspension du programme au moins à court terme, bien que la deuxième phase de tests, en vol, soit prévue pour 2019.

Comme Sputnik l’a appris d’une source au sein du ministère russe de la Défense, les travaux de conception du train nucléaire ont été suspendus pour une durée indéterminée, mais la Défense ne compte pas abandonner totalement le projet. Visiblement, c’est le financement qui est en jeu, a estimé Igor Korotchenko, directeur du Centre russe de l’analyse du commerce international des armes et rédacteur en chef de la revue Défense nationale.

Selon lui, il est tout de même possible qu’on redonne vie à ce projet important pour l’équilibre stratégique face aux États-Unis «en 2018». La fabrication du train ne nécessitera pas d’énormes ressources, puisque ses missiles sont uniformisés avec les systèmes actuellement en service, a-t-il ajouté.

D’autres programmes de missiles prometteurs

Si la suspension est due au besoin d’optimiser les dépenses dans le secteur, vers où les fonds «libérés» seront-ils dirigés? La Russie a dans son ordre du jour une série d’examens du futur système stratégique d’attaque à silo RS-28 Sarmat, affectueusement nommé Satan-2 par certains experts, vu que le missile devrait remplacer le R-36M (SS-18 Satan). La date de la mise en service est provisoirement prévue pour 2020, comme c’était auparavant le cas de Bargouzine.

Ce missile intercontinental thermonucléaire est propulsé par un moteur-fusée à ergols liquides et possède un dispositif de type mirvage (MIRV signifie que la tête du missile comprend plusieurs ogives guidées qui suivent chacune leur trajectoire lors de l’entrée dans l’atmosphère). Avec sa masse au décollage de 100 tonnes au minimum, sa portée de plus de 10.000 km et une charge active de 10 à 15 ogives à guidage individuel, le Sarmat sera capable de percer n’importe quel bouclier antimissile et constitue ainsi la réponse de Moscou au programme américain Prompt Global Strike, d’après le vice-ministre russe de la Défense Youri Borissov.

À la vue des premières images du Sarmat en cours d’élaboration, l’espace médiatique étranger bouillonnant avait réagi, en 2016, en faisant référence aux «pires heures de la guerre froide» car le missile serait capable de «détruire et raser un pays de la taille de la France en seulement quelques secondes». John Hallam, représentant de la campagne pour le désarmement nucléaire, a comparé le missile russe à l’arme «du jour du jugement dernier» chinois Dongfeng-41 (DF-41).

Un autre missile prometteur et digne de financement est le RS-26 Roubezh, conçu sur la base du missile RS-24 Iars, une arme d’une nouvelle génération censée remplacer les missiles Topol. À l’instar de son «confrère» Sarmat, ses ogives sont équipées des systèmes MIRV (Multiple Independently targeted Reentry Vehicle) et MARV (Maneuverable Re-entry Vehicle, permettant à l’ogive de suivre une trajectoire évasive jusqu’à son objectif en évitant les tirs anti-missiles).

À combustible solide, le Roubéj est plus léger que le Iars (de 20 à 80 tonnes au maximum contre 120 tonnes) et sa portée varie de 2.000 à 6.000 km.

Y a-t-il des analogues au train lance-missiles russe?

L’initiative n’est pas tout à fait étrangère aux États-Unis. Le Pentagone a lancé l’opération Big Star («grande étoile») dans les années 1960 dans le cadre de laquelle quatre modèles de trains lance-missiles avaient été testés. Les futurs trains devraient être équipés de missiles LGM-30 Minuteman. En 1989, l’Armée de l’air américaine avait annoncé que sept États avaient été choisis pour y installer des trains de missiles: le Wyoming, le Texas, la Louisiane, le Dakota du Nord, l’État de Washington, l’Arkansas et le Michigan.

Dans les années 1990, les États-Unis ont construit et testé des modèles de wagons armés de missiles Peacekeeper, mais le programme a été vite abandonné après l’effondrement de l’URSS. Les véhicules lance-missiles mobiles se sont révélés être des jouets coûteux tandis que pour les Américains, la perspective de missiles nucléaires circulant à proximité de chez eux était jugée, en définitive, inquiétante.

La Chine a également flirté avec les trains nucléaires. En 2013, des médias chinois avaient publié une image «fuitée», que ce soit accidentellement ou intentionnellement, d’un train modifié capable de transporter des missiles DF-31 et DF-31A. La télévision taïwanaise avait alors qualifié ce projet d’arme stratégique de «formidable».

Phillip Karber, ancien représentant du secteur de contrôle des armements, avait partagé à l’époque son inquiétude quant au manque de détails sur le train nucléaire autant que sur son existence même. Des responsables des cercles militaires américains avaient également saisi l’occasion pour mettre en garde contre l’éventuelle menace que représentait un train lance-missiles russe.

Toutefois, on est resté plutôt muet à ce sujet dans les années qui ont suivi. Probablement, les pays ont-ils décidé d’orienter leurs fonds et leurs efforts vers d’autres projets — ou chérissent les programmes de trains-fantômes en cachette.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

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