Syrie : ce que l’on sait des frappes américaines, françaises et britanniques

L’opération a visé des sites militaires et un centre de recherche soupçonnés d’héberger le programme chimique du régime, à Damas et près de Homs.

L’essentiel

  • Après plusieurs jours de tergiversations, les Etats-Unis et leurs alliés sont passés à l’action. Vendredi 13 avril, Donald Trump a annoncé que Washington avait procédé à des frappes en Syrie, en coordination avec la France et le Royaume-Uni.
  • Il s’agit d’une réponse directe à l’attaque chimique supposée de samedi 7 avril à Douma, ville de la Ghouta orientale, à l’est de la capitale syrienne, Damas.
  • Trois sites liés au programme d’armement chimique syrien ont été visés. Le secrétaire à la défense américain, James Mattis, a souligné qu’il s’agissait de « frappes ponctuelles ».
  • A la demande de la Russie, le Conseil de sécurité de l’ONU va se réunir samedi.
  • Une « frappe lourde » mais « proportionnée »

C’est le président américain qui a annoncé, dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 avril, qu’une opération militaire était en cours contre la Syrie. « J’ai ordonné aux forces armées des Etats-Unis de procéder à des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités du dictateur syrien, Bachar Al-Assad, en matière d’armes chimiques, a dit Donald Trump. Une opération combinée est en cours avec la France et le Royaume-Uni. »

Selon le général Joe Dunford, les forces occidentales ont visé trois cibles liées au programme d’armement chimique syrien. Il a précisé qu’aucune autre opération militaire visant la Syrie n’était prévue à ce stade. « Nous avons été très précis, et la réponse était proportionnée, mais en même temps ce fut une frappe lourde », a ajouté James Mattis.

Selon M. Mattis, les forces américaines ont employé dans la nuit deux fois plus de munitions que lors de la frappe américaine d’avril 2017 sur la base militaire d’Al-Chaayrate, près de Homs, en représailles à une précédente attaque chimique imputée à Damas, qui avait fait plus de quatre-vingts morts à Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie.

Dans un communiqué, le haut commandement de l’armée syrienne a dit que cent dix missiles avaient été tirés « sur des cibles à Damas et ailleurs ». Selon la télévision d’Etat, la défense antiaérienne syrienne est entrée en action contre les avions occidentaux, et des missiles ont été interceptés.

Les frappes n’ont fait « aucune victime » civile ou militaire, selon Moscou. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a confirmé que les cibles étaient « complètement vides », leurs personnels ayant été évacués « il y a plus de trois jours ».

  • Quelles cibles ont été visées ?

Selon les capitales occidentales, les bombardements ont visé trois sites liés au programme d’armement chimique syrien, l’un dans le quartier de Barzeh, près de Damas, et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie.

Paris a précisé samedi que les frappes avaient visé « le principal centre de recherche » et « deux centres de production » du « programme clandestin chimique » du régime. « C’est la capacité de développer, de mettre au point et de produire des armes chimiques qui est atteinte », a déclaré samedi la ministre des armées française, Florence Parly. Les Britanniques ont notamment dit avoir frappé un complexe militaire — une ancienne base de missiles — à 24 kilomètres à l’ouest de Homs, « où le régime est supposé conserver des armes chimiques ».

Les Américains comme les Français et les Britanniques ont choisi leurs cibles afin d’éviter de toucher les forces russes, qui disposent d’une base navale à Tartous et d’une base aérienne à Hmeimim, près de Lattaquié, mais qui sont aussi déployées sur de nombreux sites militaires du régime.

Selon l’OSDH, toutes les cibles sont des antennes du Centre d’études et de recherches scientifiques de Syrie (CERS), une entité rattachée au ministère de la défense et soupçonnée par les Occidentaux d’être le principal laboratoire en charge des programmes chimiques.

  • Des représailles à l’attaque chimique de Douma

C’est une attaque supposée aux « gaz toxiques » dans le dernier bastion rebelle de Douma, dans la Ghouta orientale, près de Damas, perpétrée le 7 avril, qui est à l’origine de ces frappes. Avant le déclenchement des bombardements, Washington et Paris avaient assuré avoir « la preuve » de l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar Al-Assad. Cette attaque a causé la mort d’une cinquantaine de personnes et a fait plusieurs centaines de blessés. Le régime syrien et son allié russe ont démenti, dénonçant des « fabrications ».

L’utilisation d’armes chimiques, dans un conflit meurtrier qui dure depuis 2011, avait été présentée comme une « ligne rouge » à ne pas franchir par le président français, et le président américain menaçait, depuis près d’une semaine, d’une réaction forte à l’attaque de Douma. « Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute », a déclaré Emmanuel Macron samedi dans un communiqué, soulignant que « la ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a[vait] été franchie ».

Vendredi, le secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU), Antonio Guterres, avait appelé les membres du Conseil de sécurité « à agir de manière responsable dans ces circonstances dangereuses ».

  • Damas et ses alliés condamnent ces frappes

Les autorités de Damas ont dénoncé une « agression barbare et brutale ». « Cette agression ne fait que renforcer la détermination de la Syrie à continuer de lutter et d’écraser le terrorisme, sur chaque parcelle de territoire », a affirmé le président Bachar Al-Assad.

La Russie, alliée de Damas, a « dénoncé avec la plus grande fermeté » les frappes occidentales et a annoncé qu’en tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU, elle convoquait une réunion d’urgence. Ces frappes reviennent à « insulter le président russe », a dit vendredi l’ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov :

« Un scénario préconçu est en cours d’exécution. Une fois de plus, on nous menace. Nous avons prévenu que de telles actions ne resteraient pas sans conséquences. »

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a qualifié de « criminels » le président américain, son homologue français et la première ministre britannique. « Ils n’obtiendront rien et ne tireront aucun bénéfice », a-t-il dit.

  • Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit

A la demande de la Russie, le Conseil de sécurité de l’ONU va se réunir en urgence samedi à 15 heures (heure GMT), pour discuter des frappes occidentales.

En parallèle, les experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) vont poursuivre leur mission d’enquête sur l’attaque chimique présumée de Douma, « afin d’établir les faits relatifs aux allégations d’utilisation d’armes chimiques ». Une équipe devait entamer samedi son enquête.

Source Lemonde.Fr

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