Syrie: une nouvelle étape de l’implication militaire russe

mig bombeLa Russie bombarde en Syrie depuis bientôt un an et son soutien militaire au régime de Bachar el-Assad est entré dans une nouvelle phase ce mardi, avec les premiers décollages de bombardiers russes à partir d’une base iranienne. L’Iran étant l’autre grand allié du pouvoir de Damas.

Jusqu’à présent, des avions russes à rayon d’action limité s’envolaient de leur base syrienne, mais les bombardiers lourds, eux, décollaient de Russie. Désormais, ces engins peuventopérer à partir de la base de Hamadan en Iran, ce qui les rapproche considérablement du théâtre syrien.

C’est une nouvelle étape de l’implication militaire russe au Moyen-Orient. « La Russie est devenue, depuis l’intervention militaire en Syrie, un acteur incontournable. Il s’agit d’un retour russe au Moyen-Orient. Il s’agit d’abord de positionner la Russie comme une grande puissance, l’égale des Etats-Unis, dans la perception russe », explique Clément Therme, chercheur à l’Institut international d’études stratégiques (IISS)

« Il y a aussi les intérêts du complexe militaro-industriel puisque les ventes d’armes russes ont décollé depuis l’intervention militaire en Syrie, poursuit le chercheur. Et enfin, je pense que la Russie est inquiète vis-à-vis de la poussée de Daech et de la montée de l’islam radical sunnite et donc n’a aucun complexe à s’allier avec la République islamique [d’Iran] qui elle est chiite et qui ne menace pas ses intérêts dans l’ancien espace soviétique en particulier au Caucase et Asie centrale, voire même en Afghanistan. »

L’Iran n’est plus un Etat isolé

 C’est une nouveauté également pour l’Iran qui depuis la révolution islamique n’avait jamais ouvert ses bases militaires aériennes à un pays tiers. L’Iran montre une fois de plus qu’il n’est plus un Etat isolé sur la scène internationale. « Il s’agit d’abord de s’afficher comme une grande puissance régionale. Mais en même temps, le coût en termes d’image pour une puissance qui se veut indépendante sur la scène internationale est assez élevé, puisque la critique des révolutionnaires iraniens était le fait que le Shah était dépendant des Etats-Unis. On peut se poser la question de savoir si l’Iran n’est pas en train de devenir de plus en plus dépendant de la Russie », analyse Clément Therme.

Pour Moscou et pour Téhéran, c’est en outre l’affirmation d’un soutien sans faille au pouvoir de Bachar el-Assad qui doit sa survie à ses alliés. La Russie explique que ces raids d’un nouveau genre ont visé des positions du groupe Etat islamique (EI) et du Front Fateh al-Cham. Les cibles donc ne changent pas : au nom de la guerre contre le terrorisme Moscou frappe l’organisation Etat islamique, mais aussi des groupes armés en lutte contre le régime syrien notamment dans la bataille en cours à Alep.

Cela souligne également la nouvelle position de l’Iran au Moyen-Orient, après les accords sur le nucléaire iranien qui sortent l’Iran de son isolement, cette fois-ci sur l’aspect stratégique.
Dominique TrinquandAncien chef de la Mission militaire française auprès de l’ONU16/08/2016Écouter

Vu de Moscou : des frappes trois fois plus efficaces

A Moscou, on s’enthousiasme des avantages militaires et techniques de l’accord avec Téhéran, rapporte notre correspondante à Moscou, Jeanne Cavelier.

L’utilisation de la base militaire iranienne permet d’augmenter considérablement la charge des bombardiers russes, estime le président de l’Académie des problèmes géopolitiques Konstantin Sivkov. Jusqu’à 22 tonnes de bombes pour les TU22-M3 par exemple, contre 5 à 8 tonnes en décollant d’une base russe.

Pour atteindre leurs cibles, les avions de combat parcourent seulement 700 km contre 3 000 auparavant. Temps réduit donc pour attaquer les positions des terroristes en Syrie, une fois découvertes.

L’aviation russe sera plus réactive, par exemple sur des groupes de véhicules blindés avant qu’ils ne se déplacent. Et même si les systèmes de défense aériens des groupes terroristes sont faibles, ils existent. Une base en Iran contribue à minimiser les risques pour l’armée de l’air, se réjouit Viktor Ozerov, président du comité de la Douma sur la défense et la sécurité.

Bref, le dispositif rend la Russie encore plus dynamique dans sa lutte contre le terrorisme.

RFI

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