Tambacounda : Fatou Barry écope de cinq ans de travaux forcés pour infanticide .

Fatou Barry, 23 ans, est reconnue coupable d’infanticide sur un nouveau-né et condamnée mercredi à cinq ans de travaux forcés par la Cour d’assises de Kaolack (centre) siégeant à Tambacounda (est).Assisses

L’accusée, deuxième épouse d’un émigré travaillant en Espagne, a été reconnue coupable par la Cour d’assises d’avoir commis un infanticide sur un enfant dont elle venait d’accoucher à la suite d’un viol qu’elle dit avoir subi lors d’une cérémonie, en Guinée.

Tentant au mieux de cacher sa grossesse à tout son entourage, y compris à sa coépouse et à sa mère, malgré la rumeur la donnant enceinte, elle a nié cet état. Même si une enquête menée par les soins de l’oncle de son mari, Sanoussy Koulibaly, avait établi qu’elle était enceinte. Dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 septembre 2010, tenaillée par les douleurs de l’enfantement, elle s’est rendue dans un champ de maïs pour y mettre l’enfant.

Devant la barre de la Cour d’assises, l’accusée dit avoir creusé le sol de ses propres mains, sous une pluie battante, pour enterrer l’enfant qu’elle a présenté comme un mort-né, parce que n’ayant pas crié à la naissance. Trois jours après l’accouchement, alors qu’elle continuait à saigner, Fatou Barry est allée voir sa mère, dans un autre village.

Une dizaine de jours plus tard, l’enfant est découvert. Le chef du village de Matacossy, Sory Diallo, saisit la gendarmerie. Mais compte tenu de l’”état de putréfaction très avancé” du nouveau-né, il était impossible d’en savoir davantage.

Interrogée sur son attitude consistant à cacher sa grossesse et à ne pas chercher assistance au moment de l’accouchement, l’accusée déclare qu’elle était prise de honte quand, revenue au village, elle avait constaté deux mois plus tard que son corps “s’était métamorphosé”.

A la question de savoir si elle voulait voir cet enfant, elle répond par l’affirmative. Ce que l’avocat général n’a pu lui concéder, estimant qu’en réalité “son entreprise criminelle était claire, dès le début”, dès lors qu’elle ne s’est pas rendue dans les services de santé pour ouvrir un carnet de consultations prénatales, ni cherché assistance au moment de l’accouchement. “Cela montre que l’enfant était indésirable, contrairement aux déclarations” de l’accusée, a-t-il soutenu.

On ne pouvait pas s’attendre à ce que quelqu’un, qui a dissimulé sa grossesse et son accouchement, allaite et entretienne son enfant “au vu et au su de tout le monde”, a-t-il argué.

“Ma conviction, c’est qu’elle a mis au monde un enfant vivant et l’a enterré”, a martelé le procureur, qualifiant de contre-vérités toutes les déclarations faisant état d’un viol qu’elle aurait subi pendant son sommeil par un inconnu ayant pris la fuite.

Selon le procureur, les preuves existent bel et bien pour mettre en cause Fatou Barry. Même si le certificat de genre de mort ne pouvant être établi, en raison de l’état de décomposition du corps du nouveau-né.

L’accusée a “caché beaucoup de choses”, a-t-il soutenu, soulignant que dans pareil cas, si l’on exige des preuves palpables, “on risque de condamner un sur mille coupables”. L’accusée dit ignorer le sexe de l’enfant et n’avoir pas vu le cordon ombilical.

L’avocat de la défense a commencé sa plaidoirie par dire qu’un “doute fondamental” subsiste dans ce dossier quant à savoir si ce nouveau-né avait poussé le “cri originel”, signe de vie. “Qui l’eut entendu ?” a-t-il lancé, avant d’ajouter que Fatou Barry “est la seule à pouvoir nous renseigner valablement”.

Et l’avocat de la défense d’ajouter que “le droit pénal est un droit de certitude”, qui exclut donc l'”à-peu-près”. “Pour ce cas précis, a-t-il dit, aucun élément du dossier ne peut battre en brèche la version de Fatou Barry.”

Il a ainsi demandé à la Cour d’assises de tenir compte de l’âge de cette femme au moment des faits – 20 ans – et du fait qu’elle a eu très tôt à devoir gérer un mariage au moment où ses camarades étaient à l’école. Elle a un enfant actuellement âgé de six ans.

Le fait d’avoir cherché à cacher sa grossesse et d’accoucher sans assistance était “compréhensible” pour quelqu’un de son âge, qui veut éviter d’être la risée du voisinage, a-t-il fait valoir. Même si elle est “répréhensible”, cette attitude ne peut en aucun cas constituer une preuve, a soutenu l’avocat de l’accusée. Sans le certificat de genre de mort, seule prévaut la subjectivité, a-t-il argué, demandant à la Cour d’assises de faire bénéficier sa cliente du doute.

En guise de circonstances atténuantes, il a évoqué le témoignage de la coépouse de Fatou Barry, qui, malgré la “haine” que peuvent l’une pour l’autre des femmes partageant un même mari, a dit que l’accusée n’était “pas une femme frivole”. L’avocat a aussi fait valoir que l’accusée n’avait pas vu son mari depuis six ans.

“C’est le lieu de pousser un cri de détresse pour ces femmes mariées à des hommes partis à l’étranger” pour des années, a dit l’avocat. “Pourquoi ne pas lui tendre la perche pour qu’elle puisse s’occuper de son enfant ?” a-t-il enfin suggéré.

Après délibération, la Cour d’assises a condamné Fatou Barry à cinq ans de travaux forcés. Fatou Barry aura purgé trois ans de prison le 21 septembre prochain, puisqu’elle a été placée sous mandat de dépôt depuis 2010.

ADI/ESF

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