Conciliabules pour réconcilier deux pôles de la mal gouvernance, sur notre dos ! Par Mody Niang

Conciliabules pour réconcilier deux pôles de la mal gouvernance, sur notre dos !

Depuis plusieurs mois, principalement depuis les dernières élections législatives, des amis, y compris de très proches pour qui j’ai beaucoup de respect, me demandent de tourner la page des forfaits de la longue gouvernance de l’ancien président Wade. Leur principal argument, c’est qu’il reste encore populaire, et peut contribuer à faire battre le président-politicien en février ou en mars 2019. J’ai essayé, mais sans succès : on peut difficilement passer l’éponge sur les forfaits, les scandales gravissimes qui ont jalonné sa longue gouvernance.

Dans mes livres comme dans mes contributions, je rappelle ce mépris qu’il a toujours affiché à notre endroit, mépris ainsi décliné : « Le Sénégalais a de la peine à se souvenir de son dîner de la veille, et ne croit qu’à l’argent et aux honneurs. »

Et, C’est à partir de cette conception singulière et peu valorisante pour le peuple sénégalais, qu’il nous a gouvernés pendant douze longues années. Nous serions donc amnésiques et aurions tous un prix. Fort de cette certitude, il passait allègrement d’un scandale à un autre, et se déplaçait intra comme extra muros avec des mallettes bourrées de fric.

Tirant bien plus vite que Lucky Luc, il distribuait à tout bout de champ des centaines de millions de francs à une catégorie de Sénégalais bien ciblés, de qui il pouvait attendre un coup de pouce électoral : hauts magistrats, officiers supérieurs et généraux des Forces de Sécurité, ministres, autorités administratives (gouverneurs, préfets), élus locaux et nationaux, chefs religieux, etc.

Ces mêmes privilégiés tirés sur le volet, bénéficiaient aussi de parcelles de terrain à l’occasion des lotissements dans les zones les plus courues de Dakar : réserves foncières du CICES, du Stade Léopold-Sédar-Senghor, de l’Aéroport international de Dakar, domaine maritime, etc. Le Sénégalais moyen ne retenait guère son attention. Sa ‘’générosité’’ coupable, sélective et manifestement injuste est à l’origine des différentes tensions qui chauffaient le front social et que nous traînons encore, longtemps après son départ du pouvoir.

On veut nous demander d’être sourds, aveugles et indifférents aux graves forfaits dont l’ancien président-politicien s’est rendu coupable entre le 2 avril 2000 et le 2 avril 2012. Si on tourne aussi facilement la page de ses crimes, personne ne devrait plus être poursuivi. J’ai toujours refusé de tomber dans ce travers et, chaque fois que l’opportunité m’a été donnée, j’ai fait remonter en surface ces scandales que l’on veut passer aujourd’hui par pertes et profits, sous le prétexte que son auteur peut contribuer à faire battre son successeur en février ou en mars 2019.

Scandales graves, dont le moins grave est infiniment plus grave que l’Affaire du Watergate qui avait valu au président Richard Nixon, sa démission forcée en 1974. J’affirmais souvent avec force, que si nous vivions dans une vraie démocratie, avec une justice indépendante et des citoyens

informés, conscients de leurs responsabilités et, partant, capables d’indignation, le ‘’créateur de milliardaires’’ serait dans le meilleur des cas destitué et, dans le pire, traduit devant la Haute Cour de Justice pour haute trahison. Peut-être d’ailleurs, n’aurait-il jamais eu l’opportunité de solliciter un second mandat en 2007, encore moins un troisième à l’âge de 88 ans.

On peut aussi donner l’exemple de l’ancien président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, qui a présidé son pays de 2003 à 2010. Accusé de corruption et de blanchiment d’argent, celui que l’on considérait comme ‘’l’icône de la gauche’’ a été condamné, en première instance, le mercredi 12 juillet 2017, à neuf ans et six mois de prison.

Il a été reconnu coupable d’avoir accepté l’équivalent d’un million d’euros (dont un appartement dans une station balnéaire de Sao Paulo) de la part d’une entreprise d’ingénierie. Il a fait évidemment appel de sa condamnation. Celle qui lui a succédé, Dilma Roussef, a été aussi destituée pour « avoir manipulé, maquillé les comptes publics pour cacher les déficits publics et se faire réélire en 2014 ». Cette faute avait provoqué une vague d’indignation populaire qui l’a emportée.

Une autre présidente, celle de la Corée du Sud, Park Geun-Hye, a été destituée le 12 mai 2017 par la Cour Constitutionnelle, qui confirmait la destitution votée par l’Assemblée nationale en décembre 2016. Que mes compatriotes tendent bien les oreilles !

Les juges ont sanctionné « le fait que Mme Park avait enfreint la loi en permettant à sa confidente secrète, Choi Soon-Sil, de se mêler des affaires de l’Etat et qu’elle avait contrevenu aux règles de la Fonction publique ». Qu’on est loin, vraiment loin du Sénégal, où un président de la République peut tout se permettre, et sans frais !

Un tout dernier exemple de bonne gouvernance, qui nous éloigne encore plus du Sénégal : en novembre 1995, Mona Sahlin, numéro 2 du Gouvernement social-démocrate suédois, a payé quelques achats, dont une barre de chocolat, avec sa carte bancaire professionnelle. Elle s’était expliquée et avait remboursé, mais rien n’y fit : l’opinion publique ne l’avait pas entendu de cette oreille, et elle finit par démissionner.

Oh ! J’en entends déjà qui me rétorqueront que je suis naïf, que je suis un idéaliste, que ce n’est pas réaliste de comparer le Sénégal aux pays scandinaves. Pas du tout ! Je ne suis ni naïf, ni idéaliste. J’ai bien la tête sur les épaules et sais faire lucidement la part des choses.

La bonne gouvernance est une valeur universelle, à laquelle aspirent tous les peuples. Plus près de nous, les Iles du Cap Vert, et un peu plus loin, le Botswana, font des efforts importants pour se rapprocher de ces pays exemplaires que sont les Pays scandinaves et de nombreux autres. Reprenons-nous, sortons de notre torpeur et soyons plus exigeants vis-à-vis de nos gouvernants ! Ils profitent de notre indolence pour piller sans état d’âme nos maigres ressources nationales.

Les fautes qui ont valu la prison ferme à l’ancien président Lula da Silva, celles qui ont poussé à la démission son successeur Dilma Roussef et l’ancienne présidente sud-coréenne, ainsi que l’ancien numéro 2 du Gouvernement social-démocrate suédois, sont pratiquement des peccadilles par rapport aux graves forfaits que l’ancien président Wade a accumulés pendant douze longues années, sans jamais avoir été inquiété le moins du monde.

Aujourd’hui, on veut nous le présenter comme un héros, nous faire oublier ses crimes (je pèse mes mots) et nous préparer à sa réconciliation avec son ex-fils, l’autre pôle de la mal gouvernance, sur notre dos. Il m’est difficile, très difficile de me laisser entraîner dans ce jeu.

Dans quelques prochaines contributions, de la taille de celle-ci, je passerai successivement en revue ses plus lourds forfaits, certainement déjà connus d’une bonne partie du public, mais qu’il faut rappeler sans cesse. Le vieil enseignant que je suis croit à la vertu du rappel, dont le prochain sera dédié au pillage systématique de nos maigres réserves foncières, par le président-politicien Wade et son clan.

Dakar le 31 octobre 2017

Par Mody Niang

Conciliabules pour réconcilier deux pôles de la mal gouvernance (suite) : la rocambolesque rénovation de ‘’La Pointe de Sangomaar’’ !

Cette deuxième contribution devrait être dédiée au pillage systématique de nos maigres réserves foncières par l’ancien président-politicien, comme je l’annonçais en concluant la première. Ce scandale fera l’objet de la prochaine contribution, la troisième. Pour des raisons d’antériorité, je consacre celle de ce jour au premier mensonge d’Etat de la gouvernance du ‘’créateur de milliardaires’’. Il s’agit exactement de la rocambolesque rénovation de l’avion de commandement, ‘’La Pointe de Sangomaar’’.

L’une des toutes premières préoccupations du nouveau président de la République a été, dès son entrée en fonction, de disposer d’un avion neuf. Arguant de raisons d’économie budgétaire, il opta pour une révision générale de l’avion de commandement. Une révision qui se déroula dans l’opacité la plus totale. Quelque temps après, un très luxueux palais volant est réceptionné avec pompe à Dakar, en présence de toute la République, avec une très large couverture de la télévision nationale, à l’époque toute bleue.

Le Président de la République aux anges déclare alors au peuple sénégalais, pour le rassurer, que « la rénovation n’a pas coûté un franc Cfa au contribuable sénégalais, et que ce sont des amis qui ont préféré garder l’anonymat qui lui ont avancé l’argent ».

Rares étaient les compatriotes qui s’imaginaient, à l’époque, qu’il nous racontait des histoires : il était encore en période de grâce et nombre d’entre nous étaient loin de soupçonner la véritable nature de l’homme. Ce n’est que trois ans après, que nous nous rendrons compte, que notre tout nouveau Président de la République nous avait tous roulés dans la farine.

C’est notre compatriote Abdou Latif Coulibaly, alors journaliste d’investigation, qui éclairera notre lanterne. Il jeta un véritable pavé dans la mare, en publiant, le 17 juillet 2003, un retentissant brûlot : « Wade, Un opposant au pouvoir. L’alternance piégée ? », Les Éditions Sentinelles, Dakar. M. Coulibaly révéla que, « après sa prise de service, Abdoulaye Wade a aussitôt manifesté le désir d’acquérir un avion flambant neuf. Des conseillers autour de lui et le Ministre de l’Économie et des Finances de l’époque, Mactar Diop, tenteront de l’en dissuader. Avec beaucoup de peine, il est vrai, ils y parviendront » (page 177).

‘’La Pointe de Sangomaar’’ avait été d’abord proposée à la vente mais, finalement, la révision générale de l’avion de commandement a été proposée et retenue. M. Coulibaly révéla aussi qu’une firme anglaise (SFR Aviation) a été préférée à une entreprise américaine (BF Goodrich) qui, pourtant « (…) proposait pour tous les travaux envisagés, la somme de 16 millions de dollars, soit un peu plus de 10 milliards de francs Cfa.

Donc beaucoup moins cher que l’offre anglaise estimée à 18 milliards de milliards de francs Cfa » (page 177). Cette préférence pour la firme anglaise beaucoup plus chère pouvait bien se comprendre : Karim Wade avait ses entrées et sorties à Londres où il a travaillé jusqu’au 19 mars 2000.

L’ancien journaliste d’investigation allait bien plus loin. Dans son autre livre « Sénégal, Affaire Me Sèye : un meurtre sur commande », L’Harmattan, Paris 2005, il revenait largement en annexes (pp.195-211), sur la rénovation de ‘’La Pointe de Sangomaar’’.

S’appuyant sur des informations et documents officiels précis, il estimait alors le coût de la rénovation à au moins 31 milliards de francs Cfa, tirés de l’argent du contribuable, dans des conditions des plus opaques. En réalité, les ‘’généreux amis’’ dont parlait l’ancien président-politicien n’existaient que dans son imagination.

Après la parution du premier livre de M. Coulibaly (juillet 2003), l’hebdomadaire Jeune Afrique/L’Intelligent n° 2225 du 31 août au 6 septembre 2003, est revenu avec le Président de la République sur cette nébuleuse affaire de la rénovation de ‘’La Pointe de Sangomaar’’.

Le journaliste lui a notamment posé cette question-ci :

« Une commission parlementaire va se pencher sur l’opération de rénovation de l’avion présidentiel (…). Une affaire plutôt embrouillée, qui semble s’être déroulée dans la plus grande opacité et qui aurait coûté, si l’on en croit Coulibaly, 28 millions de dollars à l’État. »

Me Wade répondit alors, en s’imposant un aplomb qui lui faisait cruellement défaut cette fois-ci, et se perdit dans des explications laborieuses qui n’avaient point convaincu le journaliste de ‘’Jeune Afrique’’. Ce dernier revint à la charge et, anticipant sur la réponse du Président-politicien, posa cette question : « D’où l’utilisation des fonds routiers sénégalais ? »

« Faux », s’empressa-t-il de répondre, avec une indignation feinte. Il reconnut quand même avoir « puisé dans un fonds résiduel du Ministère de l’Équipement intitulé ″autres opérations routières″ » et non dans des fonds destinés à des

routes ! Il rejeta aussi le montant qu’il estimait à ‘’seulement’’ 10,5 milliards et non pas 15, « comme le dit Coulibaly apparemment fâché avec l’exactitude ».

Il continua ses laborieuses explications. La note de la facture étant lourde pour le Sénégal (17 milliards selon lui), il a fait jouer ses relations. Il aurait ainsi reçu notamment de Taïwan l’équivalent de 6 milliards de francs CFA de et un chèque d’un milliard 500 millions de l’Arabie saoudite. Ses autres amis qu’il a sollicités ne s’étant pas manifestés, il s’est retrouvé face à un gap de 10 milliards qu’il est allé chercher quelque part dans une rubrique du budget.

Dix bons milliards, alors que l’on se rappelle l’assurance formelle qu’il nous avait donnée, que la rénovation de l’avion de commandement n’avait pas coûté un rotin au contribuable sénégalais. En réalité, il a puisé infiniment plus dans les différentes rubriques du budget, avec la complicité manifeste de son Ministre de l’Economie et des Finances d’alors (Abdoulaye Diop) et de ses services. Je renvoie le lecteur aux deux livres (cités) de M. Coulibaly, s’il veut en avoir le cœur net.

Les Sénégalais découvraient donc avec stupeur un gros mensonge d’Etat : la rénovation de ‘’La Pointe de Sangomaar’’ nous a couté les yeux de la tête, dans des conditions des plus louches.

En réalité, des amis se sont manifestés, comme Taïwan qui a donné 6 milliards qui se sont volatilisés, comme se seront volatilisés plus tard, les autres fameux 15 millions de dollars de ce même partenaire. L’ancien président-politicien nous avait donc manifestement et publiquement mentis. Que personne ne m’oppose son âge ou sa fonction !

C’était d’abord à lui qu’il appartenait de les respecter et donc, de les faire respecter, en nous disant la vérité. Ce qui a été rarement le cas, tout au long de ses douze longues années de gouvernance meurtrie.

Voilà l’homme qu’on veut nous présenter comme un héros et dont on nous demande de passer facilement l’éponge sur ses forfaits gravissimes. Voilà le champion de la mal gouvernance, dont on nous prépare à la réconciliation avec l’autre champion, son sosie qui lui ressemble comme une goutte d’eau. Nous refusons catégoriquement d’entrer dans ce jeu, et continuerons de rappeler ses nombreux crimes, dans les contributions qui vont suivre.

Dakar, le 5 novembre 2017

Par Mody Niang

Conciliabules pour une réconciliation des deux pôles de mal gouvernance (suite) : une boulimie foncière à nulle autre pareille

Comme je l’annonçais dans ma deuxième contribution, celle-ci, la troisième, passera en revue la boulimie foncière du vieux président-politicien. Du moins, ce qu’elle peut en passer, car il faudrait plus qu’un livre pour faire le tour de cette question. Dès l’entame, me revient ce fameux ‘’relookage’’ du Centre international pour le Commerce extérieur du Sénégal (CICES), qui devait abriter la première Conférence internationale sur le NEPAD. Nous étions tout au début de la gouvernance qui allait nous réserver toutes les mauvaises surprises. Le

marché du ‘’relookage’’ a été attribué à l’architecte Pierre Goudiaby Atépa. Le montant nécessaire pour la réfection de la structure, 850 millions, « n’était pas budgétisé dans les comptes du Trésor’’. Et notre architecte suggéra au vieux président-politicien de « vendre une partie des terrains disponibles jouxtant la Foire afin de trouver cet argent ». La vente n’eut pas finalement lieu, « les acquéreurs se faisaient désirer ».

Je rappelle cet épisode parce qu’il me posait vraiment problème à l’époque. Et la question que je m’étais posée alors était celle-ci : « Comment Me Wade et son architecte conseil allaient-ils procéder pour vendre les terrains disponibles jouxtant la Foire ? » Je commençais à mieux comprendre la boulimie foncière que l’on prêtait déjà au nouveau Président de la République. Je comprenais peut-être encore mieux certaines nominations, notamment celle de feu Assane Diagne (que la terre lui soit légère !) comme Ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire. On disait de lui qu’il connaissait Dakar comme sa poche, dans ses moindres recoins. Nous nous retrouvons donc avec un trio auquel aucune poche de terrain ne devrait plus échapper. Amath Dansokho, qui ne ménageait pas du tout Me Wade, faisait remarquer avec ironie, et peut-être en caricaturant un peu : « Á Dakar, les directeurs du Domaine et du Cadastre ont pour demeure la présidence. Chaque jour, ils lui disent les différentes poches qu’il distribue à sa guise ; il vient de créer, il y a deux semaines, une Agence d’Expropriation dont il est le chef. »1

Cette boulimie foncière n’avait pas d’ailleurs attendu le « relookage » du CiCES pour se manifester. On raconte qu’immédiatement après son installation officielle le 1er avril 2000, les deux premières parcelles de terrain qui furent attribuées, l’étaient à son bénéfice et à celui de Mme Wade. Il s’était ensuite employé avec une telle diligence (comme s’il voulait rattraper le long temps perdu), à distribuer des terres à une catégorie bien circonscrite de Sénégalais dont, en particulier : les députés qui furent largement servis, son entourage immédiat (membres de son cabinet et tout ce qui tourne autour), ses proches parents (frères, sœurs, cousins, neveux, nièces, petits fils, petites filles, etc.), d’anciens calots bleus, des magistrats, des officiers (supérieurs et généraux en particulier) des Forces de Sécurité, des chefs religieux, des ministres et autres hauts fonctionnaires, des responsables du Pds et des partis alliés, etc.

Ces heureux bénéficiaires, il ne les choisissait au hasard. Sa famille exceptée, il avait besoin des uns parce que, grâce à leurs fonctions, ils pouvaient influencer le vote des Sénégalais dans un sens ou dans un autre. Les autres, ministres, hauts fonctionnaires, députés, etc., il voulait les enfermer dans un niveau de vie d’où ils ne voudraient plus jamais sortir, pour retomber dans le néant d’avant le 19 mars 2000. Il lui fallait donc beaucoup de parcelles de terrains pour satisfaire tout ce beau monde. Il allait d’abord jeter son dévolu sur nos précieuses réserves foncières, et procéder sans état d’âme à des « déclassements de réserves

d’équipements ou d’activités », qui étaient aliénées sous forme de lotissements d’habitation par voie de cession directe à des particuliers. Ainsi, les réserves du CICES et du Stade Léopold-Sédar-Senghor, le Complexe sportif Assane-Diouf, le terrain d’assiette du siège de l’ex-Sénat, le site de la Pyrotechnie, le Camp militaire de Thiaroye, la Zone franche industrielle, l’ancienne zone de captage de la Sones située entre l’Hôpital général de Grand Yoff et l’Autoroute (zone d’infiltration des eaux de ruissellement provenant des quartiers limitrophes), les terrains de la bande verte qui longeait la Vdn, etc., tous ces terrains tombaient sous le coup de ses décrets scélérats2. L’hôpital Aristide-Le-Dantec et le Lycée Lamine-Guèye allaient connaître le même sort si, respectivement, les professeurs de médecine et les élèves ne s’y étaient pas opposés avec vigueur. Il envisageait également de délocaliser la célèbre Maison d’Éducation Mariama-Ba de Gorée à Diourbel, où il promettait de construire un Lycée de jeunes filles de 3 000 élèves. Là aussi, une résistance farouche lui fut opposée.

Malgré leur indolence et leur torpeur reconnues, les Sénégalais, du moins certains d’entre eux, finirent par manifester leurs préoccupations et leur indignation, face au décret scélérat du vieux président-politicien qui continuait de déclassifier les réserves foncières les unes après les autres, et vraiment sans état d’âme. La déclassification qui préoccupa le plus le très réservé Ousmane Tanor Dieng est, naturellement, celui du CICES, « dont une importante partie de l’emprise est aujourd’hui déclassée et aliénée à la faveur d’un lotissement d’habitation mis en œuvre dans une discrétion suspecte, proche de la clandestinité, est suffisamment édifiant sur le caractère pernicieux et dangereux de la gestion du patrimoine foncier public par des gouvernants insouciants et irresponsables »3. M. Dieng allait plus loin en précisant que l’assiette foncière du CICES a été dimensionnée, depuis les années 70, pour la capacité d’une Foire internationale standard. L’emprise délimitée renfermait une importante part de propriétés foncières privées, dont l’expropriation des détenteurs avait dû être prononcée par l’État, en vertu du caractère d’utilité public du projet de Foire4.

Le lecteur comprend donc mieux, après l’explication de M. Dieng, l’irresponsabilité et le manque de vision du vieux président-politicien. Du haut du Pont du CICES, on peut s’en convaincre encore davantage : de la réserve foncière des Socialistes, il ne reste presque plus rien. Partout, s’élèvent des villas et des immeubles somptueux, qui enserrent la Foire et la Gendarmerie. On a les mêmes profonds regrets, quand on sait comment le vieux président-politicien a aussi dépecé la réserve foncière du Stade Léopold-Sédar-Senghor. Entre autres projets importants, l’Arène nationale de luttes devait y être érigée, sur un site coincé entre le Stade, la Cité Keur-Damel et le nouveau Lycée des Parcelles

Assainies qui longe la route vers l’Aéroport Léopold-Sédar-Senghor. Ce site, qui appartenait au Ministère des Sports, était sécurisé au niveau de la Direction des Domaines. En 2005, le Stade a été spolié d’une bonne partie de sa réserve, affectée à un projet immobilier au bénéfice des députés. Ce n’était pas tout d’ailleurs : des gens de la présidence de la République, des calots bleus, des ministres et autres membres du clan des Wade ont largement bénéficié du morcellement de la réserve foncière du Stade Léopold-Sédar-Senghor.

L’œil de Lynx du vieux président-politicien s’était porté aussi sur une autre réserve située à Pyrotechnie, où des parcelles étaient destinées aux magistrats (toujours eux !). Il s’empara d’une bonne partie desdites parcelles pour les besoins de la construction du « Quartier général » de son parti. Des sources dignes de foi racontaient alors qu’elles étaient mises ensuite à la disposition de la Sattar, une entreprise jumelle de l’alternance, appartenant à un certain Mbaye Diop, qui serait le frère du Ministre de l’Économie et des Finances (Abdoulaye Diop). La Sattar aurait donc construit le « Quartier général » du Pds, dans les mêmes conditions que Mbackiou Faye a fait construire le monument de la « renaissance » africaine par des Coréens sans visage (nous y reviendrons largement dans la prochaine contribution).

Les Almadies n’ont pas été épargnées. « Patrimoine immobilier : Wade sucre ses ministres », tel était le titre choisi par ‘’L’AS’’ du mercredi 21 juin 2006, à sa page 5. Et le journal de préciser que les Libéraux n’ont pas attendu longtemps pour se servir. « De Sacré-Cœur à Yoff, sur la Corniche, en passant par Ngor et les Almadies, les Libéraux y sont allés à fond dans la quête de la terre », poursuit le journal qui a bien raison : ils n’y sont vraiment pas allés de main morte, surtout dans la zone très courue des Almadies. Et le journal cite les personnes qui y ont bénéficié de grandes parcelles : Me Ousmane Ngom, qui était dans une mauvaise passe avant d’être pardonné par Me Wade5, Aïcha Agne Pouye, Habib Sy, Abdoulaye Diop (Ministre de l’Économie) et son épouse, Hadjibou Soumaré, Cheikh Tidiane Gadio, Kader Sow, Doudou Wade, Salif Ba, Abdoulaye Baldé, Awa Ndiaye, Madické Niang, Papa Diop, alors appelé le « le Crésus de l’immobilier », etc.

Le vieux président-politicien avait également succombé à l’attrait du domaine maritime. C’est ici que les plus grandes attributions ont été faites, au bénéfice de pontes du régime, de certains chefs religieux, d’entrepreneurs venus d’on ne sait où. La plus importante vraiment, est relative à un terrain de 26 hectares (260 000 m2), situé dans la zone des Mamelles. C’était l’ancien champ de tirs, cédé au Groupe Kharafi sous forme de titre foncier à 5 000 francs Cfa le m2, soit au prix total 1,3 milliard francs Cfa, alors que ce terrain devrait normalement rapporter à l’État 52 milliards, si l’on sait que, dans la zone, le m2 est vendu au moins à 200 000 francs.

Dans ma prochaine contribution, je reviendrai sur cette grande générosité du vieux président-politicien et sur de nombreuses autres, qui ont dépouillé Dakar et sa banlieue de ses terres les plus courues. Le lecteur encore capable d’indignation se demande certainement comment nous avons pu laisser faire cet insouciant vieillard, pendant douze longues années. Il se demande comment, avec autant de forfaits, on ose nous le présenter aujourd’hui comme un recours à plus de 90 ans. Cet homme doit, sans délai, débarrasser le plancher politique et aller continuer de se la couler douce à Versailles, s’estimant heureux, vraiment heureux de n’avoir pas connu le sort réservé aux anciens présidents prédateurs de son acabit. On doit surtout éviter de lui donner l’opportunité, comme c’était le cas samedi dernier à Touba, de faire certaines déclarations d’une extrême gravité.

Dakar le 8 novembre 2017

Mody Niang

Conciliabules pour la réconciliation des deux pôles de mal gouvernance : une boulimie foncière à nulle autre pareille (suite).

Dans ma précédente contribution, la troisième parue ici jeudi dernier, j’ai passé en revue un pan de la générosité sélective de notre vieux président-politicien. Celle de ce jour, la quatrième, rappellera d’autres pans de la gestion foncière du vieil homme, l’un des aspects les plus funestes, les plus pernicieux de sa longue gouvernance meurtrie. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je précise, à l’intention de mes compatriotes qui ont pris le train en marche, et dont certains me reprochent de ne m’attaquer qu’au vieux président-politicien, que je ne m’attaque à personne : je dénonce les maux d’une gouvernance qui, depuis 57 ans et, en particulier, depuis le 1er avril 2000, a plongé notre pauvre pays dans un gouffre, un gouffre profond d’où nous aurons bien du mal à l’en sortir. Des initiatives sont prises ça et là, des milieux politiques comme maraboutiques, pour réconcilier le vieux président-politicien et son successeur, sa copie conforme en matière de gouvernance. Les mauvaises langues avancent que « le ‘’fils’’ est la copie du ‘’père’’ mais sans l’âge et le talent ». En tous les cas, cette réconciliation n’est pas de nos préoccupations, ni des urgences qui devraient relever le pays. Elle fait surtout, si elle est réalisée, la jonction des deux plus grands pôles de mal gouvernance que le pays a connus depuis son accession à la souveraineté internationale.

Je ne vois pas donc d’intérêt dans la réconciliation entre ces deux présidents-politiciens que j’accuse de tous nos maux. Penser seulement à les rapprocher l’un à l’autre – et pourquoi d’ailleurs –, c’est oublier trop facilement qui ils sont et ce qu’ils ont fait en mal à notre pays, à ses fils et à ses filles. Je refuse, pour ce qui me concerne, de tomber dans ce travers, de passer l’éponge sur leurs ‘’hauts fats d’armes’’ en matière de mal gouvernance. J’ai commencé donc, dans mes

précédentes contributions, à rappeler les graves forfaits du vieux président-politicien. J’en étais, jeudi dernier, à sa gestion foncière catastrophique. Une contribution n’y suffisant pas, même pas un livre d’ailleurs, la contribution de ce jour va poursuivre ce rappel nécessaire.

Le temps ne nous a pas fait oublier sa grande ‘’générosité’’ au bénéfice du Groupe Kharafi (voir contribution de jeudi dernier). Etait-ce de la générosité désintéressée, si on considère la boulimie du vieil homme pour les milliards ? Il y a également que c’était frustrant, très frustrant pour le pauvre peuple sénégalais, de se réveiller un bon matin et d’apprendre que 26 hectares de ses terres ont été presque donnés à des étrangers, dans des conditions des plus nébuleuses, et manifestement au détriment de notre pauvre pays.

On se rappelle aussi – il faut toujours se rappeler avec ces gens-là – que Karim Wade bombait le torse en déclarant sur tous les toits avoir trouvé des investisseurs espagnols (« Baobab Investissements ») qui allaient construire trois complexes hôteliers, dans le cadre des chantiers de l’ANOCI (qui avait vraiment bon dos). Le premier complexe devait être construit sur 41 452 m2, en dessous de la Corniche Est au Cap-Manuel, après l’Hôtel Savana. Invisible de la route, cet « hôtel » était pratiquement inaccessible. Une épaisse zone d’ombres enveloppait ce complexe, comme tout ce qui touchait d’ailleurs à la gouvernance des Wade. On présentait d’abord cet ‘’Hôtel’’ comme faisant partie des chantiers de l’ANOCI. Les quatre hectares nécessaires étaient, en outre, difficiles à trouver dans la zone. On se posait même la question de savoir qui était le véritable propriétaire de ce site. On avançait en sourdine le nom du Président de la République. C’était bien vraisemblable qu’il en fût le propriétaire, si on considère l’affirmation du journaliste d’investigation d’alors, Abdou Latif Coulibaly, selon laquelle Me Wade s’était octroyé huit (8) titres fonciers dès son accession à la magistrature suprême6. Comme d’habitude, la Présidence de la République avait opposé un silence assourdissant à cette grave révélation. Celle-ci est d’autant plus vraisemblable que, quelque temps après son départ du pouvoir, le bruit courait que le vieux président vendait un gros titre foncier dans la zone. Il en vendait un autre du côté du ‘’Quartier général’’ du PDS. Les anciens présidents français et d’autres grandes démocraties ont d’autres préoccupations, des préoccupations bien plus nobles.

Pour revenir aux projets d’hôtels, un deuxième, plus modeste (2 385 m2), était en construction sur l’Avenue Pasteur, à côté de l’Institut éponyme, face à l’Océan. Un troisième se situait au pied des Mamelles et se construisait sur plus de 30000 m2. C’était le plus avancé de tous en matière de construction. Il serait encore en construction aujourd’hui et est bien visible des automobilistes qui passent dans les environs. Nous y reviendrons dans nos prochaines contributions.

Il convient de signaler quand même que de tous les projets d’hôtels qui devaient être construits dans le cadre des chantiers de l’ANOCI, un seul a été terminé et ouvert au public. Il s’agit de Radisson Blu, construit par Monsieur Yérim Sow, Directeur général de Properties Telyum, et dont le coût était estimé, disait-on, à 24 milliards francs Cfa7. Les trois autres avaient initialement été confiés à une société espagnole. Celle-ci étant tombée en faillite, « Baobab Investissements » prit la relève. Celui-ci, ayant bénéficié de trois titres fonciers sur des sites privilégiés et ne pouvant certainement pas financer seul ses projets, a fait appel aux banques qui ont accepté de financer la construction. Malgré ce financement, « Baobab Investissements » n’arrivait pas à achever les hôtels. Les responsables prirent finalement la clé des champs, à l’insu de tout le monde, surtout des banquiers qui, se sentant grugés, se sont adressées à la justice pour la saisie et la vente des hôtels inachevés. Les truands avaient, en effet, hypothéqué les titres fonciers auprès de quelques banques et de sociétés financières espagnoles.

Des enquêtes révèleront, selon des sources dignes de foi, que l’ANOCI détenait des parts dans le capital de « Baobab Investissements ». Ce qui était quand même très grave si on sait qu’une Agence nationale, démembrement de l’État, ne pouvait pas acquérir des parts de capital dans une société privée8. En outre, l’Ocrtis français qui était à la traque de la société espagnole, avait informé, par une de ses équipes à Dakar, sur la véritable identité de ce groupe espagnol. On apprenait aussi que « Baobab Investissements » n’avait aucune intention de finir ses hôtels, son véritable objectif étant de transformer les supposés hôtels en appartements à vendre, en profitant ainsi de la fiscalité avantageuse sur les investissements en infrastructures touristiques. Le Ministère de l’Économie et des Finances découvrant le pot aux roses, semble-t-il, s’y serait opposé, évitant ainsi à notre pauvre pays un autre gros scandale9.

Les Sénégalais et les Sénégalaises qui ont porté triomphalement Macky Sall au pouvoir le 25 mars 2012 s’attendaient naïvement à ce qu’il fasse la lumière sur tous ces scandales-là. Ils ne le connaissaient vraiment pas. Au lieu de faire la lumière, il rajouta à la confusion en distribuant à son tour des terres à ses proches, et en fermant hermétiquement les yeux sur les plus gros scandales de la gestion foncière des Wade. Il se tut en particulier sur l’un des plus gros, des plus injustes, des plus frustrants, des plus insoutenables, et qui avait fait l’objet d’un rapport accablant de l’Inspection générale d’Etat. On le devine, il s’agit de cette

cession de trente (30) hectares de la réserve foncière de l’Aéroport international de Dakar-Yoff à un des ses acolytes, pour financer la construction du monument dit de la Renaissance africaine. Jeudi prochain, nous reviendrons sur cette affaire rocambolesque et, en particulier, sur son monstrueux montage financier qui a fait facilement un milliardaire, un multimilliardaire, sans autre mérite, plutôt sans autre explication que l’insouciance, l’irresponsabilité et l’appât du gain de celui que nous avons eu le malheur de faire accéder à la magistrature suprême, le 19 mars 2000.

Dakar, le 12 novembre 2017

Par Mody Niang

Tentatives de réconciliation des deux pôles de la mal gouvernance : une boulimie foncière à nulle autre pareille (suite).

En conclusion de ma précédente contribution, je dénonçais le silence assourdissant du président-politicien Jr, face à la gestion foncière scandaleuse de son vieux prédécesseur. En particulier, je promettais de revenir sur l’un des plus gros scandales de cette gestion :

la cession, à un particulier bien choisi, de terrains domaniaux d’une superficie de cinquante-six hectares, trois ares et cinquante-six centiares (56 ha 03 a 56 ca), prélevés sur  la réserve foncière de l’Aéroport international de Dakar-Yoff.

En contrepartie, l’heureux bénéficiaire devait construire le monument dit de la Renaissance africaine, pour un coût déclaré de douze (12) à quatorze (14) milliards de francs CFA.

Cette sulfureuse affaire a fait d’ailleurs l’objet d’un rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE), qui a cloué au pilori un nombre impressionnant de violations flagrantes de la loi, par celui qui était sensé la protéger : le Président de la République. Nous reviendrons d’ailleurs largement sur ce rapport, qui en dit long sur la vraie nature de l’homme qui a présidé aux destinées de notre pauvre pays pendant douze très longues années.

En attendant, nous allons lui administrer la preuve, à lui et à son ‘’partenaire’’, que nous ne sommes pas tous des demeurés, que DIEU nous a quand même dotés d’une mémoire, même si lui croit fermement que ‘’nous avons du mal à nous souvenir de notre dîner de la veille’’.

Rappelons que, dans une interview accordée à un quotidien de la place que ‘’Sud quotidien’’ a commentée dans son édition du 10 août 2009, l’acolyte du vieux président-politicien, nous prenant lui aussi pour des demeurés, a essayé de nous jeter la poudre aux yeux, de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Ainsi, il a voulu nous faire croire qu’il a accepté l’opération – faussement appelée dation  –, après que d’autres personnes, qui pensaient que la transaction n’était pas intéressante, ont désisté. La transaction n’était pas intéressante !

Qui sera suffisamment naïf pour le croire un seul instant ?

Quelle personne saine d’esprit allait-elle désister devant une telle aubaine, cracher sur d’aussi faciles milliards ?

C’était à lui, et à lui seul, et pour cause, que le vieux prédateur avait proposé l’inqualifiable transaction. C’est lui qu’il avait choisi pour en faire un milliardaire, comme il en avait fait de nombreux autres.

N’a-t-il pas reconnu publiquement que, tout au long de sa nauséabonde gouvernance, il a fabriqué de nombreux milliardaires ?

Il n’avait pas besoin de le clamer partout d’ailleurs, puisque nous le savions déjà, et les oiseaux le chantaient sur tous les toits. Je ne m’appesantirai pas d’ailleurs outre mesure sur la présentation de l’acolyte du vieux président. Je l’ai suffisamment fait dans mon dernier livre sur les Wade (pp. 156-168) : ‘’Le clan des Wade : accaparement, mépris et vanité’’, Paris, L’Harmattan, octobre 2011.

Pour faire un peu d’historique, nous sommes en 2008. Le vieux président a un projet qui le tient apparemment à cœur : l’érection, sur les Mamelles de Ouakam, d’un monument dit de la Renaissance africaine.

Le coût se situant entre 12 et 14 milliards et le budget de cette année-là ne l’ayant pas prévu, du moins c’est ce qu’il prétendait, il fait appel à une entreprise coréenne (Mansuadea Overseas Project Group), pour la réalisation du fameux monument. Il propose à nos amis Coréens – du moins c’est sa version –, des terres en échange. Mais le troc n’emballe pas ces derniers.

Comme sa tête bouillonne d’idées, il trouve un autre modus operandi consistant à signer une convention avec son ‘’partenaire’’ Mbackiou Faye, en sa qualité de directeur ou de président de la Sci Promobilière. Sans appel d’offres (le vieux président en avait horreur). Au terme de la convention qu’il appelle faussement la dation, la société devait se substituer à l’État pour payer la facture de 12 à 14 milliards aux Coréens, aux Coréens sans visage.

En contrepartie, l’heureux promoteur de l’alternance reçoit de l’État, du vieux président-politicien plus exactement, cinquante-six hectares, trois ares et cinquante-six centiares (56 ha 03 a 56 ca) de la réserve foncière (encore une) de l’Aéroport international de Dakar. Et voilà le marché inédit conclu : le titre foncier lui est rétrocédé, soit 560000 m2 et poussières, à 4410 francs Cfa le m2.

Pour nous narguer vraiment comme il en avait la fâcheuse habitude, notre vieux président-politicien a voulu nous faire croire que les terres cédées étaient en friche et n’avaient pas, partant, une grande valeur.

Il a voulu nous convaincre aussi que le montage financier (ou ingénierie financière, un concept qu’il affectionnait tant avec son fils chéri) pour la réalisation du monument  dit de la Renaissance africaine se ferait sans le sous de l’État (nous avons déjà entendu cet argument). Comme quoi, toutes ces terres qu’il aliénait à sa guise n’appartenaient pas à la collectivité nationale, mais peut-être bien à lui-même. Á lui le président affairiste qui pouvait en faire ce qu’il voulait, et sans l’avis de personne.

Ces « terrains en friche » étaient en vérité très courus par les Sénégalaises et les Sénégalais d’un certain standing, qui étaient prêts à les acheter à 250-300 000 francs Cfa le m2, s’ils en avaient l’opportunité.

Le ‘’partenaire’’ du Président affairiste qui avait réalisé la meilleure affaire de l’alternance, faisait donc manifestement la fine bouche. Il déclarait : «  J’ai édifié le Monument de la Renaissance africaine d’une valeur de 12 milliards et l’État m’a payé en dation [1] les 30 ha que je peux gérer comme bon me semble. »  Et voilà le tour joué ! D’abord c’est doublement faux : le vieux président (et non l’Etat) lui a donné 57 hectares et non 30. Ensuite, il ne pouvait s’agir de ‘’dation’’ entre l’Etat et lui.

L’Etat était d’ailleurs absent de toute cette nébuleuse. Ce promoteur particulier racontait donc histoire sur histoire. Il pouvait se le permettre puisqu’il nous prenait pour des demeurés, peut-être même pour des crétins. Vous vous rappelez qu’il avait voulu nous faire croire que l’opération n’était pas rentable et qu’il allait désister !

La vérité c’est que, avec l’appui de l’État, il a vendu à l’Institut de Prévoyance Retraite du Sénégal (Ipres) et à la Caisse de Sécurité sociale une partie des 56 ha (30 ha exactement) pour la coquette somme de 30 milliards de francs Cfa et ce, bien avant que les fameux Coréens n’aient terminé les travaux. Il lui restait alors 26 hectares qui, au prix du m2 dans la zone, allaient rapporter des dizaines d’autres milliards.

Des spécialistes interrogés affirmaient que, même après défalcation des frais qu’il avait dû engager, l’homme d’affaires préféré des Wade pourrait se retrouver avec un gain énorme, qu’il partagerait sûrement avec celui de qui tout est parti. Aujourd’hui en tout cas, il continue de vendre dans la même zone des parcelles de 150 à 200 m2 jusqu’à 50 millions de francs CFA l’unité.

Pour certains de mes compatriotes qui pourraient douter des informations passées en revues ici, je leur donne rendez-vous à lundi prochain. Je ferai livrer ses secrets (façon de m’exprimer) au ‘’Rapport public sur l’Etat de la Gouvernance et de la Reddition des Comptes’’, juillet 2013.

Ils se demanderont alors légitimement, comment le vieux président-politicien a pu sortir indemne de la violation flagrante d’autant de lois, lui qui était alors considéré comme le Gardien de la Constitution (donc des lois), le Père de la Nation, la Clé de voute des institutions.

Ils ne comprendront surtout pas que des gens lui fassent encore confiance et que des cercles, y compris religieux, s’emploient à le réconcilier coûte que coûte avec son successeur. Notre pauvre pays a vraiment d’autres préoccupations, d’autres urgences que la réconciliation stérile de ces deux politiciens purs et durs, l’un et l’autre champions incontestés de la mal gouvernance.

Dakar, le 15 novembre 2017

Mody Niang

[1] C’est leur argument-massue, mais il est faux, archi-faux. Ce mode de paiement ne pouvait pas l’être en dation. Le lecteur trouvera une définition exhaustive de la dation en paiement dans ma prochaine contribution. Ce sera celle tirée du Rapport de l’IGE sur lequel j’ai promis de revenir lundi prochain..

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