Tout ce qu’on est en train de découvrir sur le désir féminin

Couple noir bisesLa chanteuse Rihanna pourrait bientôt être expédiée en cure de désintoxication pour soigner son addiction au sexe. Mais comment traiter de telles addictions quand la sexualité féminine en général comporte encore tant de zones d’ombres ?

Sylvain Mimoun : Il y a toujours eu et il demeure toujours une incompréhension dans la mesure où les femmes elle-mêmes semblent méconnaître leur propre sexualité. Très peu de femmes savent comment parvenir au plaisir, et connaissent ce qui les fait jouir… ou non. Les hommes aujourd’hui, face aux femmes qui sont clairement demandeuses – et elles le sont de plus en plus – sont déboussolés, et sont obnubilés par la question de la performance.

Les femmes ont une vision de la sexualité biaisée, elles pensent que le désir masculin fonctionne selon un schéma simpliste, en ON/OFF : “si je suis belle, il va forcément accepter de coucher avec moi et il sera performant”. Or, on rentre ainsi dans un cycle de performance qui n’a rien à voir avec ce qu’est réellement la sexualité. Les jeunes générations se montrent particulièrement exigeantes. Même avec l’évolution des mœurs, les hommes assument mal de se trouver face à la demande sexuelle des femmes.

Les femmes vis-à-vis d’elles-mêmes ont deux sortes de comportements : soit elles sont demandeuses et dans la recherche de performances, soit elles ne sont pas très intéressées par la sexualité et trouvent que le discours sociétal est trop axé sur la sexualité. Les femmes demandeuses ont souvent une vision trop simpliste du sexe : plus on va vers la simple demande de performance, plus on va vers la simplification du discours concernant le désir : si on est jolie, on doit être désirée et que l”homme réagisse.

Dans le cas contraire, la femme va avoir tendance à blâmer l’homme : dire que l’autre n’est pas normal, c’est le meilleur moyen de ne pas se remettre en question, et de ne pas remettre en question son comportement dans la phase de séduction. Il y a une véritable scission entre ces deux types de discours sur la sexualité féminine actuelle. Ce qui est certain, c’est que ces dernières années le nombre d’études et de recherches concernant la sexualité de la femme a explosé. Est-ce qu’on en sait donc plus sur le sujet ? Oui. Est-ce que le fait d’en savoir plus a aidé les relations hommes/femmes ? Pas forcément.

Dominique Lefèvre : Le premier postulat fondamental est que la sexualité s’apprend : ce n’est pas un acquis naturel. S’il existe encore des incompréhensions ou mécompréhensions, celles-ci s’appuient sur des représentations et des distorsions cognitives orientées par la culture et l’ignorance engendrée par l’histoire, les contextes socio-culturels qui livrent souvent de manière individuelle chaque femme à ses propres prises de conscience et d’expériences dans l’érotisation de son creux sexuel et ses souffrances. Certaines construisent mieux leur intériorité que d’autres. Un des premiers axes est la féminité transmise par la mère, même en rivale, et les autorisations données par le père.

La femme vit sa sexualité en creux et devient exploratrice de son corps de femme.  Je me souviens de propos tenus par un vieux Monsieur (Guy Bettola ex-ingénieur biomédical) et une américaine connue pour le G Spot (Deborah Sundahl ), qui éveillent tous les deux à leur manière les femmes à l’orgasme depuis plus de 30 ans en leur faisant reconnaître puis sensibiliser leurs points de plaisir intravaginal : “La sexualité des femmes ?… C’est comme si elles avaient été longtemps enfermées dans une pièce noire et que la porte s’ouvrait à peine pour leur apporter de la lumière en découvrant leur jouissance”. Les femmes accumulent de nombreuses peurs et en sortir n’est pas facile sans tomber sans des excès engendrés aussi par le même processus.

La perception contemporaine de la sexualité féminine balance entre l’érotisation du corps féminin et ses limites qui effraient encore les partenaires dans son expression (rapport à l’hystérie ??). Une société émancipatrice propose l’information et l’éducation sexuelle afin que les femmes puissent s’épanouir en soi et avec l’autre.
Comment peut on expliquer toutes les idées reçues sur la sexualité féminine ? D’où viennent-elles ?

Dominique Lefèvre : Les idées reçues en matière de sexualité s’expliquent par les axes idéologiques sous-jacents prônant une sexualité en interaction avec celle de l’homme. Décortiquons le mécanisme des idées reçues. Prenons le mythe de l’attirance sexuelle par les phéromones chez l’être humain (David Simard, philosophe) véhiculé par certains magazines féminins et cautionnant des applications commerciales (parfums..). L’idée reçue affichée est que les humains produiraient des phéromones telles des odeurs qui conditionneraient les choix sexuels. Ces fausses affirmations s’appuient sur un savoir scientifique lié aux insectes en l’élargissant sans consistance, ni fondement et validité aux chiens, aux chats et à l’homme.

Les insectes possèdent un organe vomero-nasal qui détecte les phéromones. Cet organe n’existe plus chez l’homme mais certains associent à tort le nez à cet organe et par conséquent les phéromones à une odeur (Lucy Vincent, neurobiologiste parle d’ocytocine et de phéromone). L’idée reçue sous-jacente est celle que la nature commanderait nos comportements et par conséquent nos stéréotypes. Cet invariant ferait que quelque chose ne bougerait pas. Ah, cette nature qui permet des applications commerciales sans fondement scientifique et de justifier l’hétéro-normativité et la conjugo-normativité et le fait de faire des enfants ! Nous retrouvons ces idées reçues dans l’argumentation des partisans contre le mariage homosexuel par la contre-nature.

Certaines idées reçues peuvent être violentes quand elles sont faites d’injonctions allant dans le sens du contrôle de la sexualité féminine comme celles de pratiques culturelles sur le corps des femmes en mutilation, excision et l’autre de l’ordre de « l’injonction au plaisir à tout prix » véhiculée par les médias et revues contemporaines. et normalisent des parcours que chacun emprunte à sa manière.

Il persiste donc toujours une asymétrie des droits au plaisir sexuel chez les hommes et les femmes. Seules certaines cultures plus réduites souvent insulaires ont développé des approches plus centrées sur le plaisir sexuel et plus égalitaires (Hawaï, Polynésie, Indonésie, Australie, Mélanésie…) où l’apprentissage de l’excitation sexuelle se fait par masturbation, avec des jeux sexuels et de l’orgasme dans les deux sexes, et le droit à l’orgasme pour les femmes avec la possibilité de recourir à plusieurs partenaires. La sexualité s’apprend : là est le maître mot et il s’agit pour chacun de nous de savoir comment il s’apprend dans les limites qu’une société lui impartit et en fonction de quelles normes de domination en vigueur.

Certes, le choix du partenaire est bien sûr lié à un conditionnement social, éducatif, sociologique et psychologique mais il est celui d’un être libre.
Les hommes ont-ils peur de la séduction féminine active ?  Pourquoi ?

Dominique Lefèvre : La séduction est pour moi quelque chose de positif, lié à des valeurs d’empathie. Le binôme actif/passif, pénétrant/pénétré est quelque chose de conditionné dans nos schémas mentaux. Car face à ce binôme, va se dérouler celui de la victime séduite et de l’agresseur séducteur. Sommes-nous dans un remix freudien ou séduction redevient synonyme de traumatisme sexuel ?

Il me semble que la séduction est le résultat d’une alchimie complexe et ne peut être réduite à une “technique”. Les mécanismes de la  séduction renvoient aux techniques d’empathie avec un centrage sur l’autre, une synchronisation avec la personne séductrice répondant à une attente préexistante chez la personne séduite. Le jeu de la séduction est subtil : rire, humour,… L’idée reçue principale concernant la séduction consiste à penser qu’il faut être beau. Mais regardez Cyrano de Bergerac et ses vers ainsi que les films de Woody Allen ! Certaines séductrices ne sont ni séduisantes ni belles. Et quid des hommes qui auraient peur en se voyant assaillis de toutes ces séductions incontrôlables ?

Serait-ce la guerre de la séduction ? Depuis la fin des années 1990, existe aux Etats-Unis une communauté d’hommes hétérosexuels qui s’échangent leurs conseils et leurs techniques de séduction des femmes. Si les rapports deviennent ludiques et que la sexualité peut devenir un lieu d’apprentissage, il devient envisageable que les peurs des femmes et de la Femme soient dépassables et permettent des rencontres à « armes égales ».
La sexualité féminine a-t-elle réellement évolué ? Ou est-ce simplement la perception que nous en avons ?

Sylvain Mimoun : Historiquement, la sexualité féminine a toujours fait peur, et c’est pour cela d’ailleurs que les sociétés ont toujours été tentées de les contrôler, et parfois de façon très stricte. Le fait qu’aujourd’hui on sache plus de choses sur leur fonctionnement physiologique, cela aurait pu régler le problème relationnel. Mais en réalité, cela produit l’effet inverse : il est absolument nécessaire de dédramatiser le discours autour de la sexualité, féminine comme masculine, afin que les relations se passent plus sereinement. Il y a des idées maîtresses qui interfèrent avec le discours sur la sexualité : quand on a commencé à parler du point G -petite zone dans le vagin de la femme qui déclencherait du plaisir -, le discours féministe s’y est opposé, en avançant l’argument que c’était le clitoris qui donnait du plaisir à la femme, comme s’il fallait choisir son camp.

La sexualité féminine a évolué, de plus en plus de femmes ont une pleine conscience de leur corps et de leur plaisir : de plus en plus de femmes se sentent à l’aise avec leur sexualité, elles savent ce qu’elles veulent et comment avoir du plaisir. Ce qui complique la sexualité des femmes, c’est qu’elles dépendent beaucoup des émotions, davantage que les hommes. Si elles ressentent une émotion négative, même si le partenaire est “performant”, les femmes peuvent ne pas avoir de plaisir.  Les hommes eux, ont davantage pris conscience que la partenaire n’est pas là pour satisfaire les désirs des hommes. La force et la faiblesse de l’homme résident dans son érection : tout homme sait que c’est un phénomène fragile. Quand un homme a toujours bien fonctionné, il ne se pose pas de questions. Si à un moment donné il perd l’érection, cela complique considérablement son fonctionnement.

Gérard Tixier : La sexualité de la femme contemporaine a vraiment évolué qu’à partir de la parution de la contraception orale en 1967 en France. Dès lors, sa sexualité s’est démarquée de la sexualité procréatrice. De même que la loi sur l’IVG en 1975 a permis de la dissocier encore davantage de la procréation et d’affirmer une sexualité hédonique, uniquement tournée vers le plaisir. Dès cette période, la recherche du plaisir a pu se développer chez la femme. Ce qui est certain, c’est qu’il y a une époque où les femmes étaient plus libérées qu’aujourd’hui, il n’y a pas d’évolution linéaire de la sexualité féminine. La question de la liberté sexuelle de la femme est d’ailleurs ambiguë : est-ce que le fait de se rapprocher d’un rapport masculin au sexe fait qu’une femme est plus libre ? Pas forcément.

Va-t-on dire qu’elle est plus libre ou simplement qu’elle se comporte comme un homme ? La femme contemporaine est un peu plus en confiance par rapport à son désir et son plaisir, mais elle reste en même temps assez ouverte tolérante si son partenaire rencontre – ponctuellement – une baisse de forme sexuelle. Et surtout elle reste, contrairement aux idées reçues, très compréhensive et n’est pas forcément dans la performance à tout prix.
Quels sont les paramètres qui entrent finalement vraiment en compte dans le désir sexuel féminin ?

Gérard Tixier : La libido est une énergie, dont une fraction est dédiée à la sexualité, qui est plus ou moins importante selon la femme. Au-delà des poncifs de la confiance en soi et en l’autre et de son épanouissement au sein d’une relation, certaines femmes pensent être nées sans désir, alors qu’en réalité ce peut être dû â un évènement traumatique ou bien avec une très forte inhibition liée aux parents. Cette responsabilité parentale, qui n’est pas tant le fait de parler de sexe ou pas au sein de la famille, relève davantage de la relation que les parents entretiennent eux-mêmes avec le sexe. Les ennemis de la libido existent, notamment l’angoisse, le ressentiment, la dépression…

Certaines femmes donnent au sexe une place qui n’est pas la sienne, comme récompense ou au contraire comme punition pour l’homme, ce qui est bien évidemment problématique.
D’autre part, la femme, comme tout individu, cherche à conserver son intégrité physique morale et psychique. L’acte sexuel peut être vécu comme intrusif par la femme, et il faut alors se poser la question de l’atteinte à la dignité que la femme ressent à travers l’acte sexuel.
En cas de manque de désir sexuel, les médicaments censés stimuler la femme peuvent-ils être efficaces ? Ou bien est-ce toujours quelque chose qui dépasse le simple problème physiologique ?

Sylvain Mimoun : Parmi les troubles sexuels, le manque de désir est la première cause de consultation des femmes en France et plus largement dans toutes les sociétés occidentales aujourd’hui.  Le viagra féminin peut avoir une réelle utilité. La tête suit beaucoup plus facilement un corps qui fonctionne que l’inverse, mais pour l’instant le Lybrido n’a pas d’ autorisation de mise sur le marché. Bien sûr, il faut que son utilisation soit encadrée et utilisée en cas de problèmes précis. Aujourd’hui, quand une femme n’a pas de désir, nous ne pouvons que lui conseiller de se concentrer sur son plaisir et ce plaisir répétitif favorisera le désir, il n’y a pas de réponse alternative. Le viagra masculin existe et est une réponse efficace, il est temps d’admettre que le plaisir féminin suit le même schéma et peut donc être aidé médicalement.

Gérard Tixier : Il faut bien différencier excitation sexuelle et désir, ce qui est totalement différent. Le Viagra fonctionne pour les hommes qui ont du désir mais des difficultés d’excitation, donc au niveau physiologique.  Avec un produit équivalent au Viagra pour les femmes, cela pourra les aider physiologiquement, mais pas sur le désir lui-même. Si on donne un tel produit à une femme passive qui ignore ce qu’est le désir, il n’est pas pas du tout évident qu’elle prenne du plaisir. Après, le désir peut aussi naître de la stimulation physique. Je pense néanmoins que l’effet placebo peut être très important chez les femmes. Ceci étant, je n’ai jamais eu de patient masculin qui soit totalement dépourvu de désir, sauf en cas de maladie, rupture. Alors qu’il y a de nombreuses femmes qui peuvent être sujettes au manque de désir. Et ce n’est pas un médicament qui suffira à régler cela.

Atlantico.fr

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