Transfert de Yoff à Diass : Les nébuleux accords qui ont permis la mise en place de l’AIBD

L’ouverture de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD), depuis le 7 décembre 2017, cache bien des non-dits. Une brume couvre ce passage de Yoff à Diass : des milliers d’emplois menacés et des accords nébuleux peignent la mauvaise politique de l’Etat quant aux privés et sociétés sénégalais.

Le consortium turc, Summa-Limak, ravit la vedette à tout le monde détenant la gestion même de l’aéroport de Diass, un contrat de reconnaissance cher payé. En entretien avec un représentant d’une compagnie aérienne, tous les manquements qui accompagnent ce transfert de Yoff à Diass ont été scrutés. Révélations.

AHS et SHS, ces gros perdants 

Revenant sur l’historique du handling (assistance des compagnies aériennes en escale) au Sénégal, notre interlocuteur qui a préféré garder l’anonymat, nous renseigne qu’ »il faut remonter aux alentours de 2002 avec la disparition de Air Afrique qui avait le monopole de la gestion des aéronefs sur les aéroports des membres d’Air Afrique. A la disparition de ladite compagnie panafricaine, il y a eu le problème du handling.

Pour gérer la transition, le Comité de Gestion des Opérations aéroportuaires a été créé. Un peu plus tard, soit avec l’alternance et l’arrivée de Wade, l’on a voulu privatiser cette activité. Les employés du comité étaient donc favorables au SHS mais il y a eu, par la suite, la venue de AHS  qui a été créé en presque quelques jours ». 

A la faveur de la nouvelle alternance avec l’élection de Macky Sall en 2012, la traque des biens mal acquis aura révélé que la société AHS appartiendrait à Karim Wade. La société sera alors nationalisée, nous sommes à cheval entre 2014 et 2015. Quant à SHS, elle restait une société privée sénégalaise.

En outre, avec la fusion de ces deux entreprises due au déménagement à Diass, l’Etat du Sénégal est allé à contre-courant de la directive de l’UEMOA qui dit qu’au-delà d’un million de passagers, il faudrait qu’il y ait deux prestataires dans l’aéroport. Mais comment fusionner les deux sociétés puis que AHS étant publique et SHS privée. L’Etat a, encore une fois, transgressé les règles avec la venue des turcs.

Le consortium turc, un contrat de reconnaissance cher payé

L’entrée des Turcs dans le handling ne trouve d’explication que le fait d’avoir assuré  les  travaux de finition de l’aéroport de Diass, nous révèle notre source. Selon elle toujours, c’est au moment où il y a eu le problème avec le Groupe Bin Laden que ces turcs sont apparus dans le paysage aéroportuaire sénégalais. Ils ont aussi construit le centre de conférence de Diamniadio. Pour notre interlocuteur, « il est important de souligner que les deux groupes turcs sont spécialisés dans le BTP ». Leur venue dans la gestion de l’aéroport s’est faite « sans appel d’offres ». Encore du gré à gré.

La fusion des deux entreprises sénégalaises AHS et SHS a posé le problème de l’actionnariat. « L’Etat d’autorité a alloué 33% à SHS et a réparti le capital à sa guise en y mettant la  nouvelle compagnie  Air Senegal, Summa-Limak et AS », renchérit notre source.

Un schéma réfuté par SHS, un dialogue naquit alors avec l’Etat du Sénégal, les Turcs et SHS. Toutefois, « l’Etat du Sénégal est absent des débats c’est pratiquement les Turcs qui décident », révèle notre source, représentant d’une compagnie aérienne qui tient l’information de ses partenaires de travail à SHS.

Le travail au niveau de Diass est présentement assuré par les employés de AHS qui ont été, pour la plupart, repris par les sociétés turques. Le personnel de SHS par contre, reste dans l’expectative. Des remous manifestes y sont notés. Il y a une scission au sein de ladite société. Entre ceux qui sont avec la Direction et ceux qui ne sont pas d’accord avec celle-ci, c’est une tension permanente.

Avant, 100% de la gestion aéroportuaire était aux mains des ADS, maintenant les ADS ne gèrent plus que les aéroports secondaires (donc moins de revenus car moins de trafic). Tout cela sans plan, ni concertation. Autant avec le passage d’une capacité de 1.2 millions de passagers à 3 millions, on devrait s’attendre à ce que tous les acteurs de Dakar soient présents en y ajoutant d’autres nouveaux pour justement aider à cette montée en charge mais, n’y a-t-il pas une volonté d’écarter des gens pour installer d’autres et ainsi créer des monopoles ?

Et nos champions nationaux dans tout cela ?

Le consortium Summa-Limak englobe des sociétés du BTP, elles se sont intéressées à la gestion aéroportuaire il y a de cela 2 ans au Kosovo notamment. Ainsi, pour notre interlocuteur, il est important de savoir que la gestion aéroportuaire de la Turquie ne revient pas aux deux entités sus-nommées.

N’étant pas des cadors du secteur, le consortium est en apprentissage, leur expertise reste limitée. Tout le contraire des entreprises sénégalaises. En outre, les facilités données à ces sociétés étrangères sont alarmantes avec notamment de sombres mémorandums d’entente. Notre source pointe du doigt l’ARMP et se questionne.

« Les Turcs géreront l’aéroport pour 25 ans, combien ont-ils mis pour finir l’aéroport ? Combien espèrent-ils gagner sur ces 25 ans qu’on puisse les comparer à ce qu’ils ont mis au départ ? Combien ont-ils mis pour avoir des parts dans la nouvelle Air Sénégal ? Combien ont-ils mis pour prendre une part de l’activité de handling ? », se demande-t-elle.

Contactée, l’ARMP (l’Autorité de Régulation des Marchés Publics), nous a signifié ne pas avoir été au courant d’un quelconque appel d’offres avant de nous rediriger vers une commission des marchés à l’AIBD.

Cette commission contactée et le chargé de  la communication prié de réagir à nos informations et de donner sa version des faits, ne nous a donné aucune réponse.  Le chargé de communication  a demandé notre contact pour, dit-il,  discuter avec la personne habilitée à nous répondre avant  de nous revenir. 72 heures après nous n’avons eu aucune réponse.

Nous avons  tenté de nouveau de joindre le chargé de communication. La personne qui nous a reçu sur le standard nous a dit qu’il est en réunion et qu’il pourrait nous revenir dans une demi-heure. Des heures sont passées, nous n’avons toujours aucune réponse de sa part.

Dans le souci de connaître leur version des faits, nous sommes entrés en contact avec le chargé de communication en personne, lui faisant part de l’imminence de la publication de l’article, il nous sert que les personnes devant répondre à nos différentes questions sont prises dans les derniers réglages face au défectueux fonctionnement de l’aéroport. L’attente d’une réponse ne put durer.

Notre source ajoute que le consortium est « sur toute la chaîne de valeurs de l’aéroport. Ils percevront de l’argent sur les loyers des free-shop, sur les bureaux des différentes entreprises, sur les avions qui atterriront. Tout ceci s’est fait sans appel d’offre. Où sont les accords ? » La structure de régulation semble aveugle face à cela.

Les partenaires stratégiques apportent soit des capitaux soit un savoir-faire, la compensation semble être cher payée et cela se ressent au niveau des professionnels qui s’activent autour de l’aéroport. Le handling qui était géré par les deux entités sénégalaises AHS et SHS n’a jamais connu de couacs.

Comment expliquer que ces deux sociétés certifiées Isago se retrouvent sur le banc de touche ? « Un parfum de corruption accompagne les différentes décisions de l’Etat du Sénégal », considère notre interlocuteur. Les conséquences se sont ressenties, par ricochet, chez les professionnels qui exercent à l’aéroport de Yoff.

Déménagement vers Diass, le calvaire des travailleurs du privé

« On aurait pu mieux faire », s’indigne notre source. Pour elle, l’Etat a cherché à écarter les acteurs qui ont permis de réaliser 1.200.000 passagers. A Diass, le trafic passera à 3 millions de passagers, le mieux aurait donc été de reprendre les acteurs initiaux et ainsi ajouter des nouveaux pour accéder à ces 3 millions.

L’exemple des free-shops semble révélateur de cet état de fait. Ces derniers ont bazardé leurs produits vue qu’un nouvel acteur dirigera le secteur une fois à Diass. L’ancienneté des propriétaires des free-shops y sera réduite au néant.

Le loyer dans le nouvel aéroport est multiplié par 5 et semble être un véritable problème pour ces travailleurs du privé. Un bureau à l’aéroport de Yoff est facturé à 10 euros le mètre carré, ce sera donc à 50 euros pour un bureau à Diass et « là-bas pourtant, le bureau sera plus petit ».

« Scandaleux et inacceptable », s’insurge notre interlocuteur. Par ailleurs, le schéma des taxis posera problème si l’on suit notre interlocuteur. « Le syndicat des transporteurs ne sera pas d’accord, il faudra suivre cela de très près », pense-t-il.

Seuls les ADS ont signé un protocole d’accord parce que relevant de l’Etat mais tous les autres travailleurs semblent être laissés à leur sort. L’Etat se désintéresse totalement de l’avenir de ces travailleurs du privé. Pour notre interlocuteur, « la communication, qui entoure l’ouverture de l’aéroport, a obnubilé l’Etat ». 

Voici ici, une infime partie de l’iceberg quant à la politique de nos Etats. Les entreprises locales, même compétitives, sont affaiblies, sous-estimées devant des novices étrangères.

L’exemple de ce transfert à Diass est un coup de frein au nationalisme qui permettrait une émergence par les Sénégalais et pour les Sénégalais. Corruption ou non dans cette affaire, l’idéologie dégagée par nos dirigeants est bel et bien corrompue. Le panier de la ménagère vivra une fois tous les 7 ans, à la veille de chaque élection présidentielle. Triste !

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