Triste record, l’Afrique noire compte 413 millions de gens vivant avec moins de 1,9 dollar par jour

Partout dans le monde, l’extrême pauvreté, soit un revenu de 1,9 dollars par jour selon la définition de la Banque mondiale, recule, mais elle continue d’augmenter dans l’Afrique subsaharienne, où elle frappe 41,1% de toute la population. Une tragédie absolue.

Le nouveau rapport triennal que la Banque mondiale publie ce mercredi 19 septembre sur «la pauvreté extrême dans le monde» est vivement déconseillé à tous ceux qui ont le sommeil fragile, car ce qu’on y apprend, sans être une vraie surprise, est effarant, désolant et cauchemardesque. Alors que sur tous les continents, de l’Asie à l’Amérique latine, les plus démunis, ceux qui disposent tout au plus de l’équivalent de 1,9 dollar par jour dans leur monnaie locale, tendent à devenir moins nombreux, c’est le contraire dans ce qu’on appelle aujourd’hui «l’Afrique subsaharienne».

À juste titre la Banque mondiale, l’organisation financière cousine du FMI créée en 1944 et qui pilote l’aide multinationale au développement, se félicite que «depuis 1990, la part de la population mondiale vivant en dessous du seuil de pauvreté soit passée de 35,9% à 10%» . Le monde comptait 5,3 milliards de gens en 1990, au moment de la chute du Mur de Berlin (1989 exactement) qui avait marqué symboliquement le début de la mondialisation. 1,9 milliard de gens étaient considérés comme «extrêmement pauvres», selon la définition précédente. En 2015, l’année de l’enquête triennale de la Banque mondiale, qui, notons-le au passage doit effectuer un long travail de terrain s’agissant de pays dont les systèmes statistiques sont déficients, la population mondiale était de 7,4 milliards; et le nombre de très pauvres a été ramené à 734 millions.

Progrès attribué à la mondialisation économique

Le succès est spectaculaire, notamment en Asie de l’Est, en Chine, et aussi en Inde. Ce progrès est souvent attribué à la mondialisation économique. «Sur les 25 dernières années, plus d’un milliard de gens sont sortis de l’extrême pauvreté, et le taux actuel de pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi bas qu’il ne l’est aujourd’hui», observe Jim Yong Kim, le président du groupe Banque mondiale.
Malheureusement l’Afrique est totalement à contre-courant de cette tendance de long terme, et de façon plus marginale le Moyen Orient également sur les années récentes du fait de la guerre en Syrie et au Yémen. En 2002, l’Afrique subsaharienne représentait le quart du nombre de gens extrêmement pauvres dans le monde, or aujourd’hui c’est plus de la moitié (413 sur 736 millions). Le taux d’extrême pauvreté de l’Afrique (41,1%) est sans commune mesure avec celui des autres continents, comme le montre le tableau ci-joint. Sur les 27 pays de la planète qui comptent le taux le plus élevé, 26 sont aujourd’hui situés en Afrique.
Si l’Inde, du fait de son énorme population de 1,3 milliard d’habitants, affiche encore le plus grand nombre de très pauvres (170 millions, soit un taux de 13%) , les sondages partiels réalisés cette année «suggèrent que le Nigeria (190 millions d’habitants) devrait dès 2018 êtres le pays comptant le plus d’extrêmement pauvres en valeur absolue», note la Banque mondiale.
Or la situation ne paraît pas en voie de s’améliorer, bien au contraire. Alors que la Banque mondiale et l’ONU se sont donné pour objectif de «mettre fin à l’extrême pauvreté» à l’horizon 2030, cette ambition ne pourra être réalisée stricto sensu, et au mieux il faudra se contenter d’un taux de 3% . L’explication essentielle est que l’Afrique risque fort de parasiter l’amélioration générale. «En Afrique subsaharienne, même dans les hypothèses les plus optimistes, le taux de pauvreté restera à deux chiffres (au-dessus de 10%) en 2030», estiment les économistes de la Banque mondiale.

Les raisons de cette exception africaine sont à vrai dire parfaitement identifiées. C’est d’abord l’absence de contrôle des naissances, avec ce paradoxe heureux en soi mais terrible pour la démographie galopante, que «le recul de la mortalité en dessous de cinq ans s’est accompagné d’un reflux relativement faible dans le taux de fécondité». Autrement dit les progrès sanitaires n’ont pas été suivis d’une amélioration des conditions sociales et économiques. «Le taux de fécondité est plus élevé parmi les pauvres et la famille plus nombreuse. De 7,9 enfants en moyenne, avec 3,5 enfants de moins de moins de 14 ans qui grandissent dans la pauvreté, au détriment de leur éducation et de leur alimentation». À ce cercle vicieux fondamental s’ajoutent les conflits ethniques, les catastrophes écologiques, la corruption des gouvernements et des élites si nocive pour le développement économique.
Le diagnostic que la Banque mondiale dresse en 2018 n’a rien de nouveau. C’est mot pour mot celui qui faisait en 1962, au moment de la décolonisation, l’agronome René Dumont, l’un des pères de l’écologie française, dans un livre hélas prophétique et qui a eu d’ailleurs un grand succès à l’époque: «L’Afrique noire est mal partie». Il y dénonçait la corruption, le clientélisme, les relations perverties avec l’Europe, le choix de la dépendance économique plutôt qu’un développement autonome, notamment agricole.
Or depuis le remarquable constat de René Dumont, qu’a-t-on fait, sinon remplacer «Afrique noire», par «Afrique subsaharienne»? Comme si le noir était une couleur maudite …Il faut rendre hommage à René Dumont, à sa clairvoyance, ainsi qu’à l’Afrique noire, qui n’a pas à avoir honte de son nom ni de sa négritude chère à Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor entre autres .

Lefigaro

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