Trois pays protègent la moitié des nouveaux réfugiés dans le monde

Par Jan Egeland

OSLO, Norvège, (IPS) – La Turquie, le Bangladesh et l’Ouganda ont accueilli à eux seuls plus de la moitié de tous les nouveaux réfugiés l’année dernière. Jamais auparavant le monde n’a enregistré un plus grand nombre de personnes déplacées par la guerre et la persécution.

Le partage international des responsabilités pour les personnes déplacées s’est complètement effondré. Les pays riches construisent des murs contre les familles fuyant la guerre, en même temps, moins d’argent est disponible pour l’aide aux personnes dans les zones de conflit.

Le nombre de personnes contraintes de fuir a atteint 68,5 millions au début de l’année 2018, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et du Centre de surveillance des déplacements internes du CNRC. Cela représente la population du Royaume-Uni.

La coopération internationale et la diplomatie de paix sont en crise profonde. Le nombre de personnes déplacées dans le monde augmente pour la sixième année consécutive, et il y a moins de personnes qui retournent chez elles en toute sécurité.

Quarante millions de personnes sont déplacées dans leur propre pays, et 28,5 millions d’autres ont franchi une frontière et deviennent des réfugiés.

La Turquie a été le pays qui a accueilli le plus de nouveaux réfugiés l’année dernière – 700 000 personnes. Elle abrite aujourd’hui plus de 3,8 millions de réfugiés, la plupart originaires de Syrie. En comparaison, le reste de l’Europe dans son ensemble a reçu environ un demi-million de réfugiés l’année dernière, et les États-Unis en ont reçu environ 60 000.

Lorsque si peu de demandeurs d’asile arrivent en Europe et aux États-Unis, nous avons la responsabilité d’accroître notre soutien aux pays moins riches qui accueillent actuellement un grand nombre de réfugiés, comme le Bangladesh, le Liban et l’Ouganda, et d’augmenter le nombre de personnes que nous recevons pour la réinstallation.

Le filet de sécurité que nous avons mis en place après la Seconde Guerre Mondiale et qui a fourni une protection à des millions de réfugiés est maintenant soutenu par un nombre de plus en plus restreint de pays.

Si ces pays ne bénéficient pas d’un soutien suffisant, l’ensemble du système de protection sera détruit. Si tel est le cas, cela aura des conséquences dramatiques non seulement pour les personnes touchées, mais aussi pour la stabilité et la sécurité dans de nombreuses parties du monde.

En mai de cette année, l’Ouganda n’avait reçu que 7% des fonds nécessaires pour que l’ONU et d’autres organisations puissent apporter le soutien nécessaire au grand nombre de réfugiés du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo. Au Bangladesh, le chiffre équivalent était de 20%.

En plus de l’aide économique aux pays accueillant un grand nombre de réfugiés, 1,2 million de réfugiés doivent être réinstallés dans un nouveau pays, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Ce sont des gens qui ne sont pas en sécurité là où ils sont actuellement. L’année dernière, les pays membres de l’ONU n’ont reçu que 103 000 réfugiés réinstallés.

Les conséquences du manque de partage des responsabilités étaient évidentes ce mois-ci lorsque le navire de sauvetage Aquarius avec 629 réfugiés et migrants s’est vu refuser l’entrée dans les ports italiens.

Quand les gens dans le besoin en mer deviennent des pièces dans un jeu politique, c’est un symbole grotesque de l’absence actuelle d’un système approprié de partage des responsabilités internationales.

Le CNRC s’inquiète de voir de nouvelles barrières frontalières surgir devant les personnes qui fuient la guerre et la persécution, et les droits des réfugiés sont menacés.

Dans de nombreux pays où le CNRC travaille, les gens au pouvoir font référence à la façon dont les pays européens ferment leurs frontières, quand ils veulent défendre leur décision de fermer leurs propres frontières.

Nous devons mettre fin à cette course vers le bas, et nous laisser inspirer par de généreux pays receveurs comme l’Ouganda, où des réfugiés vulnérables sont protégés.

Les faits :

  • 68,5 millions de personnes ont été déplacées à l’entrée en 2018.
  • 40 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays, selon l’Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC) du NRC.
  • 28,5 millions de personnes ont fui leur pays et sont devenus des réfugiés ou des demandeurs d’asile, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
  • En 2017, 3,6 millions de personnes ont demandé une protection dans un autre pays, soit par elles-mêmes, soit par le biais de programmes de réinstallation. La Turquie a accueilli près de 20 pour cent de tous les nouveaux réfugiés en 2017, le Bangladesh 18 pour cent, l’Ouganda 15 pour cent et le Soudan 14 pour cent.
  • 667 000 réfugiés sont retournés dans leur pays d’origine l’année dernière. La plupart sont retournés au Nigeria (283 000)

Sources : HCR, Centre de surveillance des déplacements internes du CNRC.

Jan Egeland est Secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés et ancien Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies

 Source : http://www.ipsnews.net/2018/06/three-countries-protect-half-worlds-new-refugees/

Traduction : Avic – Réseau International

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