Tueries en RDC : Le Botswana exige des pressions internationales sur Kabila et les présidents à vie d’Afrique

Pour Gaborone qui se dit « témoin d’une aggravation de la situation humanitaire » en RDC,   la communauté internationale doit « mettre davantage de pression sur la majorité présidentielle congolaise, pour l’emmener à renoncer au pouvoir et à ouvrir la voie à l’instauration d’un nouveau régime politique »

S’il y en a qui va encore se faire taper sur les doigts par les mordus du “devoir de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays souverain”, c’est bien le gouvernement botswanais qui n’a pas pu contenir sa répugnance des tueries répétitives des opposants et activistes de la société civile congolais,  auxquelles se livrent régulièrement depuis bientôt deux ans, les forces armées  fidèles au président usurpateur de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila.

Dans un communiqué publié lundi, suite à la violente répression policière(au moins 2 morts et des dizaines de blessés) des manifestations de la veille (25 février 2018) appelées par le Comité Laïc de Coordination (CLC) de l’Eglise Catholique  visant à amener  le despote de Kinshasa  à respecter les accords du 31 décembre 2016 –encore appelés “accords de la Saint Sylvestre”- selon lesquels il devait organiser une élection présidentielle avant fin 2017, et surtout ne pas entreprendre une quelconque action politique susceptible   de lui permettre de briguer un mandat supplémentaire, le gouvernement du Botswana, par le truchement de son ministère des Affaires Etrangères,  a instamment recommandé à la communauté internationale d’exercer davantage de pression sur les dirigeants congolais, pour les obliger à accélérer le processus d’alternance politique en RDC.

Sans fard, le ministère botswanais des Affaires étrangères tient le régime Kabila pour responsable de la détérioration du climat politique en RDC  « du fait que son chef a retardé avec persistance les élections et a perdu le contrôle de la sécurité de son pays ».

Bien plus intéressante encore dans ce communiqué intitulé “Refusal by Some Leaders to Hand Over Power” (entendez « Refus de certains dirigeants de rendre le pouvoir »), est l’allusion du gouvernement botswanais à tous les chefs d’Etats africains qui orchestrent régulièrement des mascarades pour se maintenir à vie au pouvoir, et qui, massacrant et emprisonnant leurs opposants réels ou résumés sous divers prétextes, ne manquent pas d’évoquer le droit des peuples à choisir les dirigeants de leur choix. Une rhétorique dont leurs courtisans et eux usent et abusent pour, en quelque sorte, brider les levées de boucliers de la  communauté internationale qui leur reproche très souvent la confiscation du pouvoir au prix de leurs populations martyrisées.

Aussi le Botswana qui pointe du doigt les dirigeants africains qui ont recours à des stratagèmes pour  retarder la tenue des élections ou amender la Constitution afin d’étendre leur mandat, indique-t-il qu’« Il est clair que de tels dirigeants sont motivés par leurs seuls  intérêts et non ceux des peuples qu’ils gouvernent ».

Ce communiqué qui réconforte le peuple congolais, voire d’autres peuples épouvantés par des dictateurs et des despotes sanguinaires qui s’imposent à la tête des pays africains, ne va certainement pas manquer de faire l’objet d’une grande controverse chez des personnes intellectuellement malhonnêtes s’étant découvert ces dernières années des vocations de « panafricanistes » radicaux. Notamment depuis le renversement inique en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo  par une France soucieuse de placer un de ses substituts néocoloniaux à la tête de ce pays de l’Afrique de l’Ouest, ou encore, bien avant, l’assassinat crapuleux de Thomas Sankara au Burkina Faso instigué par la France et exécuté par la brute Compaoré avec le concours très actif de l’ancien potentat ivoirien que d’aucuns présentent par hypocrisie ou abus de langage comme “le vieux sage”.

Fils du tout premier président du Botswana, au pouvoir depuis seulement 2009, après avoir assuré l’intérim de 2008 à 2009 suite à la démission de son prédécesseur Festus Mogae,  le Lieutenant-Général Ian Seretse Khama qui passera la main en  2019 à l’issue de son 2ème et dernier mandat…

…ne comprend pas que le Général Joseph Kabila, fils du “premier”  président de la République démocratique du Congo, au pouvoir depuis 17 ans, continue de tuer ses compatriotes pour demeurer président de la République, alors que son mandat a pris fin depuis décembre 2016.

Mais n’est-ce pas en réalité faire insulte à des esprits brillants et révolutionnaires comme Thomas Sankara et Laurent Gbagbo (pour ne citer que ceux-ci) que de les mettre dans le même panier que des goinfres, des corrompus, des assassins froids ou des monstres fantasques comme ces deus ex-machina –dont nous taisons les noms pour des raisons de sécurité-, qui savent tout, peuvent tout, sont aussi indispensables à leurs damnés de peuples que le sont l’air, l’eau et la lumière à la vie, n’entendent toujours délibérément que les voix des profiteurs et opportunistes infiniment minoritaires qui les supplient de rester au pouvoir même après leur mort, mais deviennent subitement sourds et aveugles quand la majorité de leurs concitoyens qu’ils n’hésitent pas à taxer de  “terrorisme” crie son ras-le-bol et leur demande de dégager ?

C’est aussi à ce modeste mais pertinent questionnement que nous invite la sortie exceptionnelle du gouvernement du pays le moins corrompu d’Afrique qu’est le Botswana.

Ndam Njoya Nzoméné

 

: Afrique Monde

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