October 19, 2017
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Un député LREM en garde à vue après une violente altercation

Alors que l’élu LREM M’jid El Guerrab était entendu vendredi, le socialiste Boris Faure était toujours en soins intensifs.

C’est en de graves violences, en pleine rue, à Paris, qu’a dégénéré un contentieux entre deux responsables politiques du PS et de La République en marche cette semaine. Deux jours après les faits, on n’en savait guère plus vendredi soir sur l’état de santé de Boris Faure, premier secrétaire de la fédération PS des Français de l’étranger. Opéré en urgence mercredi et placé en soins intensifs, le cadre du Parti socialiste se serait réveillé depuis. Il aurait été victime d’une agression lors d’une altercation avec le député M’jid El Guerrab.

Les faits, révélés par Marianne, se sont déroulés à proximité d’un café de la rue Broca. M’jid El Guerrab, député estampillé LREM de la 9e circonscription des Français établis hors de France, aurait asséné deux coups de casque à Boris Faure, dont l’état de santé se serait ensuite dégradé.

Comme souvent, les versions des deux parties divergent. Avant de perdre connaissance, Boris Faure aurait expliqué par téléphone à son épouse être tombé «par hasard» sur M’jid El Guerrab. Selon le récit qu’elle a livré à France Info, rien ne justifierait l’agression violente qui a suivi : «Ils ont commencé à discuter, et, tout d’un coup, il a vu M. El Guerrab prendre son casque, prendre de l’élan, et taper, taper très fort. Il n’a vraiment pas compris.»

Mais, selon le témoignage que M’jid El Guerrab a posté sur Facebook jeudi, il aurait vu Boris Faure «traverser la route» afin de se diriger vers lui. «J’ai été violemment pris à partie», développe l’élu qui se serait «senti menacé en retrouvant Boris Faure à proximité du lieu où [il] réside avec [s]a femme et [s]es enfants». Selon lui, le socialiste l’aurait «agressé verbalement et physiquement en [lui] tordant le poignet devant témoin». M’jid El Guerrab estime s’être défendu mais fait part de ses regrets et admet, sans évoquer des coups portés avec un casque, avoir réagi «violemment».

«Trahi». Si certains témoins ont assuré avoir entendu Boris Faure traiter M’jid El Guerrab de «sale arabe», le député n’en fait pas état dans son récit. La famille du socialiste considère de son côté qu’il s’agit d’allégations «risibles». Mais un des conseils du mis en cause a assuré à France Info que «des propos racistes graves» ont été tenus.

Une enquête pour «violences aggravées» a rapidement été ouverte par le parquet et M’jid El Guerrab a été placé en garde à vue ce vendredi. Une plainte pour coups et blessures a été déposée et la famille de Boris Faure envisagerait d’engager des poursuites en diffamation concernant l’accusation de racisme.

Selon plusieurs médias, Boris Faure avait lui-même déposé une main courante au mois de mai contre M’jid El Guerrab pour «menaces physique» et «accusations de racisme».

De son côté, M’jid El Guerrab a également annoncé avoir l’intention de déposer une plainte pour harcèlement. «Boris Faure n’a cessé de me harceler, […] m’accusant d’avoir trahi le parti et me menaçant durant la campagne législative. […] Boris Faure a multiplié les invectives, allant jusqu’à menacer de me mettre à mort voilà plusieurs mois», développait-il sur Facebook.

L’affaire s’inscrit dans une brouille vieille de plusieurs mois. En juillet 2016, M’jid El Guerrab, alors membre du PS, conteste la légitimité de la candidature de Didier Le Bret pour les élections législatives dans la 9e circonscription des Français de l’étranger. Quelques mois plus tard, il quitte le PS et rejoint Emmanuel Macron. Candidat avec le soutien des cadres d’En marche, mais sans investiture officielle, il sera finalement élu au mois de juin dans cette même circonscription. De son côté, Boris Faure a soutenu la candidature de Didier Le Bret, dont il a été le directeur de campagne.

Le premier secrétaire de la fédération PS de Paris, Emmanuel Grégoire, ami personnel de Boris Faure, se dit «abasourdi et très inquiet» mais refusait, vendredi, de porter l’affaire sur le terrain politique. «La violence est inadmissible et nous choque profondément», commente-t-il, mais, s’il connaît «l’histoire politique complexe» qui oppose les deux hommes depuis plusieurs mois, il estime qu’il s’agit d’un «contentieux qui n’a rien d’extraordinaire. […] C’est une affaire de droit commun plus que politique».

«Congé». De son côté, le président du groupe Nouvelle Gauche à l’Assemblée, Olivier Faure, a déclaré vendredi que «personne n’imagine qu’El Guerrab puisse encore incarner la République. […] Mais la décision n’appartient qu’à lui», quant à une éventuelle démission.

Dans un communiqué publié vendredi en fin de journée, La République en marche a annoncé la convocation de M’jid El Guerrab devant son conseil d’administration «dans les tout prochains jours». Ledit conseil «pourra décider des sanctions adaptées à la gravité des faits», précise le court texte dans lequel le mouvement «condamne fermement tout acte de violence». Aucune sanction n’a, pour l’heure, été prononcée.

M’jid El Guerrab n’a pas annoncé sa démission, mais il a déclaré vendredi avant son audition qu’il se mettait «en congé du parti et du groupe parlementaire LREM» et souhaitait «le rétablissement le plus rapide à Monsieur Faure». Un retrait dont LREM assure «prend[re] acte».

Aurélie Delmas

Libération

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