Un manifestant roué de coups par la police kényane : l’histoire derrière une image virale

kenya-policeDepuis lundi, des manifestants kenyans réclament la démission de la commission électorale accusée de favoriser l’actuel chef d’État en vue de l’élection présidentielle de 2017. L’und’entre eux a été tabassé par la police alors qu’il était à terre, inconscient, lundi après-midi. La scène a été filmée et est devenue pendant 24 heures un symbole de la brutalité policière au Kenya… mais aussi des récupérations politiques.

Lundi, des manifestations ont eu lieu à Nairobi aux alentours des bureaux de la commission électorale kenyane. Réunis autour du chef de file de l’opposition et ancien Premier ministre, Raila Odinga, la foule réclamait la démission de l’actuelle commission électorale, qu’ils jugent trop partisane.

Ces manifestations ont donné lieu à une répression policière particulièrement féroce. Une scène en particulier circule en boucle sur les réseaux sociaux : on y voit un homme vêtu d’un t-shirt vert s’échapper des bureaux de la commission électorale où il manifestait en tentant de semer les policiers. Il est vite rattrapé par deux officiers.

Sur ces images filmées par notre Observateur David Kabiru, l’homme en vert est frappé à plusieurs reprises par des policiers. La scène a également été diffusée à la télévision nationale kényane.

“Sa tête est tombée lourdement sur le trottoir, il ne bougeait plus”

David Kabiru

David Kabiru

David Kabiru, un caméraman pour Citizen TV Kenya, a été témoin de la scène.

J’ai vu cet homme courir et échapper à cinq policiers. Deux ont commencé à le courser, et d’un coup, il s’est retrouvé à terre. D’où j’étais, je ne peux pas dire s’il a été touché par un coup de matraque ou a glissé, mais en tout cas, sa tête est tombée lourdement sur le trottoir, et il ne bougeait plus. Le contraste entre le sprint qu’il venait de faire et cette immobilité subite était saisissant. J’ai assisté impuissant à ce tabassage et je me suis dit que la seule chose à faire, c’était de filmer.

J’ai ensuite couru pour aller l’aider. Il était conscient, mais choqué. Il est resté là, pendant de longues minutes, assis, sans que les autres policiers ne prêtent attention à lui. Puis il est reparti.

Des images de la scène, captées sous un autre angle, ont été diffusées par plusieurs chaînes de télévision kényanes, et le chef de la police kényane a ordonné mardi l’ouverture d’une enquête interne.

L’homme présenté comme mort… réapparaît sur les réseaux sociaux

Le cas de cet homme est devenu un symbole de l’usage excessif de la force par la police kenyane, à tel point que des internautes ont affirmé que l’homme inanimé était décédé de ses blessures. Certains ont affirmé l’avoir identifié comme “Benard Ngatia”, et des internautes ont lancé le hashtag #JusticeforNgatia où ils relaient abondamment les images de l’homme au t-shirt vert tabassé.

Cet internaute demande au président Kenyatta de faire justice pour Benard Ngatia.

Ce twittos explique “Les policiers sont censés protégés la vie des citoyens, pas la leur ôter” faisant référence à la mort supposée de l’homme au t-shirt vert.

Mais ce mardi après midi, l’homme est réapparu sur les réseaux sociaux, vivant, et allongé sur un lit visiblement souffrant. Les internautes affirment qu’il est en recherche d’assistance médicale d’urgence. Beaucoup se sont également insurgésd’une “manipulation” venant de partisans de l’opposition qui ont présenté l’homme pour mort.

Dans ce tweet, un journaliste explique avoir retrouvé l’homme qu’on voit dans les images, vivant, mais blessé, et “en recherche d’assistance médicale”. Il porte le même vêtement vert, et on peut voir son béret accroché au lit.

Notre Observateur explique :

Cet homme habite mon quartier à Nairobi. Il s’appelle Boniface Manono. Beaucoup de médias l’ont annoncé mort, alors que cela n’avait pas été confirmé de sources médicales ou policières. Son cas a été l’occasion d’une guéguerre sur les réseaux sociaux entre partisans du président et opposants. Mais pour moi, ces discussions déplacent le problème : quoi qu’il en soit, cela ne justifie pas la brutalité avec laquelle la police kényane est intervenue.

Alexandre Capron

Alexandre Capron ,Journaliste francophone

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