UNE CASAMANCE DECENTRALISEE L’alternative à l’indépendance

Il existe bel et bien une alternative à la revendication irrédentiste du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). C’est du moins l’avis du coordonnateur du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (Grpc), Robert Sagna, recueilli par nos confrères de l’Aps. Elle a pour nom la décentralisation, porteuse d’une nouvelle dynamique du développement de la Casamance. robert_sagna-

Ce schéma du Grpc semble s’inscrire en droite ligne dans la vision du Président Macky Sall bâtie sur 3 piliers : la « Réconciliation, la Reconstruction et le Développement Durable” (Rrdd). Le candidat Macky Sall avait aussi promis un plan Marshall comme solution de sortie de crise.

Le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (Grpc) dirigé par l’ancien ministre de l’Agriculture et ex maire de Ziguinchor, Robert Sagna, est, selon des informations relayées par l’Aps, en train de travailler à trouver une alternative à la revendication indépendantiste du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc).

Elle résulte en un schéma de  décentralisation qui puisse prendre en compte les particularités de la région en proie à la crise depuis maintenant plus de trente ans. Pour cela, le Grpc s’est entretenu en juin dernier avec des experts canadiens et suisses. Un autre expert envoyé par  les  Etats-Unis a été aussi auditionné aux fins d’examiner, comme l’a dit Robert Sagna, «les expériences en matière de décentralisation et de responsabilisation des collectivités locales ». Et l’ancien maire de Ziguinchor d’ajouter : «nous pensons par là trouver une solution alternative à l’indépendance que réclame le Mfdc»

Le coordonnateur du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance de préciser : « C’est moins un problème de sémantique. Que l’on appelle décentralisation, provincialisation, territorialisation, c’est moins important pour nous.

Ce qui est plus important, c’est comment, on redécoupe le pays». Pour lui, «il s’agit de voir quels sont ces nouveaux espaces de développement qui prennent en compte les problèmes économiques, les problèmes sociaux, les problèmes culturels. Et quels sont les pouvoirs qu’on peut transférer à ces collectivités locales et quels sont les moyens nécessaires pour l’exercice par les collectivités locales de ces pouvoirs transférés».

En tout état de cause, cette proposition que le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance veut soumettre au gouvernement et au Mfdc, attend de rencontrer l’assentiment du premier cité.  Le président de la République s’inscrit, du moins si l’on se fie à ses discours, dans la nouvelle dynamique du développement de la Casamance, comme alternative à la revendication de l’indépendance de cette partie méridionale du Sénégal.

Sa nouvelle vision est bâtie sur 3 piliers : la « Réconciliation, la Reconstruction et le Développement Durable (Rrdd)», avait-il déclaré, le jeudi 20 juin dernier, en réunion de conseil des ministres. La Banque Mondiale, selon le Chef de l’Etat, a manifesté sa volonté d’appuyer, à travers le financement à hauteur de 40 millions de dollars (environ 20 milliards FCFA) , le Projet Pôle de Développement de la Casamance (Ppdc), couvrant les trois régions administratives de Sédhiou, Kolda et Ziguinchor .

Ce projet vise, dit-il, au cours des cinq prochaines années, à «réduire la vulnérabilité économique de la Casamance et permettra, ainsi, de redynamiser l’économie locale, de promouvoir la création d’emplois et de consolider la paix».Macky Sall est allé jusqu’à demander à son Premier Ministre, Abdoul Mbaye, d’«étudier la reconfiguration institutionnelle de l’Agence Nationale pour la Relance des Activités Economiques et sociales de la Casamance (Anrac), aux fins de la rendre plus opérationnelle».

Cette  nouvelle dynamique du développement de la Casamance théorisée par le Président Macky Sall est plus ou moins une confirmation de son discours de campagne tenu à la Place de Gao de Ziguinchor, le vendredi 17 février 2012.
Il avait promis de mettre en place un Plan Marshall pour la reconstruction et le désenclavement de la Casamance. Lequel devait passer par la construction d’un pont sur le Fleuve Gambie, de la route Tambacounda-Goulombou et de la réhabilitation du pont Emile Badiane. De même que la création d’une zone franche industrielle, la mise sur pied d’un programme spécial pour la production du riz, la construction d’une université et de collèges dans la région de Ziguinchor.

Dans un dossier que Sud quotidien avait proposé sur la crise casamançaise, Jean Marie François Biagui, ex secrétaire général du Mfdc, avait estimé nécessaire la mise en œuvre d’un Plan Marshall.

Lequel devait de son point de vue comporter au moins les mesures suivantes : Une exonération totale d’impôts, de taxes professionnelles et de charges sociales, pendant dix (10) ans, pour toutes les entreprises basées en Casamance naturelle ; Une défiscalisation totale des lignes maritimes et aériennes reliant la Casamance Naturelle  à Dakar et/ou  le reste du pays, pendant dix (10) ans ; Une exonération d’au moins 50% des taxes sur les carburants sur l’axe Kaolack – Tambacounda – Kolda et sur tout autre axe de contournement de la Gambie.

Et ce, jusqu’à ce qu’un ou plusieurs ponts enjambant le fleuve éponyme soient réalisés. Ces mesures ne seraient-elles que symboliques, que, déjà, elles créeraient, affirmait-il,  dans l’imaginaire de toutes et de tous que la Casamance est vraiment une partie intégrante du Sénégal, dont celui-ci n’entendrait, du reste, et sous aucun prétexte, se séparer ».

Pour sûr, les maquis dirigés par les chefs de guerre du Mfdc que sont César Atout Badiate au Sud et Salif Sadio au nord, portent toujours en bandoulière le discours irrédentiste. Il y a quelques jours, le patron du maquis de Cassolol  profitait de la libération des neufs démineurs qui étaient pris en otages pour réitérer la revendication de l’indépendance. Le gouvernement rappelait de son côté  que le territoire sénégalais est un et indivisible.

Les nouvelles autorités veulent mettre des propositions concrètes de sortie de crise sur la table des négociations que les Casamançais appellent de leurs vœux. Et cette démarche du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance peut déboucher sur une solution salutaire pour toutes les parties impliquées dans ce conflit trentenaire. Mais tout cela ne peut se faire qu’en bonne intelligence avec des pays voisins comme la Guinée-Bissau et la Gambie. L’implication récente de la Guinée-Bissau dans la libération des otages démineurs en est une parfaite illustration.

1 Comment

  1. bonjour,
    votre article sur la décentralisation est vraiment intéressante et très judicieux. Il est bien important de faire une réflexion pour le découpage du pays. Pour en savoir plus sur la décentralisation et les collectivités territoriales, il y a sur lettreducadre.fr des témoignages intéressante. Je vous remercie!

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