Vers une dévaluation du Franc CFA XAF ?

Les pays membre de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) sont le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad. Pour tous ces pays membre, il faut impérativement détenir un compte courant auprès du trésor public français.

Chaque banque centrale verse au moins 50 % de leurs réserves de change au Trésor français. En contrepartie, la France aura le devoir d’assurer la garantie internationale de la monnaie. Les comptes ne doivent pas être déficitaires, mais si la banque centrale a besoin de devises, le Trésor français peut lui prêter en cas d’urgence. 
Le problème est que depuis 2014, ces pays souffrent à cause de la baisse du prix du baril de pétrole. La France aurait pu les aider en les prêtant plus qu’ils ne détiennent pas, mais la France est incapable, car elle est très endettée. Durant les six dernières années que la croissance de ces pays est stable, le taux d’endettement est en hausse de presque 13 points impactant négativement les déficits des pays membre.

Quand le Mexique a annoncé en 1982, qu’il ne serait plus en mesure de payer les intérêts du service de sa dette, les créanciers se déclaraient surpris. Ces créanciers octroyaient des crédits sans conditions particulières et les pays débiteurs ne comptaient que sur leurs matières premières pour rembourser la dette. Quarante ans plus tard, rien ne semble avoir changé. En 1994, le taux d’endettement des pays membre de l’UEMOA était de près de 109 % et après la dévaluation du FCFA, ce taux est descendu à 88 % du PIB. Le taux d’endettement du Cameroun est de plus de 35 %, celui de la Centrafrique est de plus de 50 %, celui du Gabon est de plus de 52 %, celui de la Guinée Equatoriale est de plus de 53% et celui du Tchad est de plus de 51%. Il faut noter que tous ces pays sont des pays pauvres qui ne créent pas assez de richesses et qui ont vu leur dette effacée en 2006 à travers l’initiative des pays pauvres très endettés. Treize ans plus tard, voilà où ils en sont !

Tous les pays membre de la CEMAC font recours à l’emprunt extérieur pour financer leurs investissements, productifs ou improductifs. Ces investissements ont une corrélation positive avec la croissance, cependant, cette corrélation ne va que jusqu’à un certain seuil. Ont-ils atteint ce seuil ?
Les pays membre peuvent emprunter de leurs réserves, mais si cet emprunt est excessif, cela pousse à un ajustement structurel qui se conclut souvent par une dévaluation. Les réserves sont composées de l’or monétaire, des réserves auprès du FMI et des avoirs en devises. Ces derniers ne sont considérés par le FMI que si les réserves sont des banques centrales et destinées à être utilisées pour mener les objectifs de politique monétaire. Les réserves logées dans les banques internationales ne sont pas prises en compte.

Les réserves permettent au pays détenteur de faire face à différentes éventualités. Elles permettent de faire des affaires avec le reste du monde. Si un pays a besoin de faire des transactions avec un pays qui n’accepte que des devises, il faut impérativement que ce pays dispose de devises, sinon il verra le ralentissement de son activité économique. Elles sont aussi utilisées pour lutter contre l’inflation, quand on fait des transactions avec d’autres pays, on est exposé aux variations des taux de change. Quand on a une monnaie fixe, on ne peut que vendre des devises pour faire face à ce problème. La banque centrale pourrait vendre des devises pour réduire le taux de change, et inversement, on peut acheter des devises pour relever le taux de change. C’est un outil très important pour pouvoir être économiquement compétitif.

Il faut noter que la plupart des pays membre de la CEMAC sont des producteurs de pétrole, ce qui fait qu’ils sont très vulnérables face aux chocs commerciaux à court et long terme. Pour ces pays, le prix du baril du pétrole affecte l’équilibre de la balance des paiements. Si le prix du baril augmente, ces pays verront leurs recettes d’exportations pétrolières augmenter et inversement aussi, si le prix du baril diminue, les recettes dérivées du pétrole diminuent aussi. Cela crée un sérieux problème d’instabilité macroéconomique.

La crise des années 80 a fait souffrir tous les pays membre de la zone CEMAC, car le secteur pétrolier représentait plus de la moitié de leurs exportations. Cela a affecté les économies de ces pays et causera éventuellement la dévaluation. Après la dévaluation en 1994, il y a eu une forte accélération des réserves et les exportations des biens sont devenues moins chères. Avant la dévaluation, les comptes étaient déficitaires, et à partir de 1997, soit trois ans après la dévaluation, les balances deviennent excédentaires. 

Les réserves sont très importantes dans ces pays pétroliers, car cela permettra de mieux juger leurs économies. Le FMI pourra juger pour savoir si ces pays sont prêts à faire face à d’éventuelles crises. Dans le cas des pays de la CEMAC, les réserves sont à leur plus bas niveau, donc cela alerte une éventuelle crise. Des indicateurs sont utilisés dans ce sens, il y a le ratio de réserves sur les importations pour juger comment les réserves couvrent les importations, il y a aussi le ratio de réserves sur PIB qui communique la part des réserves acquise à partir du PIB, de la création de richesse du pays, il y a aussi le ratio réserves sur la dette pour juger la capacité de remboursement du service de la dette. Cependant, le ratio de réserves sur les importations est le meilleur indicateur de la vulnérabilité d’un pays.

Une dévaluation avant une autre crise mondiale est plus sage pour les pays membre de la CEMAC. Tant que les pays membre n’arrivent pas à avoir un ratio réserves sur les importations supérieures à trois mois, un ratio réserves sur la dette à court terme qui est supérieur à 100 %, ils ne feront que retarder l’inévitable. C’est comme au Sénégal avec le plan Sakho-Loum qui avait été instauré pour essayer d’éviter la dévaluation. Cela n’a fait que retarder l’inévitable. Les pays membre de la CEMAC doivent diversifier leurs exportations en investissant la rente pétrolière dans d’autres secteurs qui sont moins exposés.

Mohamed Dia

Consultant bancaire

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