Vice-président de la Banque mondiale : Makhtar Diop démissionne

On ne sait pas encore où il va atterrir depuis ses adieux hier au staff de la Banque mondiale à Washington et en Afrique. Mais on sait déjà qu’il y a peu de chances que Makhtar Diop retourne actuellement au Sénégal.

Le raisonnement des Sénégalais est simple : si le Vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique décide de claquer la porte pour aller s’occuper d’autre chose, c’est qu’il a dû recevoir une proposition à laquelle il ne pouvait pas dire non, comme auraient dit Mario Puzo et Francis Ford Coppola.

C’est hier aux environs de midi, heure de Washington (17H de Dakar, et heure Gmt) que M. Makhtar Diop a annoncé sa démission d’un poste qu’il a occupé depuis le début du mois de mai 2012.

Il n’a pas indiqué les motifs de son départ, ce qui a laissé la place à de nombreuses spéculations quant auxdits motifs, et surtout, à sa prochaine destination. Ce qui est connu, c’est que le responsable sénégalais n’a pas définitivement claqué la porte de l’institution dans laquelle il a servi pendant une décennie, assurant que son départ était «temporaire».

D’ailleurs, le Directeur exécutif de la Banque mondiale, a publié un communiqué dans lequel il informe de «l’affectation temporaire de Makhtar Diop au poste de vice-président et conseiller spécial à mes côtés et au sein de l’équipe de direction du Groupe de la Banque mondiale.»

Quoi qu’il en soit, Makhtar Diop, dont la compétence et la capacité de travail sont connues de tous, a reçu les félicitations et les louanges de la haute direction de l’institution de Bretton Woods. Parmi les plus sérieuses spéculations quant à son avenir, celle qui le voit prendre du recul pour mieux préparer sa campagne afin de briguer la succession du Rwandais Donald Kaberuka, qui achève bientôt son second et dernier mandat à la tête de la Banque africaine de développement (Bad), qui vient de retrouver son siège à Abidjan.

Etant donné sa proximité avec le chef de l’Etat Macky Sall, de nombreux Sénégalais le voyaient pourtant faire une sorte de come back à la tête des affaires du pays, mais d’autres encore mieux renseignés expliquent que cela n’aurait aucune crédibilité. D’abord, au retour du Groupe consultatif de Paris, en février dernier, le Président Sall avait lancé un ballon de sonde, pour voir dans quelle mesure le Vice-président de la Banque mondiale pourrait être intéressé à venir superviser la mise en œuvre du Pse. Makhtar Diop avait poliment mais fermement décliné, et on voit difficilement aujourd’hui, quel poste pourrait encore lui être proposé.

D’abord, il serait impensable qu’il revienne comme ministre de l’Economie et des Finances, et cela pour des raisons simples à comprendre. La première est qu’il a déjà donné à ce niveau, et depuis 2001, dans le tout premier gouvernement du règne de Wade. Il n’y a fait que onze mois, le Président Wade étant rebuté par sa gestion trop rigoureuse à son goût. De deux, avec Amadou Ba à ce poste, Macky Sall parvient à conduire la politique économique qu’il veut, sans soucis ni couacs avec son plus proche collaborateur à ce niveau. Il n’a donc ni l’envie ni l’intérêt d’en changer.

Et par ailleurs, si c’est pour lui offrir un poste plus important, il ne resterait que celui de Premier ministre. Or, avec Mahammed Dionne, Macky a trouvé à ce poste un alter ego. C’est tout dire… Il faut donc croire que Makhtar Diop va servir son pays le Sénégal par d’autres mécanismes.

Avant de devenir Vice-président de la Banque mondiale chargé de l’Afrique, M. Diop a été le Directeur des Opérations de la Banque au Brésil pendant trois ans. Avant cela, il a occupé plusieurs fonctions au sein de la hiérarchie de la Banque à Washington, ainsi que dans des pays de l’Afrique de l’Est.

Les Sénégalais et les nombreux observateurs se rappellent particulièrement bien de sa participation active au Groupe consultatif de février 2014 à Paris, où il n’a pas été avare de ses efforts, pour permettre à Macky Sall et ses collaborateurs de «vendre» le Plan Sénégal émergent (Pse) au monde de la finance internationale. Il se dit même que c’est lui qui avait vendu à Macky l’idée de la «Delivery unit» qui devrait superviser la mise en œuvre du Pse, et d’où a été tirée l’idée du Bureau opérationnel de suivi du Sénégal émergent (Bosse).

mgueye@lequotidien.sn

In the Spotlight

Le Mali trahi par ses dirigeants

by bishba in CONTRIBUTION 0

Les derniers événements dramatiques qui se sont déroulés à Sobane-Da dans la commune de Sangha, le 11 juin 2019 ont fini par étaler au grand jour les failles de la gouvernance au sein des forces [...]

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*