L’Indonésie renvoie ses déchets à la France, Paris veut des précisions

Retour à l’envoyeur. L’Indonésie a réexpédié vers la France et Hong Kong sept conteneurs renfermant déchets ménagers, plastiques et matériaux dangereux en violation des règles d’importation, selon les douanes de l’île de Batam.

“Les conteneurs sont partis lundi et des responsables étaient sur place pour voir le navire partir”, a déclaré mardi 30 juillet Susila Brata, responsable des douanes locales, à l’AFP. Deux d’entre eux font route vers l’Hexagone.

Paris est “en attente” d’informations sur le contenu et la destination de ces chargements, a réagi dans la soirée la secrétaire d’État à la Transition écologique Brune Poirson.

Le ministère de la Transition écologique “a déjà demandé aux autorités indonésiennes des informations et est en attente de connaître : les cargaisons concernées, les illégalités constatées, le(s) propriétaire(s), le trajet retour et son port d’attache”, a indiqué Brune Poirson sur Twitter.

Les autorités françaises ne savent notamment pas si des déchets dangereux sont en route vers la France et, le cas échéant, de quel type.

“Lors de l’arrivée du conteneur, une notification sera adressée au(x) détenteur(s) des déchets (fabricants et distributeurs, ndlr). Les déchets devront être caractérisés (dangereux ou non) pour savoir quel traitement leur apporter”, a ajouté la secrétaire d’État.

Passibles de 150 000 euros d’amende

Notant que l’exportation de déchets dangereux, comme l’amiante, était interdite par le droit international “sans notification”, elle a prévenu que si la loi n’avait pas été respectée, les producteurs et détenteurs des déchets seraient passibles de 150 000 euros d’amende.

Pourquoi la France exporte-t-elle massivement ses déchets ? “De toute évidence, ça coûte moins cher de les envoyer à l’autre bout du monde, que de les traiter en France. On paye un peu pour qu’ils disparaissent”, regrette Thibault Turchet, responsable des affaires juridiques pour l’ONG Zero Waste, interrogé par le site de 20 minutes. Jusqu’à récemment, c’est la Chine qui avait le triste privilège d’accueillir une grande partie des déchets plastiques français, explique le même média : selon le Bureau international du recyclage (BIR), en 2016, Paris expédiait ainsi 50 % de ses déchets plastiques triés vers cette destination.

Mais en 2018, la décision de Pékin de cesser l’importation de déchets plastiques du monde entier a changé la donne. Ce revirement a provoqué le chaos sur le marché mondial du recyclage et obligé les pays développés à trouver de nouvelles destinations.

Depuis, d’énormes quantités de déchets ont été réacheminées vers l’Asie du Sud-Est où les capacités de recyclage sont limitées. Face à ce fléau, en mai dernier, la Malaisie avait elle aussi prévenu qu’elle restituerait systématiquement à l’expéditeur les résidus plastiques non-recyclables.

Début juillet, l’Indonésie a retourné huit conteneurs en Australie et en avait déjà renvoyé en juin cinq aux États-Unis. Elle attend les autorisations de réexpédier 42 autres conteneurs de déchets vers les États-Unis, l’Australie et l’Allemagne.

Avec AFP