Vie publique, succession au pouvoir, Constitutions en Afrique,… : Diouf revisite ses Mémoires

378 pages pour raconter ces trahisons, ces petits secrets du Palais, ce jour du 19 mars, ses hommes comme Niasse et Tanor. Abdou Diouf n’a pu taire aussi, dans ses Mémoires publiées par le site afriqueconnection.com, «les calomnies et autres incroyables contrevérités» dites sur lui et sa famille. Le secrétaire général de la Francophonie sortant lance ainsi le sommet qui le verra passer le témoin.

Niasse n’avait pas accepté la nomination de Tanor
Le départ de Moustapha Niasse du Parti socialiste reste une pilule amère pour le Président Diouf. Dans ses Mémoires dont les bonnes feuilles ont été publiées hier par le site afriqueconnection.com, le prédécesseur de Abdoulaye Wade revient sur sa défaite en 2000 et y explique les raisons de la démission de celui qui deviendra après le secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès (Afp).

«(…) J’avais également pris soin d’informer Moustapha Niasse, en mission à Abidjan, de ma décision de nommer Mama­dou Lamine Loum au poste de Premier ministre. Il n’en prit pas ombrage, mais apprécia nettement moins le décret qui nommait Ousmane Tanor Dieng ministre d’Etat, ministre des Services et affaires présidentiels. Le décret, en effet, stipulait que M. Ousmane Tanor Dieng était chargé de l’intérim du Premier ministre. Cette nomination et les conditions dans lesquelles elle fut présentée au public ne furent pas acceptées par Moustapha Niasse. De retour d’Abidjan, il me demanda aussitôt de le décharger de ses fonctions gouvernementales», raconte-t-il.

Il n’empêche que, souligne l’ancien Président, M. Niasse, même s’il quittait le gouvernement, lui avait assuré de son soutien. Et à sa grande surprise, l’actuel président de l’Assemblée nationale lança quelques mois après, son appel du 16 juin 1999, en créant l’Afp.

«J’étais sur le point de dire que Niasse pourrait faire un bon directeur de campagne»
Mais Diouf croit dur comme fer que le Progressiste n’a pas tenu parole. «Les gens m’ont rapporté que Niasse disait avant de lancer son appel : ‘’Moi, je serai avec le président de la République jusqu’au bout. Si jamais il ne se présente pas, je me présenterai, mais s’il se présente, je serai toujours avec lui’’», écrit le secrétaire général de la Francophonie.

Il ajoute qu’au cours d’une mission au Togo en compagnie du général Wane, son chef d’état-major particulier, le leader de l’Afp confia au militaire : «Je jure sur le Coran que jamais je ne me présenterai contre le Président Diouf.» Pourtant, dit-il, «des témoignages identiques s’accumulant, j’étais sur le point de dire que Niasse pourrait faire un bon directeur de la campagne qui s’annonçait, lorsqu’il a publié son appel (…)»

«Senghor avait choisi un dauphin dès 1964. Moi je n’ai jamais voulu choisir un successeur»
Abdou Diouf dit comprendre aujourd’hui que quand les gens lui prêtaient l’intention de se faire succéder par Ousmane Tanor Dieng, c’est parce qu’ils «se remémoraient les conditions dans lesquelles le Président Senghor (l’)avait choisi». Mais, estime-t-il, «c’était une mauvaise comparaison, car le Président Senghor avait choisi un dauphin dans son cœur dès 1964, et l’avait ensuite clairement officialisé». Et lui ? Il déclare : «Quant à moi, je n’ai pas voulu choisir un successeur, j’ai seulement voulu aménager les choses de telle façon que le travail du parti continue avec quelqu’un qui était à côté de moi, et qui pouvait donc recueillir mes instructions plus facilement. Mais la perception qu’on eue les gens était tout autre. Ils étaient convaincus en effet que j’avais choisi Ousmane Tanor Dieng comme dauphin.»

«Toutes les calomnies et autres incroyables contrevérités dites sur moi et ma famille…»
Abdou Diouf détaille ce 19 mars qui a mis fin à ses 19 ans de règne. «Seul avec les miens, devant Dieu et face à l’Histoire, le film de ma vie publique défila devant moi en quelques secondes et une sorte d’effet synoptique, depuis le jour de l’avion qui devait me ramener au Sénégal et que je n’avais pas pris et qui s’était abîmé en mer, jusqu’à ce moment où, dans la matinée du 19 mars 2000, en compagnie de ma femme et de mes enfants, j’avais déposé mon bulletin dans l’urne de mon bureau de vote, situé dans une salle de classe de l’école Berthe-Maubert de Dakar», dit-il. Il dit avoir pensé à son père disparu, à sa mère à Louga, à sa «merveilleuse» épouse et à ses enfants, à nombre de ses amis fidèles… Mais Diouf n’a pu non plus oublier «ces 42 % des Sénégalais, qui avaient voulu (l’)accompagner encore pour un bout de chemin, malgré les démissions, les trahisons et les corruptions, mais aussi malgré toutes les calomnies et autres incroyables contrevérités dites sur moi et (sa) famille».

Avec Afriqueconnection.com

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