Wade-Macky : Les écueils d’une retrouvaille

Les intentions et les interventions sont là pour recoller les morceaux entre Macky Sall et son prédécesseur. Entre son parti et le Pds. Mais au regard de l’affaire Karim et de la composition de Benno bokk yaakaaar, ces retrouvailles peuvent encore attendre.

C’est la communication par les gestes. «J’ai transmis le message de respect et de vœux de santé du chef de l’Etat à son prédécesseur Me Abdoulaye Wade», a dit le Premier ministre sur Rfm. C’est une trouvaille de Macky Sall pour baisser la tension entre lui et le père de Karim Wade.

Et pourtant, comme l’a souligné Babacar Gaye du Pds sur Rfm, hier, «le Président n’a pas besoin d’intermédiaire pour parler avec son prédécesseur, comme du reste Me Ab­dou­laye Wade n’en a pas besoin pour discuter avec sa progéniture».

Macky Sall semble avoir pris des gants en choisissant la communication indirecte. Parce que rien ne l’empêchait d’appeler Me Wade. Rien non plus ne s’opposait à ce qu’il présente ses vœux au sortir de la Grande Mosquée où il priait.

Mais la politique a ses règles. Un tel message serait sorti de sa bouche qu’on aurait affirmé que le dégel est évident. Que les biens mal acquis ont fait pata… traque ! Que l’affaire Karim Wade a fait pschitt !

Peut-on en déduire que c’est un début de retrouvailles entre l’«élève» et son «maître» ? Plusieurs tentatives de recoller les morceaux cassés depuis 2008 et après le 25 mars ont été vaines. Ce message de «respect» n’est point seulement destiné à Me Wade. Il est aussi celui qui sera imposé aux Sénégalais qui assistent à une guerre sans merci entre les Sall et les Wade, comme le prouve encore la sortie de Viviane Wade sur Rfi le week-end dernier. L’ex-Première dame voit dans le procès de son fils une «volonté de détruire l’image de Karim et de son père». 

L’affaire Karim, le hic
C’est du dilatoire que de faire croire qu’il n’y a pas de problème entre Wade et Sall. Mbaye Ndiaye est dans cette philosophie quand il soutient sur Rfm que «Macky n’a aucun contentieux individuel avec Wade». Peut-être bien, mais le contentieux est plutôt l’emprisonnement de son fils. Sinon ce message aurait dû être envoyé pendant toutes les fêtes de Tabaski depuis 2012.

C’est que le contexte se prête à une décrispation déjà tracée par les visites régulières récentes du chef de l’Etat à Touba. Que d’interrogations sur les audiences ! Que de confidences allant dans le sens de lever la main par des mainlevées de mandat de dépôt. La libération de Samuel Sarr était le premier signe, après la visite du directeur de cabinet du Président, Makhtar Cissé à Serigne Cheikh Saliou Mbacké.

Le délit d’offense au chef de l’Etat étant moins compliqué, puisque l’avis du parquet -parfois celui de la tutelle- ne peut souffrir de la décision du juge. Mais le cas Karim relève d’une au­tre dimension. A cette étape, quelles que soient la combinazione et les interventions, le procès de­vant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) est irréversible. Et justement le maintien de Wade-fils en prison rend im­possibles ces retrouvailles. Modou Diagne Fada avait émis des réserves sur ces retrouvailles, il y a quelques mois, lorsque Oumar Sarr avait évoqué sur 2Stv des possibilités d’un gouvernement élargi.

«Le premier écueil est la traque des biens mal acquis. On ne peut pas parler de retrouvailles tant que la situation restera en l’état avec la détention de Libéraux : la traque des biens dits mal acquis. Le second écueil c’est Benno bokk yaakaar, qui bloque tout le pays avec des forces centrifuges et centripètes», énumérait le président du groupe parlementaire des Libéraux et démocrates. 

Benno bokk yaakaar, l’autre écueil
Ce geste de Macky à l’endroit de Wade est-il un pas de plus vers le processus des retrouvailles ? Si Babacar Gaye estime que «l’opposition doit faire son travail dans le respect des règles et le pouvoir gouverner», il est aussi d’avis qu’«il peut arriver que le niveau de concordance soit tellement élevé que les gens se retrouvent autour d’un même creuset pour gouverner ensemble». Signe de concession de part et d’autre ?  Déjà en 2012, lors d’une conférence de presse à Paris, le Président Sall avait, pour reprendre le titre de Sud Quotidien, «entrebâillé la porte» des retrouvailles.

Le leader de l’Alliance pour la République (Apr) avait déclarait : «Je ne peux pas faire un appel aux autres et refuser de travailler avec les Libéraux, parce que simplement ils viennent de perdre le pouvoir.» Seulement, il nuançait que l’entente entre le Pds, l’Apr et Rewmi -alors membre de Bby- n’était pas une «préoccupation» pour lui. C’est la théorie du «compromis historique» que le chef de Bby prônait. Avec tous. Contre personne. Il en a davantage besoin aujourd’hui, après que la coalition au pouvoir, s’est retrouvée groggy par les résultats des Locales du 29 juin, surtout dans la capitale. 

Quête d’un autre Benno
Si la visite de Mahmoud Saleh à Me Wade le jour de la Tabaski entre dans le cadre d’un rapprochement, il y a lieu de s’interroger sur l’avenir de Benno bokk yaakaar. Abdou Fall a osé préciser qu’il rejoint Macky2012 et non Benno bokk yaakaar. Et Saleh a poussé le bouchon : «Macky 2012 travaille pour le renouvellement du mandat de Macky Sall (alors que) Benno bokk yaakaar n’a pris aucun engagement allant en ce sens.» Sans doute une pierre au Ps puisque Niasse et son Afp sont clairs.

L’Alliance des forces de progrès -sans candidat en 2017- serait moins difficile à convaincre que le Parti socialiste (Ps) qui clame haut et fort qu’il ne peut pas ne pas avoir de candidat. Au fait, l’on peut soupçonner que Macky Sall joue la carte de rechange au cas où les Socialistes lui feraient faux bond. Ou alors lui-même décidait de les «libérer». Parce qu’il faut le souligner, les maires de Taxawu Dakar -Khalifa Sall en tête- ont chanté en chœur l’absence de budget dans leurs collectivités locales. Même si Tanor, lui, joue la médiation en invitant le Président et le maire de Dakar à discuter.

Ce froid profite aux Libéraux qui pourraient donc être une roue de secours pour un Président en quête d’un second mandat, même si une éventuelle alliance ne garantit point sa reconduction. Et puis, Macky Sall a besoin de consensus pour «son» référendum sur la réforme des institutions pour s’assurer d’un «oui» massif. Pour une consultation synonyme de véritable sondage pour 2017, il lui faudra d’autres forces que celles de Bby qui, en réalité, ne le sont que grâce au Ps ; Niasse ayant renoncé à ce qui lui restait (Point E, Kaolack, Pikine). Il n’y aura pas de retrouvailles de sitôt, même si on le souhaite coute que coute. 

hamath@lequotidien.sn

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