Wade veut dialoguer… seul. Par Madiambal DIAGNE

Me Abdoulaye Wade avait fait chou blanc en demandant l’instauration d‘une transition politique au Sénégal, ceci après la destitution du Président Macky Sall. La réaction quasi unanime de ses concitoyens lui avait fait prendre conscience que les institutions sénégalaises sont stables, qu’il n’existe dans ce pays aucune situation de crimadiambal-300x155se de gouvernabilité encore moins de péril pour la Nation ou les institutions républicaines.

Bien au contraire, un chef de l’Etat qui a pour prénom Macky et pour nom Sall a été démocratiquement élu et que son mandat sera mené à terme. A ce moment là, le peuple souverain décidera, comme à l’accoutumée, du nom de la personne qui signera avec lui un autre bail pour conduire ses destinées. Cette question n’est pas discutable pour les Sénégalais. Chacun était allé tranquillement vaquer à ses occupations au lendemain de l’appel insurrectionnel lancé par Abdoulaye Wade, avec l’inébranlable conviction qu’un autre jour de scrutin arrivera à date échue. Dans cette affaire, Abdoulaye Wade a été contesté, jusque dans les rangs de ses proches et fidèles compagnons.

Face à un tel désaveu, Me Wade a décidé de changer de stratégie pour ne pas dire de fusil d’épaule. Ainsi, semble-t-il renoncer à la confrontation et sa dernière trouvaille a été de lancer un appel à un dialogue politique entre le Président Macky Sall et son opposition. Cette posture est, il faut le dire, plus convenable. Le dialogue entre acteurs politiques devrait être la règle dans une démocratie. Cependant, faudrait-il que ce ne soit pas un dialogue de sourds faute de questions discutables.

En effet, on peut bien se demander de quoi présentement Macky Sall et son opposition pourraient discuter. Le Sénégal n’est pas confronté à une crise ou un quelconque blocage institutionnel. Il n’existe aucun contentieux électoral ou un contentieux portant sur la vie et la marche des institutions publiques.

Le Sénégal a fini de régler depuis 1993, les questions électorales notamment les conditions d’une organisation transparente des élections. Les rendez-vous électoraux sont respectés et le processus démocratique satisfait aux standards les plus élevés à travers le monde. De quoi peuvent-ils alors discuter ? De la situation carcérale de Karim Wade que propose Abdoulaye Wade ? Ce menu de discussion ne saurait être acceptable.

Le Président Sall lui-même lui a déjà opposé une fin de non-recevoir. Macky Sall a le beau rôle de répondre qu’il ne saurait faire d’intrusion dans une procédure judiciaire en instance. Il est vrai qu’une telle approche peut être difficilement comprise par Abdoulaye Wade. Placé dans la même situation de président de la République, Abdoulaye Wade s’autorisait allégrement à négocier les affaires judiciaires pendantes et décidait directement de qui va aller en prison et qui va être élargi de prison ?

Il ne daignait point attendre que les institutions judiciaires finissent de se prononcer pour pouvoir user de ses propres prérogatives constitutionnelles. Le cas de Idrissa Seck avec le fameux protocole de Rebeuss est encore vivace dans les mémoires des Sénégalais. 

Il reste qu’on ne peut pas ne pas relever une certaine incongruité dans ce dernier appel lancé par Me Wade. Il a sollicité les chefs d’Etat Barack Obama et François Hollande pour faire infléchir les institutions sénégalaises. Pour faire une telle supplique aux Présidents des Etats unis et de la France, par le biais d’une correspondance transmise via leurs ambassadeurs à Dakar, Abdoulaye Wade doit être si désespéré ou doit avoir perdu ses facultés essentielles. Il a peut être oublié mais nous autres nous n’avons pas déjà oublié ?

N’est-ce pas Abdoulaye Wade qui avait tancé devant les caméras des télévisions Mme Marcia Bernicat, Ambassadrice des Etats-Unis à Dakar parce qu’en 2010, l’Administration américaine avait eu l’outrecuidance de demander au Sénégal, qui espérait des fonds du programme américain du Millenium challenge account (Mca), de faire plus d’efforts de transparence dans la gestion des affaires publiques et dans la lutte contre la corruption ?

Le président de la République qui s’appelait Abdoulaye Wade avait estimé que le Sénégal, un pays souverain, ne devrait pas accepter des injonctions ou des intrusions dans ses affaires intérieures.

Ce qui était valable pour lui, ne devrait-il pas l’être pour son successeur ?

Qu’est-ce que Abdoulaye Wade n’avait pas dit au ministre des Affaires étrangères de la France, Alain Juppé, qui s’était prononcé en faveur de la limitation des mandats présidentiels au moment où l’opposition sénégalaise contestait la candidature du Président Wade pour un troisième mandat ?

Le régime de Abdoulaye Wade avait demandé, avec fermeté, aux autorités de la France, des Etats-Unis, de l’Union européenne entre autres, émues par les nombreux morts suite à cette contestation politique, de laisser le Conseil constitutionnel du Sénégal, institution judiciaire indépendante et souveraine, se prononcer et que toute intrusion dans le traitement judiciaire ne saurait être acceptée.

Aujourd’hui, Abdoulaye Wade demande à la France et aux Etats-Unis de faire pression sur le Sénégal pour que la justice libère son fils Karim Wade, emprisonné pour des infractions de prévarication de ressources publiques ! Et puis son argumentaire est mauvais.

Abdoulaye Wade invoque, pour justifier sa demande, des précédents comme l’intervention du National democratic institute (Ndi), une organisation non gouvernementale américaine qui avait aidé à conduire un dialogue politique au Sénégal qui avait donné naissance à un Code électoral consensuel.

Cette Ong, dirigée alors par l’ancien Président Jimmy Carter, n’intervenait pas au nom du gouvernement américain encore moins ne pouvait l’engager. Je faisais partie de délégations de l’opposition sénégalaise pour discuter à l’époque avec le Ndi. N’est-ce pas Me Ousmane Ngom et Mamadou Diop Decroix ? De la même façon, les juristes français que Abdoulaye Wade avaient fait venir au Sénégal comme consultants pour argumenter la validité de sa candidature à la Présidentielle de 2012 ne sauraient en rien engager l’Etat français.

Dans «L’homme qui rit», Victor Hugo réfléchit : «Nous sommes tous des aveugles. L’avare est un aveugle ; il voit l’or et ne voit pas la richesse. Le prodigue est un aveugle ; il voit le commencement et ne voit pas la fin. La coquette est une aveugle ; elle ne voit pas ses rides. Le savant est un aveugle ; il ne voit pas son ignorance, l’honnête homme est un aveugle ; il ne voit pas le coquin.

Le coquin est un aveugle ; il ne voit pas Dieu. Dieu est un aveugle ; le jour où il a créé le monde, il n’a pas vu que le diable se fourrait dedans. Moi, je suis un aveugle ; je parle, et je ne vois pas que vous êtes des sourds».

Madiambal DIAGNE

mdiagne@lequotidien.sn

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