Winnie-Nelson Mandela : Au nom de la Liberté

Le couple Mandela a façonné l’imaginaire collectif en Afrique du Sud. Winnie, 81 ans, a rejoint, son Nelson au ciel.

1957. Nelson Mandela reçoit la foudre en plein cœur. «Je ne sais pas si quelque chose comme l’amour peut naître au premier regard, mais je sais parfaitement qu’au moment même où j’ai vu Winnie Nomzamo, j’ai voulu l’avoir pour femme», écrit Madiba (son nom tribal) dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. Deux ans auparavant, le jeune fer de lance de l’ANC, constamment absent de son foyer, venait d’être quitté par sa première épouse.

1958. Winnie au visage volontaire, épouse ce futur homme d’État en même temps que sa cause. Pendant cinq ans, le couple d’activistes vit à 100 à l’heure. Véritable machine du militantisme, happé par les actions, les arrestations et les procès, il obtient deux filles, Zenani et Zinzi.

C’est après le massacre du township de Sharpeville, en 1960, que Mandela abandonne la non-violence, influencé peut-être par Winnie, devenue une combattante pure et dure. Tous deux s’engagent dans la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte. Nelson prend la tête de la branche armée de l’ANC, Umkhonto we sizwe (fer de lance de la Nation). Arrêté en 1962, il est condamné deux ans plus tard à la détention à vie. Il échappe de peu à la peine capitale.

Sa fille benjamine n’a que quelques mois. «J’ai l’impression que toutes les parties de mon corps, chair, sang, os et âme ne sont plus que de la bile, tant mon impuissance absolue à te venir en aide dans les moments terribles que tu traverses me rend amer», écrit-il à Winnie en 1970, depuis sa cellule.

Une image écorchée

À l’extérieur, Winnie devient une figure emblématique de l’ANC. Mais sa puissance l’enivre. À la fin des années 1980, elle monte un gang, le Mandela United football club, qui sème la terreur dans Soweto. Elle est accusée de violence et de meurtre d’un jeune militant de 14 ans. Elle est jugée et condamnée à six ans de prison. Surnommée la «mère de la nation», elle assume être prête à tuer pour la liberté.

L’image de Winnie tenant la main de Mandela au jour de sa libération, le 11 février 1990, masque la réalité. Le couple divorce, plus tard, en 1996.

Dans le documentaire Une icône nommée Winnie, du réalisateur Pasacle Lamche, Winnie veut réhabiliter son histoire. Elle y dévoile son «immense contribution à la lutte pour renverser le régime de l’apartheid». La réalisatrice dresse le portrait dense d’une militante engagée. Grâce à des archives et des témoignages, le documentaire montre, aussi, comment le régime sud-africain s’est ingénié à opposer «le saint» Nelson Mandela et la «pécheresse» Winnie, dont les relations se sont dégradées au fil des années.

Son dernier vœu : voir son combat politique réhabilité.

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