Yaye Fatou Diagne Mboup à cœur ouvert : «Je suis la première fan des «Ndongo daara», comme Serigne Mboup»

Yaye Fatou Diagne Mboup
Yaye Fatou Diagne Mboup
Yaye Fatou Diagne Mboup

L’OBS – People Dans les entrailles de Ouakam, un imposant immeuble se dresse, majestueux. Au premier étage, un appartement distille des senteurs exotiques, des parfums exquis. Pas besoin de pousser la porte pour savoir qu’une dame est la maîtresse des lieux. Une dame, pas n’importe laquelle, une véritable fée du logis, du genre à transformer un taudis en nid douillet. Elle c’est la présidente du mouvement pour le renouveau patriotique (Mrp), maire de Ngathie Naoudé et toute nouvelle épouse du patron de CCBM, Serigne Mboup, Yaye Fatou Diagne à l’état civil. Ancienne basketteuse, elle n’a rien perdu de sa fière allure, de son physique à damner un Saint, de ses mouvements de grâce. Tout juste laisse-t- elle échapper quelques éclats de rires, en présence de son homme, qui le lui rend bien avec des coups d’œil furtifs, des sourires ravageurs, comme s’il n’en revient pas encore de l’avoir accrochée à ses filets. Et quand elle lui lance des «chéri», avec une voix mielleuse, Serigne Mboup est aux anges. De la même manière, il boit religieusement les paroles qui sortent de la bouche délicate de sa bien-aimée, lorsqu’elle nous entretient de son programme d’élue, ses relations avec la famille présidentielle, ses ambitions politiques. Ou de lui, de leur rencontre, de leur relation fusionnelle. Sans détours, Yaye Fatou se lâche…

Comment se porte la mairesse fraîchement élue que vous êtes ?

Je rends grâce de Dieu. C’était un objectif et Dieu nous a donné les moyens de l’atteindre. Je remercie toutes les personnes qui, de près ou de loin, m’ont soutenue sans relâche dans cette activité.

Quel programme comptez-vous mettre en branle pour remplir vos charges d’élue de la commune de Ngathie Naoudé ?

Comme j’ai eu à le dire et comme je le conçois également, le développement est un ensemble d’acquis et le sous-développement est un ensemble de manques. J’ai un amour pour mon terroir et pour mon pays aussi, alors pour moi, améliorer les conditions de vie, c’est cela la charge d’un élu. J’en ai fait un sacerdoce et c’est pour cela que j’ai décidé de résider sur place. Ainsi, je pourrai apporter ma touche à cette mission. Vous savez, à Ngathie Naoudé, nous étions une communauté rurale et maintenant, nous sommes une commune. Vous n’êtes pas sans savoir que dans les communautés rurales, on manque de tout. Tout est priorité, mais les choses doivent tout de même suivre des étapes. Je ne parlerai même pas de la pyramide de Glasgow, puisque c’est individuel, mais dans l’aspect collectif, il y a ce que l’Etat doit aux populations. Ce sont, entre autres, l’Habitat, l’Education, la Santé, le désenclavement, la libre circulation et l’emploi. Pour atteindre ces objectifs, nous avons mis en place un programme que nous allons dérouler, en améliorant déjà l’existant, en développant nos ressources locales. Je pense qu’avant de pouvoir faire quoi que ce soit, il faut d’abord compter sur soi-même et ensuite, essayer de nouer des partenariats pour toucher des cibles qui nous sont inaccessibles. Pour commencer, j’ai l’ambition d’alléger les tâches ménagères des femmes car, elles sont une ressource économique assez déterminante. Maintenant, pour leur permettre d’avoir une activité économique, les tâches ménagères, qui occupent une grande place dans leur quotidien, particulièrement la transformation du mil et de l’arachide pour la consommation, doivent être amoindries. C’est pourquoi j’ai lancé une opération pour éradiquer ce fléau. Nous sommes en milieu rural et il faut toujours faire la promotion de l’éducation des jeunes filles. Ce sont ces mêmes jeunes filles qui l’après-midi, pilent le mil. C’est une activité assez fatigante, qui ne leur laisse pas le temps d’étudier et d’avoir de bons résultats scolaires. Si nous réussissons à éradiquer cela, elles pourront utiliser la lumière diurne pour, au lieu de piler le mil, faire leurs devoirs scolaires. Aux femmes également, cela permettrait de se reposer et d’avoir une vie familiale épanouie. Mon objectif est que dans deux ans, il n’y ait plus de femmes qui  pilent le mil. Nous avons trouvé une formule avec les menuisiers métalliques locaux, qui peuvent nous confectionner des moulins et des décortiqueuses. Par la même occasion, on fera travailler la main-d’œuvre de chez nous et nous pourrons aussi solutionner un problème endémique.

Au-delà de votre mission de maire, quelles sont vos ambitions politiques ?

Je suis allée aux élections locales, parce que je me suis intégrée dans un espace qui avait déjà un mode de fonctionnement. C’est-à-dire une façon de faire la politique que moi, je ne partageais pas. Pour moi, la politique, c’est noble, parce que c’est l’art de gérer pour améliorer  la cité. Je pense que dans notre pays, depuis l’indépendance, cela a pris une tournure qui ne devrait pas à être la sienne. Alors, lorsque je me suis engagée dans la politique, je ne dis pas que je suis venue avec une baguette magique, mais avec ma propre démarche, orientée vers le développement. Dans la vie, on peut toujours apporter une touche nouvelle, je ne suis pas dans la politique politicienne. Je pense que faire de la politique, cela devrait être utile pour les autres. Nous sommes tous des citoyens et si l’on se permet de briguer les suffrages de nos compatriotes pour gérer la chose publique, nous devons rendre à César ce qui est à lui. C’est cela, ma vision de la politique, je n’en fais pas pour dire que j’ai des ambitions. Tout ce qui m’intéresse, c’est que notre pays puisse être comme les autres où les gens ne se plaignent. Que l’on puisse s’épanouir, travailler, gérer notre famille, nous soigner, c’est le minimum et je pense que c’est bien possible. 

«Si Macky Sall juge que je peux lui apporter ma contribution, sans état d’âme…»

Militez-vous dans un parti politique ?

Jusqu’à maintenant, je ne suis dans aucun parti politique. Ma conviction pour l’instant, c’est qu’au Sénégal, on parle de partis politiques, mais je crois qu’on n’en a pas. Nous avons plutôt des mouvements de soutien. C’est bien possible que je sois dans une mouvance pour soutenir untel ou untel, mais à l’heure actuelle, je ne suis pas dans cette dynamique. J’essaye de consolider ou de respecter mes engagements, d’œuvrer dans ma collectivité, pour voir ce que je peux apporter. Quand le moment de soutenir viendra, peut-être que je le ferais.

Peut-on s’attendre à ce que vous souteniez le camp présidentiel ?

Il y a une démarche de l’ici et du maintenant. L’avenir, on la prévoit, mais on peut ne pas le prévoir. Aujourd’hui, il y a un camp présidentiel qui est aux affaires, je crois que le président de la République Macky Sall, comme il a eu à le dire, a besoin de tout le monde. Les élections sont passées, il y a un Président aux commandes et maintenant, s’il a besoin de soutiens, je pense que cela devrait être possible, pour l’intérêt du Sénégal et des Sénégalais que nous sommes tous. S’il juge un jour que je peux apporter ma contribution, je le ferais sans état d’âme.

Entretenez-vous des relations particulières avec le chef de l’Etat ?

Oui, nous nous connaissons depuis longtemps, nous sommes des amis, mais je ne pense pas que c’est ce qui est déterminant en politique. Ce ne sont pas les relations d’amitié qui priment sur l’intérêt du pays. Nos convictions politiques ne sont pas tributaires de nos affinités. Je ne crois pas que le Président soit dans cette dynamique. C’est une démarche de rupture exigée par sa génération. Aujourd’hui, on ne peut pas gouverner le pays par les sentiments, les relations familiales ou amicales. A mon avis, ce qui l’intéresse le plus, c’est la compétence.

Comment appréciez-vous son régime, qui est à mi-mandat ?

Je pense qu’il est encore trop tôt pour faire un bilan. Il est en train de poser des jalons, on peut attendre encore un an, le temps que ce qui est sous terre puisse émerger. Il a semé des graines, on verra ce que cela donnera.

Est-il vrai que vous êtes très amie avec Marième Faye Sall, la Première dame…

Marième Faye Sall est une sœur et une amie pour moi. Nous nous fréquentons et je ne suis pas amie à la Première dame mais à la femme. Quand on se liait d’amitié, elle n’était pas encore Première dame. On a gardé ces relations et sincèrement, nous ne discutons même pas des affaires de l’Etat.

«On peut s’opposer, mais ce n’est pas à un citoyen de dire qu’on doit anticiper des élections» 

Le Président sortant, Abdoulaye Wade, a récemment fait une déclaration pour réclamer des élections anticipées. Quelle lecture en faites-vous ?

Le Président Wade est un homme qui a marqué plusieurs générations, mais dire qu’on doit avoir des élections anticipées, faire des prévisions, je ne trouve pas cela assez républicain. On peut s’opposer, mais ce n’est pas à un citoyen de dire qu’on doit anticiper des élections. On doit respecter le calendrier républicain, quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve.

Quel jugement portez-vous sur son comportement ?

Je pense qu’il y a de la perturbation. A mon avis, il gagnerait à être du côté du consensus, de l’équilibre. Wade est un père pour toute la nation. Il fait partie des personnes les plus âgées de ce pays, nous avons une culture et quels que soient les problèmes, chacun a sa place et devrait jouer son rôle, ne serait-ce que pour la bonne marche et la cohésion de notre société. Voilà tout ce que je peux en dire, je n’aime pas faire des jugements de valeur ou spéculer sur des choses que je ne maîtrise pas.

A un moment donné, vous souteniez le mouvement Y’en a marre, êtes-vous toujours dans cette dynamique ?

Le mouvement Y’ en a marre a porté la voix des sans-voix, dire tout haut ce que tout le monde pensait. Jusqu’à aujourd’hui, ils ont mon soutien. Ce sont des jeunes qui ont envie d’un avenir meilleur, qui sont demandeurs d’un mieux-être. Mes relations avec eux n’ont pas changé, ce sont mes frères, au même titre que tous les Sénégalais. Nous partageons le même terrain politique.

Partagez-vous des idéaux?

Il ne faut pas cataloguer les gens. Les «Y’en a maristes» ont des idéaux que je partage, comme la plupart des Sénégalais. C’est l’aspiration à un mieux-être. Ce sont des patriotes et ils essaient de se battre comme tous les partis politiques, les mouvements citoyens et tout le monde. Ils ont donc leur place dans la société.

«Le Président ne nous a pas encore poussés à lui dire :  Y’en a marre !»

Ne pensez-vous pas, comme certains, qu’ils ont perdu de leur virulence ?

Comme je le disais tantôt, ils ont réagi à un moment où il le fallait, maintenant d’après ce que je sais, ils sont en train de s’organiser. De plus, les élections sont derrière nous et le peuple a déjà choisi ses dirigeants. Jusqu’à présent, je pense que le Président ne nous a pas poussés à lui dire : Y’en a marre. Comme tout le monde, ils sont donc en train de suivre et on les voit souvent faire ce qu’ils ont à faire. La Constitution fixe les règles du jeu et ils sont tenus de les respecter. Je ne crois pas qu’ils aient perdu de leur virulence ou qu’ils aient démissionné. Ils sont assez engagés.

Sur un autre registre, vous êtes également une nouvelle mariée. Vous êtes la 3ème épouse de Serigne Mboup, l’une des fortunes du pays. Quel est votre état d’esprit, quelques jours seulement après votre union ?

Je me porte très bien et je pense que le mariage, c’est l’aspiration de toute femme. Je remercie le Bon Dieu de m’avoir fait croiser le chemin de cet homme merveilleux.

Cet homme merveilleux, comme vous dites, a récemment comparé votre relation à celle du prophète avec son épouse, Khadija. Qu’est-ce que témoignage vous a inspiré ?

Je ne peux que m’en réjouir. «Seydatouna» Khadija est une femme de valeur et être comparée à elle, me rend heureuse.

Comment vous êtes-vous rencontrés, jusqu’à ce que cela aboutisse au mariage ?

Ce qui nous a rapprochés tous les deux, c’est notre amour pour notre pays, notre patriotisme. Et comme vous le savez, les sentiments sont assez contagieux, les choses se sont passées naturellement et d’autres sentiments sont nés.

On a entendu dire qu’il était votre patron par le passé…

Il est vrai que Serigne a été mon premier employeur lorsque je venais de sortir de l’Ensut. C’était en 1997 et il a toujours été une référence pour moi. J’ai travaillé pour lui durant 8 mois, mais Dieu sait qu’on ne s’est jamais fréquenté. Je pense qu’on s’est rencontré à deux ou trois réunions, pas plus. Mais par un coup du sort, grâce à notre engagement commun pour le développement du pays, nous nous sommes retrouvés autour d’une table. Et c’est de là que tout est parti. Peut-être que c’est là que le feeling est né, naturellement.

«Entre Serigne Mboup et moi, ce n’est pas un mariage de raison, mais d’amour»

D’aucuns disent que votre mariage est motivé par l’appât du gain. Qu’en dites-vous ?

Actuellement au Sénégal, il y a une détérioration des valeurs. Toutes les personnes qui me connaissent savent que je ne fais pas partie des gens qui apprécient un individu par rapport à l’argent. L’argent est tout simplement un moyen, cela ne fait pas l’homme. J’apprécie un homme pour ses vertus, sa dimension humaine. Donner de l’argent, c’est ce qu’il y a de plus simple et de plus facile dans la vie. Lorsque je rencontrais Serigne, je ne connaissais même pas les filiales de son entreprise, encore moins sa fortune. Nous n’en avons même pas parlé. Ce sont ses idées, son cœur et sa générosité, qui m’ont séduite. Il faut que les Sénégalais comprennent que le mariage, n’est pas une question d’argent. Ce n’est pas ma conviction. Le mariage, c’est de l’affect, des sentiments. Entre Serigne Mboup et moi, ce n’est pas un mariage de raison, mais d’amour.

Comment vivez-vous toutes ces rumeurs ?

Cela fait partie de la vie, chacun raisonne en fonction de sa dimension. Je ne penserai jamais à mal en voyant un couple. Si on tombe aussi bas pour dire que c’est un mariage d’intérêt, c’est triste. En tout cas, le mariage d’intérêt n’est pas agréable et le mien, il l’est…

«Serigne m’a aimée et m’a épousée. Il m’a donné 10.000 F CFA comme dot»

Comment s’y est-il pris pour faire sa demande ?
Vous savez, ces choses-là, quand ça arrive, c’est spontanément. Serigne a une formation coranique et moi, je suis la première fan des «Ndongos daaras» (élèves des écoles coraniques). Ce qui fait qu’il est assez pragmatique. Il est venu, m’a vue, je l’ai intéressé en tant que femme, alors il m’a dit qu’il ne voulait pas me courtiser, mais m’épouser.

Comme vous l’avez souligné, votre époux est un «Ndongo daara » et vous, un peu intello sur les bords. Ce qui fait penser que vous êtes incompatibles…

C’est bien le point faible de notre système éducationnel. On se dit intellectuel, mais qu’est-ce qu’un intellectuel ? C’est quelqu’un qui réfléchit pour produire des résultats. Maintenant, il y a plusieurs écoles. Nous avons l’école française, qui est différente de celles américaine, chinoise ou coranique. Notre faiblesse à nous de l’école française, c’est de penser que nous sommes au-dessus de tous. C’est ce qui nous perd et on gagnerait à être plus humble(s). Le français tout comme l’arabe, est une langue. Ce sont ces gens-là qui ont fait la formation coranique qui, pour la plupart, tiennent l’économie de ce pays. Si on se met dans la tête que ceux qui ont fait l’école française ne peuvent pas composer avec ceux qui ont fait l’école coranique, c’est une faiblesse de notre part. Moi, je dis qu’ils ont une meilleure formation.

Il y a beaucoup de spéculations sur votre dot, on parle de plusieurs millions, d’une voiture…

Il a donné 10. 000F CFA, symboliquement, comme cela se fait. Moi je ne suis pas dans des histoires de dot faramineuse. Je vous jure que si Serigne était venu avec ces visées mondaines, cela n’aurait pas collé entre nous. Celui qui est pauvre, ce n’est pas celui qui a une situation économique précaire, mais celui qui ne sait pas faire avec ce qu’il a. Ma grand-mère, qui est ma référence, a vécu 115 ans, à 17km de Kaolack, dans sa case. Elle était heureuse et n’a jamais connu le diabète, le stress, la tension. Elle faisait avec ce qu’elle avait. C’est cela mon idéal, ce ne sont pas des voitures et autres.

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PAR MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

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